1. Citation du « monde » (Marta)
Les collègues avec lesquels je suis sortie se présentaient tous avec la bite dure, les muscles bidon de la salle de gym, la violence vue seulement sur Netflix. Ils ont tout eu facile : l’école, la carrière, la petite famille. Ils y vont jamais, au cimetière. Ils y pensent jamais, au fait que dans ce monde, on crève. Tunis a dormi dans la gare, ça se voit.
(p 280, Cœur noir, Silvia Avalonne traduit de l’italien par Lise Chapuis, piccolo 210, 2025 Liana Livi)
on s'en fout un peu mais :
1. Tunis est le pseudonyme d'un type rencontré dans la rue, devant la gare centrale de Milan (par Marta, donc, la javanmard (compagnon.ne chevaleresque altruiste) 53, 190 - confère Robin des Bois (Errol Flynn évidemment) ou Zorro) de l'héroïne prénommée Emilia - une passade, grosse chaîne en or faux au cou et fausse montre de luxe au poignet
2. garder la consigne du "monde" depuis le début mais j'ai pas compris (en lisant en écrivant (comme disait le poirier) repérer le mot et reproduire la phrase (ou les) croisé(es)
3. pas certain de tenter de rattraper les 1, 2, 3 mais à l'étrier, le pied remis par la grâce d'une fée fâchée (il n'y a pas de quoi se fâcher cependant) (enfin si, oui, parfaitement en colère...) (merci encore)
4. ceci fait le problème (car le temps manque) qui se pose(ra) sera de lire les autres contributions...

2. Joséphine
dans la cour (la dénomination au siècle dernier de ce lieu un peu à l’écart du centre du bourg où les deux maisons, de chaque côté de la route secondaire, abritaient chacune un café – l’un plutôt communiste tendance prolétaire, l’autre plutôt clérical tendance pétain croix de feu j’en passe et des pires (c’est toujours possible) – mais ne possédaient pas de jardin) sous la glycine (c’est d’un bucolique) dix heures du soir peut-être, le ciel à peine changeant, assis sur un banc contre le mur la découverte : au fond des collines qui bordent la rivière, au loin, très loin; au fond, quelques arbres dans le champ, les fougères, les vieux frênes et le majestueux, à gauche, à côté du sapin planté là après un Noël années soixante – assis là à parler doucement et à attendre le passage de Joséphine – devant plein cadre, le cerisier – très souvent elles sont deux ou trois – sans le moindre bruit sinon leur frottement d’aile dans l’air qui rappellent celui des articulations dans un vol approximatif au radar elles passent ici puis là passent et repassent – un jour tenter de les capturer en image

3. Chronique Clarisse
Ce jour-là ça a été comme si je n’avais pas réussi à m’en empêcher
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Un truc de malade – dès que je l’ai vue il a fallu que je la prenne, ça a été comme si une voix m’ordonnait j’avais rien à dire juste à la prendre
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ça brillait comme dans un rêve, ça ne vous est jamais arrivé ?
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Pas à tortiller je l’ai prise et j’ai couru tout ce que j’ai pu et bien sûr que personne pouvait m’arrêter j’ai couru aussi vite que je pouvais j’avais quelque chose du bonheur avec moi
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ah oui c’était beau enfin – je me suis retournée à un moment pour m’assurer qu’on ne me courait pas après – mais non rien… et c’est là
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j’ai pas vu le potelet, sur la vie de ma mère et les yeux de mes enfants je ne l’ai pas vu
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sur le coran ou la torah la bible n’importe quoi la constitution si vous voulez je l’ai pas vu et tchak
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je l’ai lâchée et là comme un ralenti dans les films j’ai pas réussi à la rattraper
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un mal de chien j’ai cru que ma jambe avait explosé, j’ai même pas crié ni rien mais devant moi en mille morceaux là complètement détruite… même ma jambe je m’en foutais, je vous assure j’ai tellement mais tellement pleuré
4. Fariba
en train : le lexique – pas de nouvelle sur la raison, le persan, les Perses des années d’enfance (à la télé – Belphégor), Persepolis et le shah (une espèce de faste anachronique, une sorte de monarchie pathétique, un peu comme le type empereur et crâne d’œuf avec ses diamants quelques années plus tard – Bokassa un) : pas de nouvelle, mais ça se fait ça a dû se faire comme ça a dû être fait : celui de la mémoire des œuvres – des choses indiscutables sans doute : qui font perdre de vue le reste, les autres travaux, les autres obligations d’écriture (« j’ai raté ma vie » chantait aznav hier encore), les publier, cette nuit la lune rousse – un billet en maison peut-être – les moments des deux semaines avant le quinze août propices à la glande – propices à rien du tout aussi : voir Bombay et mourir l’attentat du grand hôtel, Taj Mahal était est toujours crois-je savoir – mais jamais je n’irai – son nom Taj Mahal, juste devant la porte dite Gateway of Mumbay (je préfère Bombay à Mumbay vu que cette dernière appellation vient de la droite la plus extrême et donc la plus abjecte qu’on trouverait dans ce pays) – d’autres dans le même temps, une dizaine de bombes, plus de cent cinquante morts – merci qui ? les moudjahidines du Deccan, (combattant.es, résistant.es, militant.es) tout comme ceux et celles du Peuple ailleurs (en Iran : une entrée du lexique : celles qui se trouvent en prison) le djihad et ce genre de mauvaise gymnastique – quelque chose aussi de la honte comme celle éprouvée par les survivants de quelque désastre humain – la foi, c’est en son nom aussi ces flots de sang – j’aime assez à savoir que les choses continuent pourtant, les enfants naissent, les mots s’écrivent et c’est avec les deux mains qu’on les fait apparaître (cette idée-là : on n’est plus gaucher, cette tentative de remettre les choses en ordre, en place la contrariété – l’ordre, mais quel ordre ? celui de la charité (bien ordonnée) qui commence par soi-même ? – peut-être, j’avais une tante qui aimait à parler par proverbes interposés – j’ai plutôt tendance à expliquer le tout en chanson moi du style I just go with my pince à vélo – chacun.e ses failles, j’ai là quelque part une image d’elle qui fait signe, devant une voiture, de loin, à quelqu’un – au loin, on dirait qu’il s’agit d’Aix-la-Chapelle

) mais il s’agissait du lexique, en train de s’élaborer, des majuscules, minuscules, des italiques ou des chiffres, des numéros de pages, comme des explication (un lexique raisonné) – quelque chose qui ne sert à rien, ou à simplement pas grand-chose, à savoir faire une liste – structurer le propos probablement, une espèce de démarche qui s’apparenterait au travail professionnel, compter, classer, penser : dans cet ordre ou un autre, aussi bien (mais toujours l’ordre) – pour donner une idée – évaluer vaguement doigt mouillé pif hasard – c’est pour lire le livre autrement ou pour le relire (mais quel besoin a-t-on de relire ce livre-là, en particulier ?) – les différentes actrices et acteurs de la narration (mais est-ce une narration ? oui – une fiction documentaire ? peut-être moins, rendre compte de plus de quinze cents jours de captivité et de ses grèves de la faim – faire figurer aussi la chronologie en fin de volume – un travail comme un autre : les autres travaux de ce genre, vaguement en pure perte – c’est sans importance, il faudrait sans doute en faire la liste – une liste des listes – multiplier les occurrences (l’intention d’en faire une de la biographie-auto de François Périer Profession Menteur qui avait à voir avec le projet DF) (des linéaments, un peu partout ça va bien – une espèce d’œuvre, probablement, mais qui servirait à quoi ?)
c’est en le lisant, parce que les termes en persan sont en italiques (la traduction est mentionnée avant, ou après, pour Yallah il n’y en a pas – quelque chose de bizarre comme s’il y avait là un code : mais c’en est un – reviennent au monde les cours d’arabe de l’inalco financés par le compte professionnel de formation : un manque de travail, la difficulté de la graphie, les souvenirs des mots grossiers qu’on disait en riant la jeunesse et la prof qui s’appelait Lumière – Nour) les institutions, les personnages, mais il ne s’agit pas d’un livre de fiction mais plus de la narration d’une expérience vécue, rendre compte de ce qu’on a traversé (quatre ans et demie de détention) une sorte de documentaire, une anthropologie participative s’il se peut dans des conditions difficiles marquées par la lutte pour la survie : une grève de la faim, un élargissement avec à la cheville un mouchard électronique, les fausses nouvelles, les fausses vérités, l’emprisonnement à nouveau – et puis la fin du supplice