arts de la fiction #06 | diatypose, hyperbate et ressassement

— j’entre de nuit dans ma ville et mes habits sombres …

les blocs de tourmaline échangent avec l’onyx et le pétrole, lorsque le clair-obscur de l’aveuglement des feux me fait oublier le froid de l’automne, et la nuit-tombée,

la ville s’arcboute dans un magma urbain, s’aboutit dans la métropole, puis à rebours, tente d’être,

terreau sans flore, sans faune et sans écho, je sillonne par incrémentations et désorientations ces rues,

efficacement et sans excuse, un crachat clive un monde à sa perpendiculaire, tandis qu’enfle dans une autre tranchée, une émeute ou un cessez-le-feu,

ensembles, se tenir ou se rebeller ou échapper aux interpellations des cultures, amnistiant une part au printemps de ce qui se déchiquètent à l’automne,

— j’entre dans ma ville sans savoir comment…

cruciverbiste, mon habitacle est un bain-marie dans lequel j’arrange pêle-mêle signaux et coquilles, réclames et mots vides de sens,

spectateur enchainé le long des axes principaux, tiré par un véhicule et poussé un autre,

sous les fenêtres, le roulement tonitruant des moteurs par des démonstratifs timides,

au loin, les pétarades s’entendent autour des ronds-points et des parkings vides , et leurs têtes à queues,

— alors je marcherai à travers ma ville…

désormais sonné par les cloches de la cathédrale, comme une victime du jeu du foulard, je vaque béât, d’un regard neuf et sec, à côté des touristes encore à la recherche de l’âme de la ville, 

badauds et commerçants anonnent des banalités avec une facilité déconcertante comme les mondains, mieux en quelque chose, racontent les leurs ailleurs, 

je traverse muet les centres commerciaux abandonnées ou rénovées, témoin d’une lutte de modèles, de courses-poursuite avec les modes, l’intimité avec les lieux offre au regard, en doublure, la vision d’un immense gâchis et la dimension effrayante de notre dépense …

— ou la variante, regarder ma ville du haut du pont… 

intrépide, je rationne l’envie afin de ne pas sauter, sans voix, sans regards, sans ouïe,

rejoindre l’envers de la ville, taper d’un coup la surface, laisser mon corps circuler le long de ses chemins fétides et poisseux,

plus noble aliment parmi les déchets, à l’encontre du cadastre, mais hélas, repris dans une planification spatiale autre, celle d’une géométrie des berges,

tracer un chemin de désir mortifère, heureusement rare et sans mystère, contre le labyrinthe de la terre et ces timoniers,

regard dans l’abîme, oublier son privilège, oublier, oublier, oublier l’abîme, l’abîme du privilège, privilégier l’abîme à l’oubli, l’abîmé au privilégié; à l’oubli du privilège, abimer le privilège d’autrui oublié enfin,

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