
Atlas. Atlas c’était d’abord le mot pour le grand livre avec les cartes en couleur et la si longue liste de noms à rêver à la fin, celui qu’il fallait poser par terre pour pouvoir l’ouvrir sans qu’il ne se disloque, se déchire, se démembre, ne tombe en s’abimant et en vous arrachant la main et la moitié du bras, en faisant crier les parents. Atlas a ensuite été la chaine de montagne qui arrêtait les nuages venus de la mer, avec des noms fabuleux comme Djurdjura, Lalla Khedidja, le majestueux Djebel Toubkal à plus de 4 000 m et le Djebel Antar que j’ai longtemps considéré comme le lieu de naissance des huiles pour moteurs du même nom. À l’école, on m’a ensuite parlé d’un certain Atlas qui soutenait le monde, un titan super costaud et père des Pleiades, associées dans ma tête à ces livres précieux, reliure cuir dehors et ligatures dedans. Un seul mot pour une chaine de montagnes, un gros livre, et un des grands noms de la mythologie grecque, un nom très important puisqu’on l’utilisait partout, mais aussi un nom compliqué puisque sans contexte, il pouvait amener à des grossières erreurs, à des malentendus, des quiproquos, un nom à vous plonger dans la littérature, histoire d’y voir plus clair. Et puis, pour les livres de cartes, est venu, avec la pratique de la navigation, l’utilisation du grand livre des cartes marines du SHOM. On ne l’appelait pas atlas. Voyager par les côtes avait au moins le mérite de simplifier le problème, puisqu’il y serait moins question des montagnes de l’Atlas. Les cartes marines amènent d’autres questions, des mots nouveaux, des questions nouvelles, des mondes nouveaux à explorer, celui des projections, des cartouches et des chiffres, façon courbes de niveau, mais pour le fond de la mer, sur lesquels il faut ensuite rajouter une hauteur d’eau, qui peut être négative, on a alors un caillou, une île, une terre, voire même une montagne. Et puis surtout des noms, des noms de bord de cartes, savoir où elle s’arrête, où la suivante reprend, un peu comme pour les zones de météo marine égrenées tous les soirs par Marie-Pierre Planchon. Sur les cartes marines de la Manche, savoir placer les bornes pour un bon découpage, pour avoir toutes les cartes pour la balade prévue. De Start Point à The Needles, de la pointe de Barfleur à Saint Vaast la Hougue, de l’île de Balanec aux Héaux de Bréhat, de la Pointe de la Tour à l’Anse d’Yffiniac (Baie de Saint-Brieuc partie ouest) de la Pointe de Primel à l’île Grande, du Havre de Rothéneuf à Cancale, de Dahouët au Cap Fréhel (Baie de Saint-Brieuc, partie est), Du Phare du Four à l’Île Vierge – Port de l’Aber-Wrac’h, Baie de Morlaix – De l’île de Batz à la Pointe de Primel, du Goulet de Brest à Portsall – Île d’Ouessant, de Guernsey, Herm et Sark à Alderney – Bancs des Casquets, de l’Île de Bréhat au Plateau des Roches Douvres. Guernesey, Douvres, des mots qu’on se redit en pensant au Gilliatt des travailleurs de la mer, juste le temps de se dire que le grand catalogue des cartes marines du SHOM, ça aurait bien servi à Victor Hugo et qu’il a sûrement fait quelques repérages sur une carte marine, carte au format grand aigle ? Pour nous maintenant, les cartes marines sont au format qu’on veut, au format numérique. On y zoome comme on veut, on y fait ce qu’on veut, mais en mer plus qu’ailleurs, on anticipe le fait de ne plus avoir de courant, plus d’écrans, plus de données. Alors les deux formats, numérique et papier se côtoient sur le site du SHOM pour choisir les bonnes cartes avant de partir loin ou même juste à côté, ou juste pour rêver. Pourquoi pas un coup d’œil quand on se sent un peu pirate, quand on rêve de chaleur au milieu de l’hiver sur la fameuse 6561, Carte conforme oblique de l’océan Atlantique Nord. France-Antilles – Route du Rhum. Elle aussi, disponible au format grand aigle
Je te reconnais bien Juliette dans la minutie de tes images, des mots et des détails de ce que tu écris. Merci pour ce voyage, à bientôt.
Merci à toi, les voyages c’est sympa quand on peut les partager 😉
il est 23 h31 et quel beau voyage tu sais nous offrir à travers tes mots et ces cartes et atlas tellement terrienne mais pas seulement, et tous ces toponymes qui sonnent mer, montagne et nuages comme ton univers d ‘ailleurs !
Merci pour ton passage, Carole, et merci pour les toponymes, j’aime beaucoup ce qu’ils créent par leur énonciation seule. Et apparemment, cette impression est partagée ! Merci
ah ce format Grand Aigle 105 x 75
et je découvre aussi qu’il existe aussi le format Grand Monde ! 120 x 80… il n’a pas volé son nom celui-là, il tient juste entre les bras !
Mince, je croyais t’avoir répondu et apparemment pas… C’était un truc génial, remarque sur le format, histoire de rebondir, pas moyen de retrouver, alors disons seulement, que grand aigle, ça m’a paru plus coller pour Victor Hugo, même si finalement, grand monde, ça n’aurait pas été si mal non plus pour VH…
Noms de pays, les noms… en quelque sorte. Toutes ces variations sont poétiquement vertigineuses. Merci Juliette.
Oui, la liste des noms, une sorte de musique, de refrain, quelque chose de cet ordre j’ai l’impression. Merci à toi pour ton passage par ici
Cela me donne envie de partir en mer !
Des noms éminemment poétiques format grand aigle et les points de chute terriens et surtout cette incroyable carte marine SHOM qui ouvre les perspectives et points de vue !
Merci
Merci pour la lecture, Ema. Et pour l’accumulation des noms, ça a toujours un effet interessant, pas loin du magique, une sorte de psalmodie, de comptine pour enfants que des grands se seraient appropriés, un truc !
Alors bonne sortie en mer 😉
Toi accroupi au dessus de ton vieil Atlas, scrutant le large et ses rochers, pirate sur un bateau diable, bordant les pourtours de cartes, dans le vent et le brouillard, dans la lumière d’un phare, sans te hâter, chiner des noms de côtes…
Je t’y vois bien, oui
Mon rêve, pirate-cartographe dans le brouillard ! comment as-tu deviné ?
Parti trop vite la missive
Un E est tombé à l’eau !
Les E disparaissent décidemment ! Perec garde côte ?
Je le garde dans un petit coin de ma tête, Perec, toujours, alors, les E c’est sûrement lui !