Qui maintenant
Quoi maintenant
Quoi ici, là maintenant
Quoi dans l’éprouvette : c’est ça l’idée ?
éprouvette ou épuisette? la question déjà m’épuise
hier suis tombée en amour du mot : déjà
Déjà
seul compte le chemin
On entend dire au passage : voilà les fantômes
Ces vrais faux morts
Qui est ton fantome
Qui
Y a toujours un dibbouk qui pèse : des fois il tire, des fois c’est toi
(tu es toujours le fantôme de quelqu’un dirait, ma mère)
matière / manière / manie / ma mère
avec le bruit des mots comme une comptine avec les rebuts de papier les photos déchirées la lézarde du mur le couteau de cuisine le jour qui se lève le livre sur l’étagère la phrase lue avant de tomber du lit avec personne avec beaucoup de personnages avec ce visage qui passe avec les voix le loin le proche avec la poussière et l’oubli
On est soi même devenu brouillard
Dire je comme être autant de personne : autant le caillou que la main autant qu’elle/lui
Personne
de l’enfant qui avait dit : elle est pas là moi
Appeler ça des questions des hypothèse
Dire pas et déborder Qui je parle Quoi je parle d’où je parle
Comment ça dialogue
cependant je suis obligé de parler
cependant je suis obligée à RIEN :
–Tu fais quoi
– Je fais mes poussières
Je me lève et j’écris : Personne (je personne du singulier pluriel)
je n’écrirai pas sans l’oubli
Elle se lève elle écrit
Dans le petit bureau avec rideau – c’est de la wax-, derrière la wax la lune se couche, la rue se lève
Écouter les premiers mots de l’ombre
Des voix sans trop qu’on sache qui quoi : parfois un nom
Face à ce qui se dérobe
Face à ce qui sort par une oreille du trou
Et clopine ou cavale
Dire que les fantômes sont aussi parfois très drôles
(est-ce que tout personnage n’est pas d’abord un mort – est-ce que le mort est un enfant en taille adulte)
– Combien de fois as tu écris le mot mort
– Trop
– Que cherches tu
– C’est quoi la question suivante
J’aime bien les choses derrière la vitre, j’aime bien la vitre devant les choses
Ou quand quoi qu’importe : je prends une tranche de vie vers le milieu, c’est elle qui me mord
(et voilà que je tombe sur l’intitulé d’une rencontre littéraire : l’écriture une force vitale?)
Parler pour apprendre à se taire
comme écrire pour lire
Écrire pour s’extraire
( j’ai perdu ma dent) dit le personnage d’une pièce
« Il faut donc complètement se fier au langage et trouver un langage qui soit un langage expressif. Expressif, dans le sens où il contient ce qu’on ne peut pas décrire… Ainsi, le narrateur dans Être sans destin, qui est un enfant, peut effectivement apparaître aux lecteurs comme un garçon :« Pour moi, ce n’est rien d’autre que du langage. »
« Dire je comme être autant de personne : autant le caillou que la main autant qu’elle/lui »
Merci Nathalie
Très beau et riche texte
Et merci aussi pour la référence à Imre Kertész.
Oh, j’aime beaucoup cette mise en page qui suggère le chemin… avec ses flaques d’italiques où le reflet suspend un peu la marche. Avec ses tirets cadratins dont je peux imaginer tantôt qu’ils sont planchettes à franchir les rigoles, tantôt brindilles qui entrent dans la chaussure et bloquent un peu la marche…
j’aime bien ce « elle est pas là moi » (ou alors « elle est pas la moi ») comme la vitre les mains et les choses… (dans le « parler pour apprendre à se taire » il y avait aussi ce que disait je ne sais plus qui (Miles Davis peut-être bien ») avec le silence qui est la plus belle des musiques – ou la seule et la vraie musique – quelque chose dans ce genre-là)