#chroniques #02 | fragment de journal

#02.  Je voulais écrire à propos d’une artiste contemporaine. Je comprends mieux maintenant. Quand je pense à ma cousine, je me souviens de cette nuit des étoiles filantes. Il fallait être là pour voir des centaines d’étoiles filantes. On a mis des chaises et on a attendu. Mais il n’y eu que les étoiles habituelles. Et pas le spectacle annoncé. Chez moi tout le monde est fatigué. Il fait noir à l’intérieur de ma tête, tout est sombre. C’est un état de désolation, tout est détruit, ravagé.  C’est comme cet été à La Paillade. En banlieue de Monptellier. Des tours en haut de la colline. En bas, une épicerie et une boulangerie. Il n’y avait rien d’autres que ces tours. Autour c’était un feu d’herbes folles. C’est l’été où il y eut la mort de K. Kelkal. Les premiers attentats des frères Musulmans.

L’italien du 2ème, non, il ne disait pas grand-chose. « Bonjour vous allez bien », je le croisais quand il descendait prendre son courrier, je revenais de cours. Le cartable plein, la tête avec des histoires d’élèves, de salle de profs, de copies qui débordaient et de tête qui débordait aussi, ce ras-le-bol d’être seul. « — Bonjour M. Pancetta — Bonjour vous allez bien ? » me lançait-il mégot au bec. Son regard m’interrogeait, il cherchait je ne sais quoi. De l’espoir, un sourire. Alors je lui souriais avec mes copies à corriger. « — Bien, très bien. » Toujours car il fallait aller, il fallait. « — Sûr » me disait-il « Bien vrai ? — Bien vrai, Monsieur Pancetta ». Et je ne m’attardais pas dans son regard. Je prenais le courrier, de la publicité ou des factures la plupart du temps. Le plus souvent je jetais les prospectus dans les poubelles. Je passais devant lui « — Bonne soirée… — Bonsoir. » Je disparaissais dans l’ascenseur et je l’entendais toussoter son vieux mégot, en montant les marches. Et comme la plupart des voisins se demandent, je me demandais que pensait-il, de quoi était faite sa vie pour qu’il insiste tant sur le — Bien vrai ? Ces questions ne faisaient que passer, je ne m’y attardais pas. Je n’avais pas le temps. Qui était-il avant ? Sa vie ? Il fallait que je mange, que je me vide la tête. Que je me dise allez courage. Puis y retourner. Retourner au Lycée. Donner mes cours et revenir, voir Monsieur Pancetta et son mégot à la fenêtre, faire un signe. On dit tout le temps, la tristesse, la solitude des vieux. Il fallait que je parle à mon père. Il fallait, sûrement il ne me dira rien. Je me devais de l’écouter. Le Monde va mal, les êtres humains essayent de vivre malgré le réchauffement climatique.

Je vais à l’arrêt du T2. Je prends le Tramway. Je descends cours Lafayette. Puis je monte en bus jusqu’à Villeurbanne. Je marche. Je vais voir le Docteur P. Je lui dis tout va bien. Il me donne Lepticur en plus. L’ordonnance est toujours à haute dose. J’ai plus de 15 médicaments le soir. Il me dit « C’est bien, vous vous exprimez ». Mon livre est bientôt terminé. Il reste à tout relire. J’ai repris la folle danseuse publiée sous forme papier en 2004. A Lyon il fait très chaud.

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