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« Que el valor del vencido / hace famoso al que vence. »
(« Le courage du vaincu fait la gloire du vainqueur » ou « La valeur du vaincu donne renom au vainqueur ».) Calderón
J’aime les grands tableaux de Velasquez. Que je vous parle de La Rendición de Breda (La Reddition de Bréda encore appelé Les Lances) ! Que je vous dise surtout pourquoi il me touche au cœur ! C’est un tableau qu’on appelle historique — il raconte un épisode historique. Il se trouve au musée du Prado, à Madrid. C’est là que je l’ai vu au cours d’un été suffocant, que je l’ai longtemps observé, les larmes aux yeux, assise sur une banquette, dans la fraîcheur d’une galerie climatisée. À Breda il y eut un siège, un fameux siège, un siège de neuf mois (1624-1625). L’étude des sièges me passionne ; c’est là qu’on admire les stratèges. Les Espagnols commandés par le général Spinola, encerclèrent et affamèrent Breda, ville des Flandres, aujourd’hui hollandaise, défendue par le gouverneur de Breda, Justin de Nassau. Celui-ci fut contraint de se rendre. Je ne vais pas décrire cette audacieuse manœuvre, pas plus que le tableau de Velasquez, seulement tenter de vous exprimer ce que j’ai ressenti devant cette œuvre monumentale, presqu’écrasante, et les raisons pour lesquelles je ne peux l’oublier. Donc à droite les Espagnols, les vainqueurs, leurs lances bien rangées et fièrement dressées vers le ciel, à gauche les gens de Breda. Chez eux c’est un peu la débandade ! Au centre Justin de Nassau remet les clefs de sa ville au général Spinola. Mais observons attentivement les attitudes et les expressions des visages de ces deux personnages. Applaudissons l’humanité et la noblesse de l’Espagnol qui empêche le Hollandais de s’agenouiller pour reconnaître sa défaite. Il a retiré son chapeau pour le saluer. Loin de l’humilier, il respecte sa dignité. On dirait presque qu’il le réconforte ou, en tout cas, qu’il le congratule. Le Hollandais a redressé la tête et regarde, étonné et confus, l’Espagnol lui sourire. Ce sont deux hommes qui se sont bien battus, le vainqueur respecte le vaincu. Il reconnaît en lui un grand soldat ; il sait combien il est difficile d’être le défait, le vaincu. Il connaît sa chance d’être le vainqueur, il salue son valeureux adversaire. « Car la valeur du vaincu donne renom au vainqueur. »