La zone d’activité | 000137
blancs. Mon champ de vision se réduit proportionnellement. Je tombe des yeux sur le blanc des restes.
Ce ne sont pas des restes de neige — car c’est la fin d’un hiver tellement froid, neigeux comme il neige dans les contes. Mais du blanc résiduel de toutes tailles qui est, là, de tout sauf de la neige, à mes pieds.
« — C’est une grande grande suce ça… » Elle s’étale et domine entre les autres, parmi les restes blancs, il y a un bidon défoncé, le blanc translucide, genre d’eau déminéralisée ou de liquide lave-glace ou de refroidissement sans étiquette, des barquettes, barquettes individuelles face contre terre, des barquettes vides, barquettes craquées, deux barquettes, et des pots de yaourts… Par dizaines il y a des pots de yaourts rentrés les uns dans les autres, vides évidemment, délavés comme tout, que les pluies et les jours ont passés, qui emboîtés ainsi font comme deux bâtons. Lingettes blanchies ici, reblanchies là. La suce, je l’appelle suce est vraiment grande à côté et je ne sais pas ce que c’était, elle donne à l’ensemble cet aspect lamentable, comme elle s’étale, le blanc grisé du temps entre les restes blanchis.
Je m’accroupis auprès. Les autos s’effacent derrière le muret. Le bruit des autos s’efface.
La suce se départage en maille d’un côté, en ouate ou molleton de l’autre en tirant un peu, ce que je ne fais pas, je la touche, tâte, je la prends par un bout. J’enfonce un pouce, je passe ma main, la suce est sèche, humide là, je passe ma main dessous, je la décolle du sol. Avec mes deux mains, je la tiens comme une galette, qu’elle est. Elle a cette rigidité, ça me revient, je la lève encore. Je m’arrête. Je la