Ça aurait pu commencer par les fleurs coupées dans le parterre fleuri devenu aussi chauve que le crâne d’un moine. Les zinnias ont stoppé net mon élan. Je ne suis pas allée plus loin que la page des zinnias coupés. J’étais foutue. Je m’étais identifiée à la petite fille qui avait exécuté ce carnage et son geste sacrilège m’avait terrorisée. Je regardais mes mains qui tenaient le livre. Je devais racheter la faute de l’enfant qui n’était pas moi. Je fermai le livre et ne lus plus jamais dans mon lit. De toute façon, il fallait que je m’endorme avant que mes sœurs n’éteignent la lampe de la chambre, j’avais peur du noir. Le zinnia est un genre de plantes à fleurs de la famille des Asteraceae, originaire des prairies sèches d’une zone s’étendant du sud-ouest de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud mais aussi et surtout du Mexique. Il compte vingt espèces de plantes annuelles et pérennes. Est-ce à dire que les zinnias coupés par la petite fille du livre auraient pu repousser et refleurir ? J’ai dû louper un truc. Cette plante est remarquable par ses longues tiges fleuries qui peuvent présenter une seule rangée de pétales ou former un dôme ou une boule. Dans le livre que je refermai, était-elle cultivée pour ses fleurs comme les gerbera ? De quelle couleur étaient les fleurs ? Simples ou doubles ? En poursuivant mes recherches, j’apprends sur Wikipédia que ce genre est dédié par Linné en 1759 à l’anatomiste et botaniste allemand Johann Gottfried Zinn (1727-1759) rendu célèbre pour sa description de l’œil. Le livre n’en faisait pas mention. Je revois juste l’illustration sur la page de gauche avec le bloc de texte en dessous. C’était un champ de désolation. C’est également la première espèce de fleur poussant et éclosant en orbite à bord de la station spatiale internationale en janvier 2016. La petite fille du livre savait-elle tout cela au sujet des fleurs qu’elle avait massacrées ? Mais les avait-elle massacrées ou simplement cueillies pour les offrir ? A qui ? Qu’en sais-je ? Dans le langage des fleurs, selon sa couleur, le zinnia peut symboliser l’inconstance mais aussi des valeurs positives comme l’amitié la bonté l’affection durable et le souvenir. Je bloque. Aujourd’hui je lis en plein jour des westerns littéraires et les enquêtes policières du shérif Walt Longmire dans le comté d’Absaroka dans le Wyoming. Je ne serai pas surprise d’y rencontrer une petite fille cueillant un bouquet de zinnias.