« L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. » Je méditais cette phrase de Péguy. L’Espérance qu’il évoque est la vertu qui fait croire en la vie éternelle et pousse les chrétiens à la gagner par leur bonne conduite terrestre : c’est l’Espérance avec un grand E. En suis-je capable ? Ai-je reçu cette grâce ? Je me mis à considérer l’espérance avec un petit e, la plus modeste, l’ordinaire, celle au jour le jour. Comme chacun, j’en ai le plus grand besoin. J’espère toutes sortes de choses : qu’il fera beau demain, que ma rééducation sera facile et rapide, que nous sortirons bientôt de cette pandémie… J’entrevois quelque chose que je désire, quelque chose que je crois possible, probable. Il est des espérances faciles, il en est d’autres qui le sont moins. Que viennent des jours cruels, il faut chercher, au fond de soi, la petite flamme de l’espérance, y trouver courage et force d’âme pour supporter l’adversité, repartir, recommencer, reconstruire et étendre sur la plaie le baume du temps ? Pas toujours facile ! « Aimer ce qui n’est pas encore et qui sera » : belle définition de l’espérance ! »
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« Dans cette salle de réanimation, il y avait des boxes. En fait les patients étaient, dans mon souvenir, séparés par des sortes de rideaux. Bleus ou verts, les rideaux, ou gris, d’une couleur d’hôpital évidemment. J’étais plutôt ensuquée. On me donnait de la morphine. Les plaies à l’abdomen sont très douloureuses. C’est pourquoi, il ne m’est pas possible d’être complètement affirmative. Peut-être ai-je rêvé certaines choses ? On entendait tout ce qui se passait dans la salle : les allers et venues, les chariots qu’on tirait ou poussait, les plaintes et les délires des patients, les paroles des soignants, même lorsqu’elles étaient chuchotées. »
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« Il y avait un début d’incendie et je ne pouvais pas sortir. Je cherchais une issue, j’allais d’un côté, de l’autre ; toutes les portes étaient verrouillées. Au début, j’entendais seulement des crépitements, mais très vite sont survenues plusieurs explosions. Une partie du plafond est tombée tout près de moi. C’était affolant. La chaleur devenait insupportable. Le feu se rapprochait de moi, je le voyais ramper sur le sol comme un être malfaisant. C’était terrifiant et, en même temps, fascinant et tellement beau. Rouge, orangée, bleutée, c’était ma mort qui s’avançait. »
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« Dans un visage aux traits réguliers, si blême et impassible qu’il évoquait la mort, brillaient, sous de lourdes paupières bistrées, des yeux sombres, mobiles, inquiétants, indiscrets, soupçonneux, toujours fuyants, parfois narquois, en résumé parfaitement antipathiques. Nous admirions tous cependant sa chevelure bleutée à force d’être noire et brillante et surtout ses mains qu’il avait longues, blanches et volubiles. Ces deux caractéristiques ne rattrapaient pas le reste de sa physionomie et nous avions, à son égard, une attitude strictement professionnelle, nous gardant bien d’entretenir le moindre rapport personnel avec lui. Sandra, qui avait toujours le mot juste, comparait la chair et les os de la « Chambre 25 » à de la porcelaine blanche et fragile. Elle disait aussi qu’il avait une personnalité serpentine. »
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« — Et ça, c’est mon cadeau, ajouta Sandra, en sortant un petit paquet de sa poche. Il est modeste mais qu’il vous dise mon affection.
La vie nous fait des clins d’œil, si nous voulons bien y prêter attention. Le présent de Sandra était un petit savon « Senteur Chèvrefeuille ».
— Oh, Sandra, quel plaisir vous me faites ! Asseyez-vous un instant que je vous raconte. J’adore l’odeur du chèvrefeuille, d’abord pour elle-même, mais surtout en raison d’un livre de mon enfance. Il était édité dans la bibliothèque Rouge et Or et son titre était La Maison du Chèvrefeuille. Il y était question d’une petite fille, perdue dans les turbulences de la guerre qui, devenue femme, reconnaissait la maison de son enfance à son odeur : celle du chèvrefeuille. Je ne me souviens plus des péripéties de l’histoire, seulement de cela. J’aimerais beaucoup retrouver ce livre et je ne vais jamais dans un vide-greniers sans fouiller les tables dans l’espoir d’en trouver un exemplaire. »
Merci, Émilie, pour cette #8 qui m’éclaire. Beaux fragments après la phrase de Peguy sur l’espérance qui induit une écriture toute en douceur et sagesse avant les extraits moins paisibles. Merci.
Merci Anne ! Que ferions-nous sans l’espérance !