La boite aux livres au fond du parc aux arbres, #05 le livre comme fiction

Au fond du parc aux arbres resserrés les uns contre les autres. Au fond du parc où quelques fleurs cherchent la lumière. Et des adolescents, l’ombre propice. A d’autres heures.

La boite est là. Presque vide. Les quelques livres déposés là respirent peut-être d’autant mieux. Près du grand bac à épluchures. Et fleur fânées.

Un parc qui a ses heures. Et un portail grinçant pour les marquer. Un pannonceau l’indique. Même les adolescents savent. Un homme à gilet jaune vient pour claver, le soir.

Des livres plein les bras, arrivent les sans heure. Essouflement et aspiration vers le portail entrouvert. C’est l’heure où les arbres s’inclinent.

L’homme à gilet jaune a calé sa large poitrine contre le portail. Le programme de fermeture commence. D’abord la clope. Tranquille quand même et sans essouflement.

Les deux le voient, les deux ploient sous les livres, les deux s’excusent, les deux sourient, les livres pèsent. La boite est encore loin.

Les yeux de l’homme s’écarquillent. On peut porter des livres comme des enfants encore juste nés ! Décide de prendre le temps. S’efface.

Les deux foncent à la boite. Trébuchements aux racines, caresses des branches déjà penchées. Mais quel soulagement : la boite était prête à être remplie !

Engloutissement de boite. Il ne faut quand même pas trop faire attendre l’homme au gilet jaune. Les livres laissent quand même lire leur titre en passant devant leurs yeux. Sourires d’encouragement.

La boite en est presque remplie.

L’homme au portail, lui, a une larme inattendue au coin de l’oeil.

Il est sur cette Terre des gens pour remplir ainsi cette boite !

On peut ainsi porter des livres dans ses bras…

Il ne sait même plus qu’il a failli attendre.

4 commentaires à propos de “La boite aux livres au fond du parc aux arbres, #05 le livre comme fiction”

  1. trébuchements et sourires
    et si belle image des livres qu’on porte dans les bras comme des enfants, l’idée de bercer, cajoler, balancer jusqu’à entendre leurs petits gloussements de bonheur ou leurs clapots de langue
    salut cher Philippe

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