le livre come fiction,#04 Illusion

Ranger la bibliothèque. Sa bibliothèque. Des livres. Des tas de livres. Achetés, hérités, reçus en cadeau. Toute une vie de livres. Livres gros, pleins de pages et de savoir, livres minces qui invitent à les prendre en main, livres reliés, livres brochés, livres vieux et chiffonnés ou neufs à peine ouverts, livres en attente d’être lus un jour, livres poche, livres carnets, livres d’images, pages calligraphiées. Des photos, des dessins, de la philosophie ou de l’humour, des livres de cuisine et de jardin, de tricot ou de bricolage. Dans la vie, il faut de tout pour faire un monde. Dans ma bibliothèque aussi.

Alors on range, on trie. Sans conviction. Sur une étagère couvrant tout un mur blanc, sur cinq planches lissées, vernies, en bois de hêtre assez dur pour ne pas plier sous le poids des collections. Bandes dessinées, sur la dernière étagère, debout ou couchées, pour les amateurs grande taille au bras long, en dessous romans et poésies, livres en langue étrangère, taille poche mêlés à d’autres formats, tout en bas beaucoup de livres volumineux sur la région et les voyages, les livres de photos ou de peinture, de botanique ou de mappemonde. Certains livres debout et de face, en exposition, triomphant comme pour assumer notre favoritisme, et une pile de passage qui s’accumule sur le piano rouge inséré dans l’ensemble assez hétéroclite. Les livres se chevauchent, penchent, se serrent, les gros avec les petits comme pour les couver, et quelques portraits et cartes postales pour marquer l’espace. Comme il faut trouver encore de la place, des livres sont exilés dans des casiers le long des couloirs, dans les tiroirs de la cuisine pour attraper les recettes, dans les toilettes pour la collection de romans policiers et ce qui reste dans des piles à côté du lit…,

C’est une illusion de rangement, on ne trouve pas facilement ce qu’on cherche, par contre, en cherchant, on trouve parfois des trésors oubliés, des livres perdus, des livres à rendre et des livres à prêter absolument à une amie…

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

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