#chroniques #03 | titre provisoire

01/  DU MONDE
ÉCOUTE CHANTER LA TERRE À L’INTÉRIEUR DU VENT

2/LE RÉEL, LE RÉEL, ENCORE LE RÉEL
vent loin proche loin vent | battue de fenêtre ou de porte | roucoulement | roue mais pas loin | proche | pas | passant | pas remontant puis moteur | puis rien | mais vent | loin grincement | porte ou fenêtre ou autre | et pas vif à semelles dures descendant | voix peut-être | qui voix | mais vent couvrant | roucoulement | ni coq | ni chien | si mouette ? cri perçant et loin bruit sourd avec plainte | AHHHHH | plainte s’essoufflant puis s’étouffant | puis vent | vif | lent | pas de course à l’instant avec souffle | loin | puis près | voix disant : on n’aurait pas pu faire autrement

03/ÉCRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR
Dimanche d’une autre ville, un peu loin, avec un port; d’une autre langue; et lui qui ne pouvait que ce jour-là : dimanche. Rester cachés couchés longtemps sous le toit à lucarne à regarder aussi le ciel entre deux embrasements ( embrassement ou embrasement ?s’approcher de leur lèvres) : viens dans ma bouche dimanche ! Ce que font les corps avec la langue qui ne partagent que peu de mots : se manger, jouir. Dimanche jour de soleil, dit la langue, même s’il pleut. Marcher de l’autre côté du pont, acheter des harengs, se gaver de cornichons aigre-doux, voir accroupi sous le porche l’enfant aux papillotes et sa toupie ; des femmes emperruquées à marmaille s’offrant des dattes et des biscuits blancs, à côté des fumées ( voir des femmes emperruquées longeant les gamelles fumantes s’offrir des dates très mures et des gâteaux au miel … ); ça brasse du monde dimanche : vélos, autos, chiens maigres ou pas, même un cheval, mouettes ; un vieux à la fenêtre en maillot de corps gras dont on a rien à dire d’autre que de l’avoir vu ; une fille portant des fleurs, d’autres faisant de grands gestes, une rue de dimanche pleine de gestes : tu veux une glace? Finir par acheter des groseilles, les lèvres bleues rejoindre le quai, longer, longer, regarder le feu tomber dans l’eau et pas même une éclaboussure

4 | DE SOI-MÊME, ET D’ÉCRIRE
Écrire dimanche. Et c’est dimanche.
Retrouver ce matin de dimanche le bureau provisoire: la petite table ronde ajourée remontée du jardin; les volets entrouverts sur la rue; le silence bruiteux. Il est six heures. Les draps du petit lit trainent encore.
(Duras ne pouvait pas écrire sans faire d’abord son lit, je ne sais plus si c’est dans la vie matérielle qu’elle l’écrit)
Qu’est-ce qu’on transporte sous ses semelles quand on vient là s’asseoir, écrire? Attraper au vol ? S’approcher de très loin? Revenir à quoi? S’attraper quoi? Convoquer des mots, changer l’ordre des phrases, couper et recouper sans cesse.
Ecrire mouettes en place de goélands : mouette ( le mot) file; goéland ralenti.
(changer les mots à l’oreille au risque de bousculer un peu le réel)
Quels mots pour accélérer; lesquels pour ralentir?
Des adverbes pour se donner du temps?

5 | À VOUS LA CANTONADE 
qu’est-ce qu’on transporte sous ses semelles quand on vient à peine d’ouvrir les yeux? C’était quoi ta marche de nuit ? Qu’est-ce qu’on transporte sous ses semelles quand on creuse avec une pelle? Puis à mains nues ? Qu’est-ce qu’on transporte sous ces semelles en tas? Et quand la neige a fondu on voit quoi? Qu’est ce qu’on terre sous ses semelles quand on s’est approché d’aussi près ? — et toujours plus bas descendre — Qu’est-ce qu’on transporte sous ses paupières quand on a sauté du dernier train et lacé ses souliers à quelqu’un qui n’en aura plus besoin? est-ce un crime de voler ses chaussures à un mort?

A propos de Nathalie Holt

A commencé en peinture, a vécu de théâtre et d’opéra, des années de scénographie plus tard ne photographie pas que son lit tient son journal en images écrit et marche chaque jour A publié des nouvelles : Ils tombaient / Averses / couché on fait plus court édition UnJeudi

12 commentaires à propos de “#chroniques #03 | titre provisoire”

  1. « Marcher de l’autre côté du pont, acheter des harengs, se gaver de cornichons aigre-doux, voir accroupi sous le porche l’enfant aux papillotes et sa toupie ; des femmes emperruquées à marmaille s’offrant des dattes et des biscuits blancs, à côté des fumées ( voir des femmes emperruquées longeant les gamelles fumantes s’offrir des dates très mures et des gâteaux au miel … ) » merci je vois très bien…

    • Merci Raymonde ( si j’y suis arrivée un peu à donner à voir … qu’est ce qu on cherche en écrivant : voir, entendre, comprendre? )

  2. oui Ugo, je partage ce que dit Ugo. Changer les mots à l’oreille est une belle trouvaille pour écrire, même si cela conduit à s’affranchir en partie du réel.

    • je n’ai pas pu corriger le commentaire (il me semble qu’on pouvait le faire précédemment), l’entrée semble s’adresser à Ugo mais c’est bien à Nathalie que je parle 😉

  3. Très belle lecture ! Merci pour ce beau texte rempli d’images creuses dans la bouche d’un dimanche aigre-doux.

  4. Je m’arrête sur le titre provisoire parce qu’à voir défiler les chroniques la pléthore des titres sous-titres m’interpellent. Je trouve que l’on s’y perd et moi-même j’ai du mal à trouver titres et sous-titres (pertinents ? accrocheurs ? synthétiques ?) au moins Nathalie, tu as résolu le pb 🙂
    « Écrire dimanche. Et c’est dimanche. » belle mise en abyme.
    J’aurais aimé trouvé plus de voix disant dans le réel mais peut-être es-tu dans un endroit silencieux peu propice aux bavardages ? (pour ma part j’ai dû faire des kilomètres à pied pour pêcher qq bribes de voix humaines… ) merci !

  5. Beaucoup aimé cette écriture poétique du réel, et ce dimanche très visuel. Je note aussi les derniers questionnements du 4 (mots pour ralentir, pour accélérer), et ça : Qu’est ce qu’on terre sous ses semelles quand on s’est approché d’aussi près ? Merci

  6. Changer les mots pour ralentir ou accélérer ? Oh oui.

    Sous ces semelles j’ai entendu la plainte étouffée dans le roucoulement du vent, j’ai senti le bruissement derrière la fenêtre, et j’ai gouté à l’embrasement de la langue au hareng,
    et, j’ai attrapé au vol, cette irréalité aussi sonore que silencieuse du dernier lacet.

  7. J’aime tes dimanches. J’ai l’impression que certains ont été les miens, et que d’autres m’attendent…
    Ecrire mouettes en place de goélands : mouette ( le mot) file; goéland ralenti. Quels mots pour accélérer; lesquels pour ralentir?
    Cela m’intéresse, m’interroge, m’éveille, Merci