1 | du monde
Pas question de se faire posséder.
Revendiquez. Créez. Désirez.
2 | le réel, le réel, encore le réel
Au Musée André Malraux du Havre, il y a eu une exposition sur “Les lumières dans la ville”. C’est l’unique chose qui me manque du Havre, son musée – ça et mon amoureux de là-bas, je dois l’admettre. Cette exposition retraçait l’évolution des lumières dans la ville – c’est vrai qu’en tant qu’enfant du 21eme siècle, je n’ai jamais pensé qu’avant il n’y avait pas de lumières la nuit dans les villes. Qui alors sortaient la nuit ? Et pour quelles raisons ? Les lumières consistaient en de maigres candélabres, pour éclairer les croisements entre ruelles, afin d’éviter aux voyous et autres brigands de s’y glisser pour détrousser le chaland. Etait-ce les caméras de surveillance de l’époque ? Les peintres ne pouvaient alors pas peindre la nuit, si ce n’est des dégradés de couleurs sombres où l’on cherche à deviner des formes floues. Dans le désert du Sahara, j’ai été surprise de me promener dans une palmeraie sans réverbère. Quand j’en ai fait la remarque à un touareg, il m’a répondu, surpris “mais sortir la nuit pour faire quoi ?” Ainsi si demain on éteint la ville nous cesserons de sortir ? Ce serait ça le réel “couvre-feu” ? Pour ma part j’aime les éclairages jaunâtres d’Europe de l’Est qui ne me laissent pas croire qu’il fait jour en pleine nuit mais m’amène, comme ce touareg et les brigands du peintre, à me demander vraiment, mais qu’est-ce que je fais là que je ne pourrais pas faire en plein jour ?
3 | écrire avec Clarice Lispector
De la fenêtre du taxi,
je ne vois que la Lune
posée par dieu sait qui, dans le ciel alangui.
A la radio, une vieille chanson française.
- I’m homesick, j’ai dit
Le chauffeur roule velours
entre stigmates de balles et ciments décrépits
- Lucky you, m’a-t-il dit. I’m countrysick.
Il est des villes de craie
où même les corbeaux tombent
et des hommes qui naissent
dans des pays qui n’existent plus
et qui nous transporte
avec nos valises mal fermées
retrouver un amour
qui parle une autre langue.
4 | de soi-même, et d’écrire
Notes prises pour juillet
Si Juin est la Complainte de Persephone, Juillet est l’attente.
Si j’attends c’est que j’aime, si j’aime c’est que j’attends ?
Oui le monde brûle, il faudra bien noter sa suie et sa sueur
néanmoins on attend, c’est la langueur de l’été
la révolution ou bien la rentrée.
Réussir à retranscrire les nuits d’été, spécialement de juillet, où soudainement rien n’a d’importance même si l’on sait que le monde brûle, que de rire bêtement et de faire tourner sa serviette
j’ai noté du rosé, un pique-nique au bord de l’eau, un château de sable cassé, les amis qui ont maintenant des cheveux blancs, les arbres qui vont se lever et marcher, un chat qui me regarde, la télé en fond, un gosse qui chiale, le train en retard, mettre sa belle robe et le ciel qui s’étend, s’étend et va bientôt tous nous engloutir. Mais ce n’est pas grave c’est l’été et moi j’attends que mon téléphone sonne, à seize ans comme à trente-sept.
5 | à vous la cantonade !
Tenir
quitter nos morts
pour ancrer l’autre rive
modeler le coeur
le couler dans des algues
les veines gonflées
les répandre en coquillages
le ventre noué
le soigner à l’écume
les prières brûlantes
en faire des châteaux de sable
les souvenir poreux
les vendre au gardien de phare
ce siècle en cendre
en nourrir les mouettes
quitter nos morts
pour ancrer l’autre rive
Debout.