Iel vient d’hiériter de sa tante. Cette presqu’encore femme un peu fantasque, bi-lunaire, qui lui a toujours laissé-ent une empreinte à la fois forte et douce, comme la machine à tatouer de Kafka qu’elle aurait bidouillé pour que l’aiguille caresse la peau au lieu de la transpercer, mais finisse tout de même par laisser le sillon nécessaire à la retranscription, est enfin morte. La fête qui a célébré l’évènement avait été à la hauteur de la reconnaissance de ceux qui y avaient assisté de la valeur de délivrance et de joie que cette nouvelle portait en ses lettres, une à une. Puis vint l’heure de l’inventaire chez le notaire. Iel fut étonné-ent que sa tante ait pris soin de mettre par écrit officiel ce qui, en apparence, n’en avait aucun besoin. Elle était sa seule hiéritière. Ainsi, iel se retrouva dans le cabinet assis-ent sur la seule chaise faisant face au bureau dudit. Et de lui provenait la morne élucubration administrative des suites de l’affaire.
-Vous êtes donc, en qualité de nièce, la seule hiéritière de Mademoiselle Muttorsez. De son vivant, elle m’a fait m’en assurer. Il n’y aura donc pas de coups de théâtre quant à la lecture de son testament. Elle vous lègue l’entièreté de ses biens se décomposant comme suit : une librairie se situant au 3, place du Monstre et l’appartement adjoint se situant au-dessus, ainsi que l’intégralité des stocks dont une partie se trouve dans un appartement du 2, rue des 3 écritoires.
Iel connait ces lieux. Sa tante lui avait fait visiter tant de fois avec ce sourire qu’elle ne lui connaissait qu’à ses visites-là. Avec cette ingénuité faussement angélique de l’enfant qui prépare une dernière blague pour la route, comme si elle avait mis toute sa vie à la construire pour qu’enfin elle se dévoile quand elle ne serait plus là.
Iel l’a toujours su, a toujours feint de comprendre, et sa tante a toujours su qu’elle feignait. Il n’y avait, finalement, aucune duperie.
-Voici donc toutes les clefs en ma possession…
Et le notaire de donner deux lourds trousseaux avec un nombre impressionnant de clefs à chaque un d’entre eux. Heureusement, l’adresse de chaque bien était inscrit sur chaque un d’eux, ça fera déjà ça à démêler en moins. Iel entend sa tante sourire et ne peut s’empêcher de lui répondre des lèvres, tout en soufflant le plus possible d’air en une seule expiration, comme si l’air expiré pouvait soulever chaque mystère représenté par chaque une des clefs et lui donner leurs utilisations exactes. Las, aucune d’elles ne s’était soulevé à ce moment-là.
-L’inventaire précis est à votre disposition dans chaque un des lieux. Mais Mademoiselle Muttorsez a bien précisé que vous n’auriez accès à leur version numérique qu’une fois que vous auriez lu leur version manuscrite dans chaque un des lieux précités.
Et voilà. Le jeu commence. Elle prend les deux trousseaux de clefs, en enfourne un dans la poche droite de son imperméable et l’autre dans la poche gauche, sans vraiment décider duquel irait où. De toute façon, elle connait assez sa tante pour savoir qu’il est absolument inutile de tenter de comprendre ou d’anticiper quoi que ce soit. Ce sera donc sur place que tout se jouera.
J’aime beaucoup ton écriture, ta langue. Drôle, rythmée, floraison intense ! Merci
si que je me relisais avant de publier que ce serait, toussa…mais bon, « work in progress », merci de la lecture.
Mystérieuse, envoûtante histoire. Beaucoup de plaisir à la lire.
plaisir à l’écrire, plus qu’à trouver comment gérer dans le bidon toussa…