1. Force
Celles et ceux qui me donne la force nécessaire pour affronter le monde, ce sont mes élèves.
2. Manger
Mange ta soupe si tu veux grandir, il vaut mieux faire envie de que pitié ; manger, mais c’est un plaisir, manger, j’aime manger, moi ; le mange-pieds, c’est le robot qui râcle le fond de la piscine ; il faut attendre après manger pour aller dans la piscine ; mais non, c’est un mythe, comme pour la fondue, qu’il ne faut pas manger de glace après ; manger trois fois par jour et de tout, ne rien laisser au fond de l’assiette, par politesse, par respect pour la cuisinière ; il n’y a plus rien à manger dans le frigo ; ça ne mange pas de pain ; si tu souffrais vraiment de la faim, tu mangerais de tout.
3. À l’aide
On ne sait pas ce qu’il a. Il a voulu cueillir des fruits, mais il tournait autour de l’arbre, sans savoir quoi faire, et le lendemain il oubliait tout, ou presque, ne savait pas où il était. On l’a emmené aux urgences. Ils font des tests. Elle me propose cette soirée apéro dans une librairie. Elle me dit que ça me changera les idées. Je me dis pourquoi pas, ça ne peut pas faire de mal.
Je me rase et choisis le t-shirt qui me met le mieux en valeur. Quand j’arrive, elle est déjà là, pimpante. Il y a aussi une de ses cousines à lui. Je ne sais pas s’il faut lui dire quelque chose. Elle viendra souvent le voir, pendant sa maladie, cette cousine. Les libraires présentent leurs coups de cœur. Nous buvons un verre puis sortons poursuivre la discussion sur le pont. Deux amis parlent. Elle est appuyée sur la rambarde. Il reste debout, bien droit, à un mètre d’elle. Il lui dit ses inquiétudes. Elle écoute. Ça l’aide beaucoup, mais il ne le lui dit pas. La nuit tombe. Il reste à mètre d’elle.
C’est tout ce que je peux faire pour lui, l’écouter. Il tourne un peu autour du pot, mais il arrive finalement à parler. Il reste à un mètre de moi. Je ne sais pas s’il faut lui faire signe d’approcher. Je ne crois pas. Mais s’il fait un pas en avant, je fais de même. Je sais qu’il me désire mais je sais aussi qu’il est trop inquiet pour bouger. Je lui donne mon écoute et un peu de mon temps. C’est tout ce que je peux faire pour lui.
4. Roman photos : journal d’écriture
Timide reprise. Mon personnage est à l’arrêt, en juillet. Je le suis aussi, en août. Creux de l’année. Creux du livre, qui s’écrit mine de rien, dans un décor familier, ressassé (le hangar, les silos, la grange, encore et toujours).
5. Compléments de nom
La nuit des étoiles filantes
Le lendemain de la nuit des étoiles filantes
La fatigue du lendemain de la nuit des étoiles filantes
Le bonheur de la fatigue du lendemain de la nuit des étoiles filantes
La sensation du bonheur de la fatigue du lendemain de la nuit des étoiles filantes
La perpétuation de la sensation du bonheur de la fatigue du lendemain de la nuit
La mort de la perpétuation de la sensation du bonheur de la fatigue du lendemain
L’espoir de la mort de la perpétuation de la sensation du bonheur de la fatigue
La pensée de l’espoir de la mort de la perpétuation de la sensation du bonheur
La crainte de la pensée de l’espoir de la mort de la perpétuation de la sensation
Merci Vincent, avec vos textes, j’ai pu apprécier la précision des consignes. Ça m’a donné une impression de facilité. Le dernier texte est une apothéose. « Mais s’il fait un pas en avant, je fais de même. Je sais qu’il me désire mais je sais aussi qu’il est trop inquiet pour bouger. » C’est parlant.
« Creux de l’année. Creux du livre, qui s’écrit mine de rien… » c’est exactement ça, ce creux dans lequel beaucoup de choses vont mûrir…
J’aime beaucoup le 3 et la nuit des étoiles filantes. Merci Vincent