
Étourdi par le bouleversement de la naissance de son enfant, ses pas l’entraînent à une brocante au Palais-Royal pour l’arrêter devant le grand atlas mondial, une sélection du Readers digest. Il repart avec son livre monde sous le bras. Il s’empresse de le faire passer au préalable dans son atelier pour lui redonner une jeunesse en retapant la tranche avec un morceau de pouf marocain qui fera office de reliure gaufrée avant de lui trouver une place de choix sur le meuble de musique à partitions à côté des dictionnaires et du petit mourre. Il le sort souvent, l’oublie pages ouvertes à chaque randonnée imaginée, quand les murs et les rideaux tombent, les frontières humaines se modifient, mais le plus souvent quand tout s’enflamme, aux déclarations de guerre, pour comprendre les volcans qui ne s’éteignent jamais, sur des cartes périmées, forcément, mais qui portent les traces historiques d’un monde en mutation. Son œil et son doigt fouillent, cherchant à se repérer dans le fouillis organisés des nervures, des filigranes, des pointillés, des différentes tailles de lettre nommant pays, capitales, villes, village, passant de l’infini petit aux horizons des océans qui apportent l’espace et le repos, reconnaissant aux reliefs des montagnes, au bleu des eaux pour apporter de la respiration avant de chuter sur une île qu’il est surpris de trouver là, traçant l’expédition de La Pérouse, le passage de Magellan, l’odyssée d’Ulysse, s’enivrant des noms des comptoirs, des îles, des caps, des détroits. Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère ? Livre d’image pour grandes et petites personnes car l’enfant à son tour se met à dessiner des cartes à son échelle, comme si l’histoire des cartes était un éternel retour. Sans même connaître les cartes anciennes, l’enfant dessine des mers à vaguelettes, des sommets enneigés surprenant un escaladeur arrêté sur le dos d’une paroi, des fromages s’y invitent, les vaches du cantal, le camion qui ramasse le lait et le crayon de couleur colorie le vert dru des pluies essuyées sur les pentes pyrénéennes, un cayolar dessiné pierre par pierre, la salamandre jaune et noire et le gypaètre barbu planant au dessus des frontières. Viendra l’époque où il faut suivre l’enfant qui voyage. Alors l’Atlas reste sur la table basse pour démêler les frontières des états d’Afrique de l’ouest, les forêts du golfe de Guinée, Campo, kribi, Ebodjé, lui qui ne connaît que la baie de Saint Brieuc. Depuis le temps qu’il regarde son Atlas, il l’a si bien avalé, digéré qu’il coule dans son sang, le voilà enceint, près à pondre son globe. Il profite d’un temps suspendu, une avarie mécanique du cœur, pour pouvoir s’atteler à une version en relief, en trois dimensions. Voilà les notes retrouvées dans son cahier de bord. Je reproduis fidèlement son cahier, je suis juste passée plus rapidement sur les calculs qu’il sera aisé de retrouver et recomposer.
Carnet de bord pour faire le tour du monde en ballon
Pour faire un globe, choisir le diamètre du globe environ soixante centimètres, grâce à deux pierres, on détermine le périmètre pour le diviser par 24, ce qui donne la largeur d’un fuseau et après on reporte ces longueurs sur l’équateur. Tracer la forme du fuseau, en faire un gabarit qui servira 24 fois pour l’hémisphère nord et 24 fois pour l’hémisphère sud. Prévoir deux disques, l’un pour le pôle Nord, l’autre pour le pôle Sud. Sur une belle feuille de papier, tracer la forme du gabarit, ouvrir l’atlas et recopier avec le crayon l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Angleterre, l’Islande pour le premier fuseau, dessinez, peignez, coloriez, nommez, ne laisser nulle place où la main ne passe et repasse. Ps : n’hésitez pas à nommer un bled qui vous plait quitte à minorer une capitale, ajouter une baleine ici, un oiseau là, un arbre. Il y a des régions si serrées que le crayon et la main tremblante du géographe n’arrive pas à caser. Pas de problème : numérotez ces espaces et ajouter une légende sur un petit papier que vous collerez dans le pacifique. C’est votre monde, alors faites vous plaisir. Recommencez avec un deuxième fuseau et réitérez ad libitum. Faites le tour du monde Empruntez le ballon de Pilate de Carole, gonflez-le pour un diamètre de 60 environ, recouvrez le de papier mâché, laissez sécher, prévoir une trappe pour la valve afin de pouvoir dégonfler le ballon et le récupérer après. Laissez sécher. Quand la couche de papier fait 10 mm, dégonflez le ballon, retirez le ballon par la trappe. Grâce à cette trappe, déterminez scrupuleusement deux points diamétralement opposés. Ces points seront le pôle nord et le pôle sud autour desquels l’axe du monde sera planté et la terre tournera. Il ne faut donc pas ses gourer. Taillez un tasseau de 60 centimètre, fixez le dans le globe solidement puis bien pointer les pôles. Tracez l’équateur et les 24 méridiens à l’aide d’une règle souple ( un carton suffira) et d’un compas. À tous les coups, les cartes tracées ne seront pas à la taille exigée. Déterminez le coefficient de réduction à l’aide de la règle de trois, allez chez le photocopieur du coin, demandez-lui d’imprimer les 24 fuseaux et les deux pôles. De retour à la maison, découpez les et collez les avec une colle à tapisserie, vernissez. Dans un second temps, vous allez entreprendre la construction du cardan pour supporter la mappe monde, vous aurez besoin de deux cercles solides qui viendront l’enserrer. Des gentes de vélos de course ( peut-être découpées et rallongées) installez ce cardan sur un trépied de mannequin trouvé dans la rue ou un pied que vous aurez librement confectionné pourvu que son embase soit suffisamment large. Installez la mappemonde et faites tourner le monde en le visitant.
le globe terrestre est entre la bulle de savon et la yourte, j’adore