A propos de Caroline Diaz

Née un 1er janvier à Alger, enfant voyageuse malgré moi. Formée à la couleur et au motif, plusieurs participations à la revue D’ici là. Je commence à écrire en 2018 en menant un travail à partir de photographies de mon père disparu, aujourd'hui c'est un livre, Comanche. https://lesheurescreuses.net/

#rectoverso #14 | murmurantes

période : 1937 – 2044figures majeures
 : La narratrice, parfois identifiée à l’autrice (silhouette mouvante entre archives et rêverie), Antoine Poletti (figure centrale par défaut d’existence), Pauline Carozzi (gardienne involontaire des silences), Anne Marie S (traductrice des silences), les enfants endormis.voix collatérales : les voisins, témoins, archivistes historiens, survivants indirects (qui connaissent juste une date, un nom, un bruit de Continuer la lecture#rectoverso #14 | murmurantes→

#rectoverso #13 | un don

Sa façon de transformer le peu en grâce une légèretéquelque chose qu’on ne sait pas nommerdes gestes mesurés
le tissu qui sait l’histoire des épaules 
les marches comptées
 donner au peu la taille exacte 
d’une grâce 
il faut les faire tenir dans la même phrase
l’éclat d’un verre fêlé qui attrape le soleil mieux que les autres
le menton qui ne cède pas
la Continuer la lecture#rectoverso #13 | un don→

#rectoverso #12 | une absence prolongée

Des papiers jaunis, dépliés, aux bords amollis par les décennies. Objet. Référence. Ministère. Secrétariat d’État. Fiche de renseignements. Demande formulée. Des encres noires, bleues, violettes, qui ont pâli. Des tampons rectangulaires, ronds, rouges ou noirs, comme des affirmations. Des dates, des ratures. Des sigles énigmatiques. Une main inscrit un commentaire, une mention dans la marge. Le papier lui-même semble avoir Continuer la lecture#rectoverso #12 | une absence prolongée→

#rectoverso #11 | toutes sortes de dons

Choses qui ne s’accordent pas
Le mot Corbera prononcé sans qu’on sache s’il désigne un lieu, une époque ou une perteUne fenêtre donnant sur une cour muette qu’on appelle pourtant la vue.
Un regard trop intense sur une photographie floueDes photos de mariage où l’homme qu’on cherche est toujours au même endroit — mais qu’on ne reconnaît pasDes murs repeints en blanc Continuer la lecture#rectoverso #11 | toutes sortes de dons→

#rectoverso #09 | Jaune, tiède, fatiguée

Une chaise est restée tirée. Un fond de café séché dans la tasse, le sucre ne colle plus. La table a grandi depuis qu’on n’y est plus assis. Les petits Lus dans le buffet, disparus comme des dents de lait. Un feu rouge de souvenirs. Ça s’arrête. Ça repart. Il y a de la buée sur les vitres mais personne Continuer la lecture#rectoverso #09 | Jaune, tiède, fatiguée→

#rectoverso #08 | sœurs

Je crois qu’elle a des pouvoirs. Annie me coiffe devant le miroir et j’ai l’impression de devenir quelqu’un d’autre. Ses mains pâles virevoltent autour de mon visage, attrapent une mèche de boucles brunes, la séparent en trois, tressent en silence. Elle pince mes joues pour faire monter le rose, ça m’agace, mais je me laisse faire, parce qu’elle sait. Ne Continuer la lecture#rectoverso #08 | sœurs→

#rectoverso #7 | une manière de survivre

Le fait que c’est le bruit qui m’a réveillé, le fait que ça cognait fort, trois fois, puis encore, ça résonnait dans tout l’appartement, c’était la nuit mais c’était peut-être déjà le jour, le fait que j’ai senti son corps se raidir d’un coup dans le lit, le fait que je ne savais pas pourquoi mais que lui savait, qu’il Continuer la lecture#rectoverso #7 | une manière de survivre→

#rectoverso #06 | ce que je fais

Ce que je fais, officiellement, n’explique rien. Je suis institutrice, ici, à Sidi Barrani. Dans une salle aux murs blanchis, pour une poignée d’enfants que je vois grandir trop vite. Je me lève tôt. Ici, tout le monde se lève tôt, même ceux qui n’ont plus rien à faire. Je fais chauffer de l’eau pour le thé, je mâche du Continuer la lecture#rectoverso #06 | ce que je fais→

#rectorerso #04 | je reviens, encore

Ce que l’on sait. Ce que l’on invente. Ce que l’on ressent. Les départs, les enfants endormis, les promesses.
Je me demande pourquoi les enfants endormis me poursuivent.
Corbera le nom. Corbera le lieu réel. Le papier peint. Les gestes. Les silences, le manque. Les absents. Les fantômes. Des peurs. Les répétitions. J’entends les voix basses dans la cuisine, les objets qui Continuer la lecture#rectorerso #04 | je reviens, encore→

#rectoverso #03 | même si je n’ai pas les preuves

il y a une femme debout. il y a le bras levé pour tirer les rideaux, et dans ce geste quelque chose du monde qu’on veut tenir à distance.
il y a le lit qui garde l’empreinte d’un corps absent et la couverture repoussée du mollet, 
sous le drap la respiration funambule. 
il y a un rire un peu trop fort, Continuer la lecture#rectoverso #03 | même si je n’ai pas les preuves→