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Jeudi 25 juin 3 h 10 – 9h 10
Au sortir d’un rêve opaque, dans le plissement de mes yeux sans lunettes, je lis sur mon radio-réveil : 3 h 10. J’ai chaud, je suis moite, ma chemise de nuit humide me colle à la peau, le ventilateur bourdonne dans ma tête, je me sens mal, oppressée. J’écoute mon corps s’affoler. 3 h 25, je décide de changer de chambre, il fera plus frais au rez-de-chaussée, je descends cramponnée à la rampe. 3 h 40, je cherche un sommeil qui me fuit, j’écoute la nuit. Ma poitrine me serre. Je fais une dizaine de minutes de fréquence cardiaque, sans résultat satisfaisant. 4 h 05, je suis angoissée, j’allume et je mets, pour me distraire de moi-même, un podcast sur mon téléphone. 4 h 20, j’ai perdu le fil de cette histoire d’amour qui n’a pas réussi à capter mon attention, je commence à me dire que mon état n’est pas normal. 4 h 35 il faudrait peut-être que je réveille mon mari, il est médecin. 4 h 50, mon état ne s’améliore pas. J’entends que mon mari descend. Je l’appelle. — Où est ta trinitrine ? — Sur la table de nuit de ma chambre ; Il se précipite dans l’escalier. Ça y est le pchitt sous la langue. Amer, terriblement, mais coup de fouet. 5 h 05, je me lève, aidée de mon mari, je vais dans la cuisine, lui dans le jardin. 5h 10, assise sur un banc, la tête me tourne. J’appelle. Quand je reviens à moi, mon mari me tient pour m’empêcher de tomber. Il me met sur un canapé, jambes surélevées. 5 h 25, je me sens lasse, si lasse, stéthoscope, tensiomètre, serviette d’eau fraîche, stéthoscope tensiomètre, 5 h 40 je retrouve mon énergie, stéthoscope, tensiomètre. 5 h 55, mes paramètres sont normaux, prise de mes médicaments habituels, café petite tartine beure confiture. 6 h 10 je suis de retour dans un lit, il fait frais, fenêtres ouvertes, dans les chants des oiseaux je m’endors. 9 h 10, je me réveille tout va bien.
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« Que el valor del vencido / hace famoso al que vence. »
(« Le courage du vaincu fait la gloire du vainqueur » ou « La valeur du vaincu donne renom au vainqueur ».) Calderón
J’aime les grands tableaux de Velasquez. Que je vous parle de La Rendición de Breda (La Reddition de Bréda encore appelé Les Lances) ! Que je vous dise surtout pourquoi il me touche au cœur ! C’est un tableau qu’on appelle historique — il raconte un épisode historique. Il se trouve au musée du Prado, à Madrid. C’est là que je l’ai vu au cours d’un été suffocant, que je l’ai longtemps observé, les larmes aux yeux, assise sur une banquette, dans la fraîcheur d’une galerie climatisée. À Breda il y eut un siège, un fameux siège, un siège de neuf mois (1624-1625). L’étude des sièges me passionne ; c’est là qu’on admire les stratèges. Les Espagnols commandés par le général Spinola, encerclèrent et affamèrent Breda, ville des Flandres, aujourd’hui hollandaise, défendue par le gouverneur de Breda, Justin de Nassau. Celui-ci fut contraint de se rendre. Je ne vais pas décrire cette audacieuse manœuvre, pas plus que le tableau de Velasquez, seulement tenter de vous exprimer ce que j’ai ressenti devant cette œuvre monumentale, presqu’écrasante, et les raisons pour lesquelles je ne peux l’oublier. Donc à droite les Espagnols, les vainqueurs, leurs lances bien rangées et fièrement dressées vers le ciel, à gauche les gens de Breda. Chez eux c’est un peu la débandade ! Au centre Justin de Nassau remet les clefs de sa ville au général Spinola. Mais observons attentivement les attitudes et les expressions des visages de ces deux personnages. Applaudissons l’humanité et la noblesse de l’Espagnol qui empêche le Hollandais de s’agenouiller pour reconnaître sa défaite. Il a retiré son chapeau pour le saluer. Loin de l’humilier, il respecte sa dignité. On dirait presque qu’il le réconforte ou, en tout cas, qu’il le congratule. Le Hollandais a redressé la tête et regarde, étonné et confus, l’Espagnol lui sourire. Ce sont deux hommes qui se sont bien battus, le vainqueur respecte le vaincu. Il reconnaît en lui un grand soldat ; il sait combien il est difficile d’être le défait, le vaincu. Il connaît sa chance d’être le vainqueur, il salue son valeureux adversaire. « Car la valeur du vaincu donne renom au vainqueur. »
Bonjour Emilie, Etonnante et sympathique cette passion pour les sièges;
L’étude des sièges me passionne ; c’est là qu’on admire les stratèges.
Merci de ton passage, Danièle, et de ta lecture.
Breda, ville prise et reprise, si souvent assiégée… merci pour cette évocation du tableau de Velázquez et de la guerre de Trente ans (où l’humanité ne brilla guère)
Merci, George, pour ta lecture et ton commentaire.
merci Emilie pour avoir évoqué une nouvelle fois cette toile que tu partages avec engouement, savoir et enthousiasme, on aimerait bien connaitre un guide comme toi aussi passionnant et passionnée ! ton texte rythmé rend toile vivante…
Merci Carole. Les tableaux historiques, avec tout leur contexte et leur subjectivité, sont des témoignages passionnants. Je ne suis pas sûre d’avoir vraiment répondu à la proposition…
Bonjour Émilie,
J’ai lu l’exergue comme votre contribution à la proposition 1, celle de dire comment va le monde.
Car le tableau que vous nous proposez pour la partie 3 est bien votre lecture d’un état du monde, et l’ instant choisi du peintre un choix possible des conséquences d’assieger. Merci
Vous avez vu, dans ma contribution, Catherine, bien plus que moi-même. Merci !