Iel avait encore perdu son travail. Les ranger à chaque fois précieusement dans la poche interne de son imperméable ne suffisait pas à contrecarrer la malédiction, et les rachats succédaient aux rachats en un boucle infinie, une perte sans fin. De plus les magasins spécialisés se faisaient de plus en plus rare et de moins en moins qualitatif. C’était peut-être l’occasion de faire des économies, pourquoi ne pas simplement reprendre le commerce de sa tante ? Ça ne devait pas être très compliqué, et iel se souvenait avoir pas mal erré-ent dans les rayons de la boutique pendant que sa tante s’affairait plus jeune. Iel n’aurait pas pu donner ni dates ni âges. Ses souvenirs intervenaient, comme à chaque fois, par brumes lumineuses évanescentes, sans repères exacts. Une chose l’inquiétait toutefois. Aucune image de clients ne revenait en mémoire, pas même par flash. Sa tante n’avait jamais semblé souffrir ni de faim ni de soif, elle avait réussi à garder sa boutique jusque-là, elle avait bien dû trouver un moyen. Les deux trousseaux de clefs lui pesaient sur les épaules et décida de repasser par l’hôtel pour en déposer au moins un. Le temps d’aller faire un état des stocks peut être ? ce serait déjà un début de réponse. Un début de quelque chose en tout cas.
L’hôtel avait été choisi. C’était l’hôtel dans lequel iel avait travaillé et iel savait très bien qu’il n’était d’aucune utilité symbiotique de réserver le fameux petit-déjeuner continental. Les chambres, elles, étaient le décor juste de sa venue ici. Tout avait été rénové avec soin, selon le style à la mode dans les années 30. Pour alléger la note, un accord de changement de chambres avait été passé avec la réceptionniste. Rendez-vous avait été pris tous les soirs à 21h00 pour récupérer une des chambres vacantes du jour. Iel avait demandé à pouvoir passer une nuit dans la suite Winston, quel qu’en soit le prix, mais plutôt vers la fin de son séjour, si possible. La réceptionniste avait été très arrangeante, lui avait promis de faire son possible. Aujourd’hui, et pour deux nuits consécutives, iel se retrouve dans une des chambres les plus simples, mais à la décoration surranément modernisée, juste ce qu’il lui fallait pour déposer un des deux trousseaux de clefs en sécurité.
Une fois dans la chambre, à l’abri, ayant fermé les rideaux et après avoir pris une douche rapide mais agréable, iel se rhabille au format neutre, le plus simple pour ne pas avoir à répondre à des questions sans fin. Il ne lui reste plus qu’à enfiler son imperméable et réussir à trouver quel jeu de clefs laisser sur place. Les adresses sont inscrites sur deux petits bouts de carton attachés à chaque trousseau. Malgré l’évidence visuelle de leurs âges, les étiquettes avaient tenu leur rang jusqu’ici. Jusqu’au poches d’iel. En sortant le premier jeu de clefs, elle s’aperçut qu’elle avait déjà plié le carton. Combien d’années cette étiquette avait-elle tenu fièrement ses coins avant de finir par se faire corner par la poche de son imperméable ? Iel en souffla légèrement de dépit, sa tante devait savoir qu’il lui suffisait de regarder un objet pour que celui-ci prenne dix ans d’âge instantanément. Et quand iel devait les toucher, ou pire les garder sur elle, le processus s’accélérait d’autant. Quel que soit l’objet, ou le sujet d’ailleurs. Le stock ? Alors le 2, rue des trois écritoires. Etait-ce encore une des fameuses blagues de sa tante ? Non. C’était bien la véritable adresse. Il va falloir retraverser tout le centre-ville. Il ne pleut pas. C’est déjà ça, se dit-iel dans un soupir qui ne soulève toujours aucune clef.
L’immeuble lui parait bien petit pour un entrepôt de librairie. De l’idée qu’iel peut bien s’en faire en tout cas. D’autant que le notaire lui a bien précisé qu’il n’était question que d’un seul appartement. Le 2. La porte d’entrée ouverte, un escalier en colimaçon ne lui laisse guère d’espace pour espérer un déménagement facile. Une fois arrivé-ent au premier étage, ses yeux parcourent les numéros sur les portes en attendant de trouver le bon. Rien au premier. Ce sera donc au deuxième étage, deuxième mauvais signe pour l’espace. Ce sont, d’après ses calculs rapides, probablement les appartements les plus petits de tout l’immeuble. La première clef fut trouvée rapidement, elle était assez énorme pour ne pas avoir besoin d’un marquage spécifique, elle ne pouvait entrer que dans une énorme serrure. Le premier verrou saute. Mais le nombre de petites clefs restantes et le nombre de verrous présent sur la porte commencèrent presque à la faire renoncer, pour ce jour. Elle se dit qu’elle essayerait au moins une combinaison, pour voir.
En regardant le trousseau de clefs avant de choisir la prochaine, iel souffla sans qu’aucune autre clef ne réagisse pour autant.
Totalement loufoque. J’attends la suite avec grande impatience.
de même(s).
Ahahaha je renchéris! J’en suis aussi ! Impatiente et dans l’attente 🙂
fendage de relecture sur #2 et #3, tentatives de corrections pour lisibilité et cohérence, bref de bref. On verra bien.
Merci de la lecture.
Je souffle aussi sur tes trousseaux pour voir la suite !
Lecture suspendue avant l’arrivée sur le lieu.
Il y aura forcément une grosse digression, voire plusieurs, sur les siestes…
Merci de la lecture…
chouette et surprenante exploration
va-t-on pouvoir pénétrer dans cet espace « entrepôt librairie » qu’on imagine bourré à bloc ? mais de quoi ? de livres ? là est la question…
soufflons soufflons mes sœurs ! et nous le découvrirons !
salut Alexia…
Salut…merci pour la lecture.
J’ai comme l’impression que je me suis auto-qqch, mais j’arrive pas à mettre le doigt dessus…peut être avec la langue?