#05 Le livre comme fiction | Livres échoués

Les boîtes à livres ! Tu en connais plusieurs autour de chez toi. Tu ne les fréquentes pas, même si, à l’occasion d’un passage inopiné à leur portée, tu fais un crochet pour leur rendre une petite visite et jeter un coup d’œil à leur contenu. Consternée, tu es consternée par ces accumulations de livres disparates, cornés, détériorés par le soleil ou la pluie, ou simplement par l’âge et le manque de considération qu’on leur porte.

Petites, ce qui est le propre des boîtes — boîte à bijoux, boîtes à papillons, boîtes à souvenirs, boîtes à musique, boîte à clous, boîtes à idées —, les boîtes à livres débordent, dégorgent même à leurs alentours. Sans doute, comme les caissons de vêtements à donner, sont-elles, trop souvent, prétextes à se débarrasser en bonne conscience de volumes qu’on ne veut plus chez soi et qu’on n’ose mettre dans une benne à ordures.

Un concept pourtant intéressant. Déposer un livre, en prendre un, participer à la circulation de l’écrit, permettre de découvrir des auteurs inconnus ou oubliés. Sans compter que se trouver en possession d’un livre sans jamais franchir la porte d’une librairie ou d’une bibliothèque relève pour certains d’un prodige !

Sans doute existe-t-il des boîtes à livres bien tenues, garnies, sans cartons échoués ou éventrés. Celles qui sont surveillées par une médiathèque, une mairie, une association, ou même un particulier amoureux des livres. Il n’y en a guère dans ta campagne.

Une seule trouve grâce à tes yeux. Certes, son intérieur n’est pas à la hauteur de son extérieur, coquet et fleuri, mais « La cabane aux livres » est assez spacieuse pour abriter trois étagères d’ouvrages. Un vrai choix ! Tu y déniches un Maigret que tu n’as pas lu ou que tu as oublié : La guinguette à deux sous. Dès la première page, tu es dans l’ambiance : C’était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Ça y est, tu es prise, Simenon t’a piégée comme chaque fois, comme toujours, tu n’as plus qu’une idée continuer l’histoire. Tu glisses le livre dans ton sac. Il y a bien aussi cet exemplaire de France Loisirs, L’auberge de la Jamaïque, qui te fait de l’œil. Tu le prends, tu l’ouvres, tu lis la quatrième de couverture, tu hésites et tu penses à la pile de livres choisis, non lus, à lire, qui se trouve sur ta table de nuit et tu laisses le Daphné du Mourier.

Il te semble que tu l’abandonnes.

A propos de Emilie Kah

Après un parcours riche et dense, je jouis de ma retraite dans une propriété familiale non loin de Moissac (82). Mon compagnonnage avec la lecture et l’écriture est ancien. J’anime des ateliers d’écriture (Elisabeth Bing). Je pratique la lecture à voix haute, je chante aussi accompagnée par mon orgue de barbarie. Je suis auteur de neuf livres, tous à compte d’éditeur : un livre sur les paysages et la gastronomie du Lot et Garonne, six romans, un recueil de nouvelles érotiques, un récit hommage aux combattants d’Indochine.

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