Si l’on me demandait de visiter ma bibliothèque, je ne saurais quoi répondre. Plaisir de l’intérêt, gêne du désordre et de bien d’autres choses. Comme un dressing, une bibliothèque révèle beaucoup de ce qui a tout intérêt à rester cacher. C’est intime et je n’ai rien à en dire (classement alphabétique pour les romans, thématique pour les autres) si ce n’est qu’elle déborde.
J’ai entrepris d’alléger mon dressing comme ma bibliothèque; le dressing chez Emmaüs dont j’ai trouvé à proximité un comptoir qui accepte les dons; la bibliothèque dans la boite à livres qui n’est pas loin de chez moi, même à pied. Pour la bibliothèque j’ai essayé les dons, mais la communale n’accepte que les publications de l’année et de toute façon désherbe à tour de bras.
J’ai commencé par les A, les doubles, les achats de circonstance, mais il en reste encore beaucoup : les Paul Auster par exemple. Je n’ai jamais adhéré au flux verbal de Paul Auster, toutefois m’en séparer m’est difficile; parce qu’il est mort; parce que sa femme ne cesse de parler de son absence; parce que c’est quand même un écrivain qui compte… Depuis Paul Auster me poursuit, l’autre matin sur France culture, sa femme parlait de lui. J’apprends que son fils s’est suicidé après avoir été accusé de négligence ayant causé la mort de sa fille. Mon Dieu, la réalité toujours plus forte que les inventeurs d’histoires.
Je n’ai pas encore attaqué les B mais j’observe de plus en plus les boites à livres pour m’apercevoir de leur succès. C’est un véritable encouragement. J’étais l’autre jour place Guichard à Lyon près de la bourse du travail; la boite à livre y est installée près d’une sorte de théâtre de verdure assez fréquenté. J’y suis restée une petite heure comme à l’ affût, comme j’aimerais le faire plus souvent pour les oiseaux. Peut-être que les livres ont encore des lecteurs, de même que les moineaux des villes ne sont pas tous en voie de disparition. Il faut voir comme ils viennent, picorent, trient, reclassent, emportent et puis parfois reviennent et recommencent. Seuls ou par deux, avec un sac ou sans rien; certains vivent peut-être de peu, d’autres sont de passage,des marcheurs, des promeneurs, des randonneurs; tous accordent du prix au livre, tous me réjouissent au plus haut point.
Sur le comptoir des gardiens, à l’entrée de mon immeuble, des livres déposés le matin et emportés le jour même…