

Perchée sur son piquet, sa peinture commence à s’écailler. Elle est seule sur cette étendue d’herbe verte. Elle me fait penser à un nichoir pour oiseaux en détresse. Le banc juste à côté d’elle est vide lui aussi. On est pourtant au mois de juin et il fait 25 degrés.
Je m’approche. J’ouvre la porte en plexis glace de cette boîte à livre. Elle ne porte aucun nom, c’est « la boîte du square de la mairie », enfin, c’est comme ça que je la nomme. Trois éditions bilingues dont Sens et sensibility de Jane Austin et La confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset dans une vieille édition cartonnée, ont été déposés, là, par des habitants, des passeurs.
Je trouve ce hasard magnifique. Un grand titre pour un grand livre. Ça devrait donner envie. Mais sa couverture en noir et blanc peut faire un peu peur, alors il est resté, là, il tient compagnie aux bilingues, comme si, lui aussi, parlait une autre langue.
Le ciel s’obscurcit, il va surement pleuvoir, je rentre, je dois avancer mon manuscrit. Mon cœur n’est pas à la fête. J’imaginais un refuge pour livres de poches, ou pour éditions grand format… un îlot de découvertes à venir, au lieu de cela, je trouve un « Abri de Sans Bibliothèque Fixe » déposés par des anonymes, sans aucun marque page, sans aucune dédicace. Je n’ose n ‘en prendre aucun de peur d’épuiser la raison d’être de « la boîte du square de la mairie ».
Depuis le confinement, on a constaté que les boîtes à livres sont délaissées. Les livres seraient-ils porteurs de virus à mettre en quarantaine ?…
Si les boîtes à livres se vident, c’est que le fil de la transmission s’effiloche…
Si les boîtes à livres se vident, c’est qu’être surpris par une couverture s’estompe…
Si les boîtes à livres se vident, c’est que l’envie manque de trier pour donner…
Que ceux qui partagent et ceux qui aiment recevoir ne se rencontrent plus…
Alors dès demain, je me fais la promesse de remplir « la boîte du square de la mairie » par d’autant de titres qu’elle pourra en contenir, car après tout, mes livres ont besoins de traverser d’autres vies, il est temps pour eux de prendre leur envol…
Bonjour Carole,
Nous sommes nombreux à avoir reçu un électrochoc avec cette proposition d’écriture. Que faire devant tout ces abandons ?
Bonsoir Emilie ,
On partage , on partage … merci de ton retour