1 – Comment va le monde ?
Je le savais mais ne le sais plus.
Le monde ne me dit plus rien.
2 Le chien qui aboie, le bruit d’une voiture, le son du jardin, le sms de ma fille, le geste de mon écriture, la bouilloire, le silence soudain, la chaleur, la main sur mon visage, une porte qui claque, mon soupir, une lassitude, le ventilateur, le grattage de mes oreilles, l’air raréfié, je me traîne, un mot écrit, le cri d’un oiseau, une fourmi, la langue du chien sur le carrelage, les quarts d’heure et l’écoute de l’heure, la sirène d’une ambulance, le souvenir de ma nuit, l’herbe sous mes pieds nus, le chien ne bouge plus, crissement d’une roue dans le parking, une minuscule brise, une voisine à sa fenêtre, la cigarette du gars au rez-de-chaussée, le bruit de ma chaise, les touches du clavier, le goût du dernier café du matin, une moto au loin, le dernier 1/4 d’heure, le mot de la fin.
3 » Plongeant dans ces notes que l’on ne peut entendre, je mesure le silence qui nous sépare. »
La distance, le muet du tableau nos mots éteints, nos liens distendus, la gamme de piano. Non, je ne suis pas triste. Pas triste pas même de regret. Le tableau ne chante pas, il n’est que dessiné. Destiné à se taire et pour ne pas t’oublier, tu me l’as donné et il ne me quitte jamais.Le tableau n’est pas beau, la peinture est primaire, les touches difformes et le son inaudible. Comment ai-je pu ne pas m’en débarrasser ? Impossible, trop grand, trop toi, trop nous.
4 La tasse de café que je bois toujours avec du lait et du sucre, oui je sais le sucre, l’orange et le citron qui dorment beaux, côte à côte, la bouteille d’eau que je sais que je ne devrais plus avoir mais que je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas m’en passer et que j’aime, que j’aime cette bouteille et son plastique que j’avale au goutte à goutte, et la paire de lunettes que je ne veux pas mettre, je vois, je vois, je devine, je me lave les yeux, je vois, je vois les lettres, les points, de près ou de loin, je me penche, prends une distance, monte sur la table s’il le faut mais je ne les touche pas, les lunettes, la paire, la monture sauf si, sauf quand…, le cahier, la multitude de cahiers, entassés, mais que va-t-il advenir de tous ces mots ? l’agenda, pas d’agenda informatisé, j’aime mon carnet et les choses à noter et la pile que cela fait d’année en année ; parfois je les relis et je souris et je me dis : » mais quand je serai morte, y lira-t-on ma vie ? « , le stylo bic, toujours le bic bien qu’il soit tentant de faire un retour à la plume pour bien écrire, oui bien écrire, dessiner les belles lettres, comme à l’ancienne, la plume qui court, folle et incertaine ; il fait chaud, les doigts transpirent, la moiteur des mains collées au clavier, le souvenir de la fraicheur en forêt ce matin, une serviette de sopalin et une fourmi qui se promène dans les pages de mon cahier.