chroniques #05 | Fellini parie

1- Fierté de l’homme sans cesse en acte sans peur au devant de lui.

Fierté de l’homme sans peur sans jamais aucun acte derrière lui.

2- Fellini avait donc sous l’injonction de Berhnard commencé à dessiner ses rêves leur accolant souvent des textes pareillement à un storyboard, un scénario de film, en fait le film de sa vie. Il avait ainsi accouché d’un très vaste corpus de feuillets qui avait constitué Le livre de ses Rêves, sorte de monologue destiné à une psychanalyse avant de constituer une fabuleuse mine de détails accumulés concernant la vie intérieure du metteur en scène; ses peurs, ses angoisses, ses fantasmes, ses illusions, ses drôleries ; ce jeu de miroir (souvent) entre les illustrations esquissées, faites à la va-vite ou plus définies avait trouvé à l’aide de feutres très souvent de mauvaise qualité une résonnance avec les mots alignés sur le papier. Sur certains de ses feuillets avaient surgi des paysages de mer, des rivages et aussi des aéroports. Sur l’un d’entre eux, Fellini, transformé justement en chef d’aéroport était chargé de récupérer les papiers d’un voyageur asiatique au comptoir de l’immigration. Il s’était dessiné de dos, la tête en forme de cœur comme souvent. Souvent étaient réapparus devant mes yeux d’enfant toutes ces mappemondes et tous ces globes terrestres de ton agence. Ils s’étaient si bien complétés dans leur mouvement statique et rotatoire alternant les dimensions et les approches des découvertes et des passages ; entre les continents et les mers, les océeans et les déserts. J’avais imaginé les itinéraires et les parcours, les tracés et les routes de nuit, ceux enjambant notre quotidien ; la vision d’échappées d’oiseaux, leur cris épousant le tour d’un monde lumineux et englouti sortant du chapeau d’un voyagiste-magicien. Les collections des dessins et des textes sur les rêves avaient rejoint les tiennes, celle des mappemondes et des globes terrestres en une fantastique toile ou tapisserie de très grand format où s’étaient mélangées des silhouettes d’individus en tous genres, sages et sauvages parlant des langues étrangères, parfois en tenue de gala, en proie à d’incroyables chimères, à des élans indicibles, des peurs muettes quelquefois criardes ; répondant incessamment à des questions; ( de ces défilés de groupes insensés !) ;  à d’incroyables traversées.

3- Et si le Diable avait été la mort. Même déguisée sous ses plus beaux atours, ses plus magiques étourdissements de bals et de cohortes, de mouvements de mains et de déliés de langues, la gueule épanouie et palpitante sous les ciels prometteurs. Emportant dans son sillon des boas de divas entre deux avions, leurs coiffures tout émues d’avoir elles-aussi vécu des jet-lags ébouriffants ! Il ne faut jamais parier avec le Diable, avait été le titre d’un sketch de Fellini à l’intérieur d’un film en comptant trois autres. Ce film s’inspirait d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe portant le même titre. La trame du film racontait les mésaventures et le suivi journalistique d’un acteur aux mille tentations devant interpréter un western à l’italienne (à Rome). Fallait-il dire que dans la nouvelle, le protagoniste continuait de dire : Je parie ma tête au diable ! Etre pret à céder son cerveau au diable pour s’assurer la gloire, le succès, l’éternité….ou la paix du quotidien, les promenades calmes, les longues nages en bord de mer, l’insouciance, les gorges offertes et larges, les respirations amples….Tout cela aurait-il dû se payer si cher, si comme dans le livre, le Diable, en personne, titillé par le pari, avait pris le parieur à son propre jeu ?

Fellini avait cru souvent déjouer le diable (il avait été superstitieux pour ce qui regardait la bonne évolution de ses films. En raison de mauvais présages (les avertissements de Berhnard, l’arrivée de catafalques dans les églises au moment des prières, les rêves, les coups de fil anonymes après son voyage au Mexique), il avait fui et avait même refusé à commencer des tournages (par exemple, celui du Vogage de G.Mastorna ou d’un autre film sur Carlos Castaneda, Voyage à Tulum, tous deux ensuite réalisés en bandes dessinées ! ). Toi, tu avais parfois rejoint le clan de certains joyeux drilles aux longues griffes dans leurs habits de taffetas noirs et brillants qui ne comprenaient rien aux ciels étoilés et aux routes mystérieuses et muettes des voyages nocturnes aériens, ferroviaires ou navals. Pour escorter tes magies, vos peurs, tous les tours de pistes de tes voyageurs ? Parier trop fort sa tête au diable. Affable. Ne voulant, ne pouvant parier rien d’autre. Pour déjouer et rejoindre la mort. Comme dans un vertige.

4- Extrait du projet d’écrtiure en cours

Rome soit le grand début du voyage, de la formation loin des villes natales en complets beige clair, l’enseigne d’Alitalia clignote dans les aéroports au-dessus des chefs d’escale.

Des processions de sœurs de l’église, de gros marchands de bonbons, de groupes de musiciens, de pachas en route pour le soleil, l’étranger à partir de l’agence de voyage Saint-Louis à la périphérie nord de Marseille ou du Mississipi ?

à Rome les statues de piazza Navona (où les fleuves des 4 coins de la terre s’unissent), restent, elles, immobiles muettes avec ce faible éclairage la nuit, sur le marbre et le sol brillant, comme une fine pluie, un reflet de spectres.

Sous une lune liquide des pierrots lunaires sont heurtés par le vent fort venant de la mer ou par des lubies et des types bizarres.

5- Tu enfilais ce smoking noir sublime qui semblait avoir été coupé sur mesure. Il était parsemé de très légers strass pouvant refléter la clarté de la lune, la nuit,  à l’image de certaines ruelles au dallage composé de fines poussières de coquillage. Tu marchais dans mon rêve dans ce tissu presque liquide, ondoyant au revers de col soyeux et irréprochable; qui t’accompagnait dans ta nuit. Ce tissu souple et élégant s’accordait à tes gestes lents, aussi tes pensées épaisses, insondables. Sa couleur semblait donner une raison d’être à ton regard, le noyait dans un écho sage et douloureux. Pourtant si étrangère à tes couleurs habituelles. Ces couleurs qui avaient eu du mal à te rejoindre. Le noir avait paru filtré toutes les autres nuances pour les regrouper en une seule, plus radicale, plus absolue, plus cohérente. Prête pour une infinité de voyages et de traversées, un peu pareille à une extraordinaire et fine carapace luisante et magique, impeccable, pure. Même au sein des comités décadents. Des rengaines farfelues néanmoins nécessaires. Ainsi enveloppés, Marcello et toi aux doux sourires, aux voix si douces, aviez pénétré les eaux d’une fontaine si claire et recueillie  et vous aviez continuer d’avancer et de danser, confiants… 

A propos de Sandrine Cuzzucoli

Aime le temps suspendu en contemplant, lisant, dessinant, parlant, regardant le plafond, les visages, peintures, ciels.. Dans mes études passées mais encore présentes!: la littérature américaine, italienne, les beaux-arts, la traduction et d'autres choses depuis... Ecris en revue depuis environ 5 ans, dessine depuis plus, c'est un aller-retour constant un peu comme un Appel de la Forêt, le titre d' un des premiers livres de Jack London — que j'ai aimé! à suivre aussi sur Instagram.

Laisser un commentaire