A propos de Juliette Cortese

A tâtons dans la langue, Juliette Cortese essaie des trucs, essaie d’écrire, essaie d’écrier les phrases muettes de son intérieur dans une forme audible à d’autres. Elle ramasse les minutes libres et les colle ensemble pour bricoler des écritures (voir blog), et occasionnelles vidéo(écriture)s. Travaille à ce que l’écriture devienne un peu plus le travail des jours de semaines, aux heures de bureau : ateliers d'écriture et accompagnement, formation, analyse des pratiques avec l'écriture. Ecriveuse des dimanches et jours fériés pas chômés, mal-finisseuse aspirant à mieux, sinon pianiste obéissante au texte.

[La jeune personne et l’heure des pilules]

Beaucoup regardent par terre. Il n’y a ni terre au sol, ni jardin à regarder là, au bas du regard. C’est l’heure des pilules, des patients qui patientent devant le bureau des infirmières, gens qui attendent gentiment leur tour pour prendre le médicament, regardent par terre pour la plupart parce que c’est le plus simple, c’est le plus simple de Continuer la lecture[La jeune personne et l’heure des pilules]

[La jeune personne est appelée par une voix]

Le Docteur a dit lorsqu’ils sont sortis du cabinet il a dit vaut mieux y aller vous même je vais les prévenir de votre arrivée ; elle s’est demandé où on va comme ça mais trop préoccupée par la peur au dedans elle n’a pas cherché longtemps elle est montée dans la voiture, elle regardait encore derrière par le rétroviseur pendant Continuer la lecture[La jeune personne est appelée par une voix]

[On se demande comment faire venir des personnages]

Parce qu’il faut bien faire quelque chose, pour les personnages se mettent à respirer. Vous croyez que c’est facile, et puis il y a un combat soudain à mener. Combat de souffle et de rage, jusqu’à ce que quelque chose existe. La jeune personne : un nez long et droit, un fin visage avec pâleur de peau et les yeux secrets. Continuer la lecture[On se demande comment faire venir des personnages]

Allons voir ce qui se trame cette fois dans le corps de la jeune personne. Le corps de la mère, c’était du texte foutraque, une boue de langue liquide. Qu’en est-il au dedans du corps de la jeune personne ? Y a t-il autre chose, au dedans des corps, qu’une boue de langue liquide ? Une salive de texte. Alcoolat d’une bouche Continuer la lecture

[Alors la jeune personne est allée voir Mireille]

C’est la jeune personne qui raconte. Elle raconte qu’elle est allée voir Mireille I…., Mireille I…. dont elle avait lu les livres à la fin de son adolescence – d’un sourire elle ouvre une parenthèse, c’est-à-dire il n’y a pas très longtemps. Elle est allée voir Mireille I…. alors que cette dernière venait tout juste d’avoir un accident d’ascenseur dans Continuer la lecture[Alors la jeune personne est allée voir Mireille]

[Alors la jeune personne est venue en ville]

Le dimanche, sur la place. C’est la place. Elle est grande. C’est le dimanche. Il est nombreux. Trois garçons, pas vieux. Ils ont – pas un ghettoblaster – une enceinte qui postillonne des tubes. Ils ont un espace. Sur la place. Ils se sont installés devant la fontaine. S’ils ont l’espace, c’est seulement parce qu’il y a du monde, autour Continuer la lecture[Alors la jeune personne est venue en ville]

[A la fin on ne sait toujours pas qui est la mère]

Enfin ! On s’amuse avec son visage, mais à la fin, on ne sait pas, on ne sait toujours pas. Parfois dans chercher il y a du jeu, parfois on cherche et puis on cherche et comme on ne trouve on s’amuse en route. On s’amuse de ce qu’on trouve à la place de ce qu’on cherchait. Par exemple on cherchait Continuer la lecture[A la fin on ne sait toujours pas qui est la mère]

Poids des vocables

(Attention : nouvelle version plus bas !) Celle qui marche sous le vent et les brisures du ciel ; celle qui rit quand ses enfants sont morts ; celle qui n’a pas eu d’orange à Noël, ni amère ni douce ni aucune crème jamais ; celle qui posait nue roulée sur des sols dans des plastiques transparents et c’était pour elle esthétique et Continuer la lecturePoids des vocables

[Le visage, ou ce qui parle dans la mère ne nous dit pas où elle se trouve]

À moi de jouer. Ne dit pas la mère. La mère ne dit pas ; elle n’est pas là. Seul navigue son grand visage, insaisissable au dessus des têtes. Il tremblotte comme un vieux rideau, une forte nappe, d’un fantôme ridicule. On ne sait pas à quoi il ressemble, ce visage, on a beau contracter les muscles des souvenirs, ne reviennent Continuer la lecture[Le visage, ou ce qui parle dans la mère ne nous dit pas où elle se trouve]