1 | du monde
Ecoute le Vent ! Il nous dit des choses de l’envers du monde.
2 | Bribes au bord de l’Erdre
J’ai mangé de la nourriture somalienne, c’était prix libre / Non, moi je ne danse pas, je vais me prendre une bière / C’est quelle file pour les colis? / Demande au petit garçon s’il veut bien te prêter son camion / J’aime trop sa robe. On ne fait plus de robe de princesse pour les adultes. / Il faut mettre un genou comme ça et le plier très très vite mais il faut pencher le buste en avant / Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire !! / Avant il y avait des canards mais avec la canicule je ne sais pas / J’ai présumé de mes forces aujourd’hui / Tant qu’à faire je préfère croire en Poséidon qu’en Abraham / Je travaille toujours seule le samedi, c’est désagréable / Ils vont laisser la voiture, ils vont la vendre en pièces détachées / J’adore vos yeux, madame / Mon chien il a bouffé un mégot de cannabis, j’ai dit ok il est temps de rentrer les gars / Tu ne te souviens pas de lui ? Il nous avait donné un citron à la dernière soirée / I don’t understand english, sorry. What vous voulez? / Prend une bière et de l’eau. Ils les ont mises à côté dans le frigo / Monsieur, vous faites encore des glaces ? / C’est mon fils, il a mes yeux / Ecoute, je lui ai dit pour fermer la porte du garage tu appuies sur la télécommande c’est pas compliqué quand même. Non mais je vais lui payer son billet pour le Portugal juste pour avoir la paix / St Michel Chef Chef c’est plus loin mais le chemin est plus joli / Laisse tomber, si j’avais pas un kebab à manger, je t’aurai tellement dragué.
3 | La partie de balle
Alexis avait dit que j’avais le droit d’aller avec lui parce que Grand-Père n’était pas à la maison. Mais c’était exceptionnel. D’habitude le dimanche, je restais à faire mes devoirs à la maison pendant que Grand-Père Joseph retirait les mauvaises herbes du jardin. Des fois, je jouais aux billes. Avant quand Alexis était plus petit aussi, on jouait ensemble mais maintenant ça ne l’intéressait plus les billes. Ou c’est moi qui ne l’intéressait plus, je ne sais pas trop. Il préférait les vraies balles maintenant et ses copains. Le dimanche quand on est petit on joue aux billes et quand on est grand on joue dehors avec ses copains et moi j’étais encore dans l’entre-deux. Je n’avais pas trop de copains. De toute façon il n’y avait pas trop d’enfants de mon âge sur l’île, même à l’école, on commençait à être mélangé dans les classes. On était sur la grande place, celle où il y a les vieux bâtiments, de l’époque d’avant, les grands bâtiments en brique, quand il y avait encore beaucoup de monde et que ça construisait des choses. Maintenant il y avait des herbes par terre dans le sol sableux et Alexis et ses copains tapaient dans le ballon et c’est à qui tapait le plus vite et le plus haut et moi j’essayais de courir après eux mais personne ne me passait la balle. La fleuriste nous regardait en arrangeant ses fleurs, les sourcils froncés, de peur qu’on défonce toutes ses fleurs et moi j’aurai préféré aller la voir et lui demander si Myrrah était là mais je n’osais pas demander à aller jouer avec une fille devant Alexis et les grands, même si je préférais clairement aller faire des châteaux de galets avec Myrrah que de courir après la balle que je n’arrivais pas à attraper. J’avais envie de me mettre dans un coin, de m’asseoir sur le banc et de juste les regarder, je crois que je me serais plus amusé. Je regrettais de pas avoir pris mon goûter, ça m’aurait donné une excuse. Le dimanche j’aimais bien faire un gâteau avec Grand-Père, on allait voir les poules et on prenait des oeufs. Mais en ce moment, il allait au phare. Pourquoi il y allait pas quand j’étais à l’école plutôt ?
Alexis m’a jeté mollement la balle avec les mains. “Allez Ivan”, il a dit. Je ne sais pas ça voulait dire quoi, ce allez. Allez, tire ? Allez, amuse toi ? Allez, me fais pas honte de t’avoir emmené devant les copains ? Les autres n’avaient pas l’air d’avoir honte, il y en a un qui est passé derrière moi et qui m’a ébouriffé les cheveux. J’étais juste le petit frère, ils savaient pas quoi faire avec moi, comme s’ils avaient pas été petits eux aussi, il y a pas si longtemps. Peut-être qu’il était l’heure de rentrer. Sans horaire, on ne sait jamais trop c’est quand l’heure de rentrer.
J’ai posé la balle par terre et j’ai reculé et les grands ont rit et j’ai couru très fort et j’ai tapé très vite dedans, j’ai senti le ballon s’envoler sous mon pied, bien plus fort que ce que je pensais et il a filé droit, très vite, juste sur la fenêtre de la maison aux volets bleus en face de nous. Ca a fait un bruit de verre brisé. Je suis resté avec les yeux grands ouverts, Grand-Père va me tuer j’ai pensé et j’ai entendu les gars rire et détaler comme des lapins et le voisin est sorti débraillé, les joues rouges, la chemise mal fermée, et Alexis criait derrière de me dépêcher mais moi je restais là sur la place. D’un côté ou de l’autre de la rue, de toute façon, une gifle m’attendait.
4 | Toujours brouillon
Pêle-mêle, en labyrinthe et dédales :
de 1 à 100, des trous réguliers
le goéland certes, le goéland qui griffe, le goéland qui tombe, le corps de la femme (pourquoi ? je ne sais pas mais il y sera), le mensonge, le départ du grand frère, les fleurs volées à la mère, le passage dans la forêt et le Vent, le Vent, le Vent mais si il emmène à la guerre il peine plus à m’aider à construire le récit… pêle-mêle tout jeter et voir ce qui sort, comme un château de galets
La complainte de juin – sur le thème de Persephone, ça on touche, on tient, bientôt fini (ici présenté ?)
Juillet en cours – comment écrire l’absence d’air ? Et la sueur et l’attente – si j’aime j’attends et si j’attends c’est que j’aime non ?
Reprise de la nouvelle “l’envers du miroir” – savoir réduire des scènes sans toucher au récit, c’est comme en danse, rétrécir un mouvement pour en faire un accent – or je manque souvent de muscle pour ça
5 | A la cantonade
Qu’est-ce qu’on a sous nos semelles ?
Des talons ? Des talons hauts, des talons aiguilles, des talons compensés ?
De la paille ? Du bois ? Du cuir ? Du plastique ?
Des semelles qui s’allument, qui brillent, qui clinquent ?
Des semelles usées, trouées, pour faire vivre le cordonnier ?
De la merde que les gens ne ramassent pas ?
De la boue du cimetière ?
Du sable et des cailloux ? D’où viennent-ils tous ces graviers alors que mes semelles claquent l’asphalte ?
De la corne sous le pied ? Des pieds doux et délicats, enduits de crème au jasmin ?
Du vernis sur le pied ?
Est-ce que je peux me mettre pieds nus ?
Peut-on vraiment dire qu’on danse si on n’est pas pieds nus ?
A quoi me servaient mes pieds avant que j’apprenne à marcher et encore plus avant que j’apprenne à danser ?