A propos de Caroline Diaz

Née un 1er janvier à Alger, enfant voyageuse malgré moi. Formée à la couleur et au motif, plusieurs participations à la revue D’ici là. Je commence à écrire en 2018 en menant un travail à partir de photographies de mon père disparu, aujourd'hui c'est un livre, Comanche. https://lesheurescreuses.net/

#rectoverso #02 | ça me traverse

RECTO À ce stade de la nuit, je ne dors pas. J’ai beau tenter de caler ma respiration sur celle de Louis, je n’entends que mon propre cœur qui bat, il bat trop fort. Tout va trop vite. Dos rompu d’avoir rangé, vidé, transporté, empaqueté, noué. Je me demande si nous ne sommes pas en train de commettre une terrible Continuer la lecture#rectoverso #02 | ça me traverse→

#rectoverso #01 | déjà elle s’éloigne

La place s’ouvre en éventail devant le port. Une terrasse géante, une accumulation de tables où on se montre. On étale les bijoux, les robes sont longues, parfois même dorées, les lunettes noires. Les cocktails colorent les verres, la boisson fait écran. Les conversations flottent, je n’entends rien. On imagine le vide en hiver, le vent qui traverse la place Continuer la lecture#rectoverso #01 | déjà elle s’éloigne→

#boost #15 | Corbera

14 avenue de Corbera. En fait d’avenue une petite rue du douzième à Paris. Une rue courte et discrète, entre Charenton et Crozatier. Un passage qu’on ne remarque pas, sauf à y être né, ou presque. Sauf à y avoir vécu, ou aimé quelqu’un qui y a vécu. Cent deux mètres d’asphalte et d’oubli, sauf pour les nôtres, ceux qui Continuer la lecture#boost #15 | Corbera→

#LVME #08 | des silences

L’histoire de la traverséedes silencesdes visages 
de l’oeil dans la vitre fêlée
de celle née pendant l’exodedes dents plantées dans le bois de chataignierl’histoire de la disparitiondes yeux dans le vaguede l’oncle d’Amériquedu tableau italiende celle qui est morte deux foisde la Gordini
des fusils cachésl’histoire de tes impatiencesdu chagrin qui s’étaledu mal des transportsd’un retourd’une îlede celle qui a hésité avant Continuer la lecture#LVME #08 | des silences→

#LVME #07 | recensement

Est ce que je devrais faire la liste de mes fantômes ? Il y a celui qui n’apparaît nulle part, celui qui échappe aux colonnes des registres. En 1936, la famille n’était pas encore installée au 14. Le recensement de 1941 n’aura pas lieu à cause de la guerre. En 1946, Antoine Poletti est déclaré disparu. Disparu, un mot en Continuer la lecture#LVME #07 | recensement→

#LVME #06 | ces détails se perdent

On a prévenu la famille : Antoine devrait se méfier d’une femme blonde qui travaille avec lui, place de Fontenoy. Un matin, Antoine croise Madeleine dans un couloir du ministère du Travail. Il cherche son regard, ne dit rien. Ça coule de lui vers elle, un silence chargé. Madeleine se fige. Elle avait prévu d’y aller, à ce rendez-vous à Continuer la lecture#LVME #06 | ces détails se perdent→

# LVME # 05 | presque familière

La première fois que je suis revenue au 14, je n’ai pas photographié la façade. Nous étions arrivés dans le quartier presque par hasard après un déjeuner au square Trousseau avec tes parents. Il faisait beau, et nous avions souri de la proximité qui reliait ta mère et la mienne, qui avaient grandi dans le quartier à deux ou trois Continuer la lecture# LVME # 05 | presque familière→

# LVME #03 | une cuisine étroite

Une cuisine étroite au premier étage d’un immeuble parisien des années vingt. Un lieu réduit à l’essentiel, où chaque chose tient à sa place avec la rigueur d’un inventaire silencieux. La lumière tremblante d’une ampoule protégée d’un verre opalescent. Au fond une fenêtre ouvre sur une cour sombre, murée de gris. Contre le mur gauche, une table étriquée recouverte d’une Continuer la lecture# LVME #03 | une cuisine étroite→

#LVME #02 l un homme de passage

Peut-être qu’il est là, dans l’embrasure de la porte du sept. Peut-être que, malgré tous ses efforts pour se fondre dans le décor, la petite fille du quatrième le voit, sans comprendre, avec cette légèreté étrange qu’ont les enfants quand ils frôlent l’invisible. Il avance. Ou plutôt, il suit. Le rythme, c’est celui d’un autre. Peut-être qu’à force de marcher Continuer la lecture#LVME #02 l un homme de passage→

#LVME #01 | gestes

Elle entre dans la salle de bains, le robinet goutte. Elle serre le métal, ça grince, ça résiste, ça s’arrête. Devant le miroir elle lisse ses cheveux avec un peigne en plastique bleu, approche les lames de son front, lèvres pincées, sculpte sa frange en trois coups secs, des éclats roux se collent sur l’émail blanc. Debout près de la fenêtre Continuer la lecture#LVME #01 | gestes→