1
Ecoute le découragement du monde.
2
Je t’ai pris du thon, merci /Vous vous appelez comment ? Samba. Comme la danse ? Oui. /Un enfant hurle dans la nuit. Son père aussi. / Je ne peux plus entendre pleurer/Le monologue intérieur constant qui m’envahit/La musique du chantier d’en face/Lorsque je jardine, je pense aux sols et où et jusqu’où je vais intervenir/ Parce que c’est cela qui importe, ce sont les sols, tu comprends ? /Tu sais que tu pourrais travailler au Sénat. Au Sénat ? Oui, il y a des concours/Le pain des anges, couverture du livre de Patti Smith que l’on vient de m’offrir/Les chuchotements de la voisine/Mais pourquoi pleures-tu ?/Si tu n’y arrives pas, ce n’est pas grave, on continue/encore et toujours/ on ne se décourage pas tu entends ? / Oui. / Allez, viens allons glaner des rêves.
3
Les dimanches, la terre est parcourue par les anges.
Les dimanches, à rêver et à écrire.
Les dimanches, la forêt dort et en grandes foulées, je la traverse.
Les dimanches, le temps du brunch à l’anglaise, du café crème et de la sieste.
Les dimanches, un achèvement et un possible à venir.
Les dimanches des anges.
4
Ecrire en gros plan. Saisir le grain de la peau, l’odeur de la joue, toucher la douceur du fin duvet. Ecrire en gros plan. Regarder la larme couler, sentir le sel, vouloir goûter à l’eau. Ecrire en gros plan. Embrasser les lèvres, être mouillée, se barbouiller du rouge. Ecrire en gros plan sur l’émotion vive, forte, mordante, celle qui vous frappe le coeur, vous étreint l’estomac, vous coupe le souffle, et vous arrache les mots.
5
NICHI NICHI KORE KO NI CHAQUE JOUR EST UN JOUR MAGNIFIQUE
Qu’est ce qu’on transporte sous nos semelles ?
Que transportons-nous de la terre ?
De la terre cueillie en forêt ?
De la terre de la terre ?
De la terre de la boue ?
Est ce que je transporte mes pas ?
Mes pas de tous les jours ?
Mes pas invisibles ou mes pas qui restent ? Mes pas à pas ?
Est-ce que je transporte les traces des autres ?
Est-ce que je me nourris des pas des autres ? Est-ce que je rapporte les autres avec moi dans mon corps et mon esprit ?
Et le mot transporter est-il le bon ?
Ne serait-ce pas plutôt rapporter ou ramener ou être envahi ou englouti ?
Je suis engloutie par ce que je rapporte de sous mes semelles ?
Mais ai-je véritablement des semelles ?
Ramassent-elles ces semelles ? Ou au contraire, elles écrasent, elles divisent, elles massacrent ? De la forêt, fourmis, araignées, multitudes d’insectes tués par mes semelles ?
Et si je transportais le tout sous mes semelles pour semer à chacun de mes pas ?
Si jamais je semais pour enfouir mes pensées, mes colères et mes chagrins ?
Le sel de la terre ?
Est-ce que je transporte le sel de la terre sous mes semelles ? Est-ce que je vis grâce à ce que je transporte ? Et qu’est-ce que je vais en faire de ce sel ? Et de la terre et de mes semelles ? Qu’est ce que je vais faire de mes chaussures ? Et de mes pieds ? Et de mon corps ? Qu’est ce que je vais faire de mon corps après avoir tant transporté ?
J’aimerais ne plus transporter.
Est-ce que je peux ne plus transporter ? Ne plus porter ? Ne plus avoir de semelles ? Ne plus avoir ?
On ne pense pas toujours qu’il y a de la poésie dans les dimanches… Merci de nous la partager ! J’aime aussi beaucoup votre écriture en gros plan, poétique elle aussi…
Aussi simples soient-ils, ils ont quelque chose d’éternel ces dimanches !