A propos de Léa Yasmine Djenadi

Psychologue. Métisse. J'aime aussi lire dans des langues que je ne parle pas. En création d'une newsletter... (comme tout le monde, non ?)

#histoire #06 | au bord du rêve / Esther & Ivan

Pourquoi tu ne m’écris pas ? C’est cela qu’elle me glisse à l’oreille. Elle me suit, surtout la nuit. Elle me suit bien que j’ai la sensation que c’est moi qui la poursuit. Elle n’apparaît jamais clairement. C’est une ombre qui se glisse dans les reflets de lune. Je peux voir sa silhouette parfois quand je plisse les yeux. Elle Continuer la lecture#histoire #06 | au bord du rêve / Esther & Ivan

#histoire #12 | L’hôtel dans l’hôtel

Pendant longtemps, j’ai voulu écrire sur cet endroit. Le sel de cette ville, si poisseux qu’un soir j’ai fini par couper seule mes longs cheveux, dans un mouvement nerveux, sous la douche. Ce sel je l’ai encore dans la peau mais seulement la nuit. Je pourrais le lécher. Je n’ai jamais vraiment su ce que j’avais à dire sur ce Continuer la lecture#histoire #12 | L’hôtel dans l’hôtel

#histoire #11 | Ne pas…

Ivan a peur. Ivan ne veut pas voir. S’il voit le monde comme avant n’existera plus. Il se cache les yeux derrière ses mains. Ça ne fonctionne pas de la même manière que quand quelqu’un met les mains sur ses yeux. Joseph. Alexis. Ou Myrrha. Quand c’est l’autre qui met ses mains sur les yeux, il peut tirer sur les Continuer la lecture#histoire #11 | Ne pas…

#histoire #05 | Abords de l’île

Ivan C’est bizarre. Je vois pas le fond de l’eau. Elle est comme toute remontée. On dirait qu’elle est épaisse. Je savais pas que l’eau ça peut être épais. J’ai envie d’aller la toucher. Elle coupe vraiment avec le ciel. Ca fait la falaise, l’eau et le ciel. Blanc, noire, bleu. Comme parfois quand je ferme les yeux très forts Continuer la lecture#histoire #05 | Abords de l’île

#histoire #10 | Esquisse du Vent

Voilà comme il est, soupirant, se voulant discret, effleurant du bout du souffle les herbes piquantes Non, voilà comme il est, s’insinuant dans la terre, creusant sous les racines, remontant par l’envers du décor Non, voilà comme il est, entrelaçant les vivants, veillant les morts, suspendu entre deux rives Non, voilà comme il est, rôdant dans le village endormi, ensorcelant Continuer la lecture#histoire #10 | Esquisse du Vent

#histoire #09 | Grandir en chemin

De la falaise à la maison, il y avait plusieurs chemins possibles. Ivan pouvait couper par le bois ou remonter le chemin en sable qui longeait le village. Ivan et Myrrha marchait à côté l’un de l’autre, très près, pour laisser leur bras nus s’effleurer. Il tendait parfois la main, il semblait vouloir attraper la sienne. Il avait un pas Continuer la lecture#histoire #09 | Grandir en chemin

#histoire #04 | Esquisses de pourquoi de roman

Pourquoi le Vent souffle ? Pourquoi a-t-on peur du Vent ? Ivan s’en pose des pourquoi. Ivan est un gamin. Les gamins ça demande pourquoi. Il s’agit de retranscrire le pourquoi dans la tête du gamin. Pourquoi ? Pourquoi j’aurai pas le droit de poser des questions ? Pourquoi Papy Joseph s’énerve autant quand je veux savoir des choses alors Continuer la lecture#histoire #04 | Esquisses de pourquoi de roman

#histoire #08 | Retour de fugue

Les volets sont fermés. Sur toutes les fenêtres les volets sont fermés. Quand je suis parti, les volets étaient ouverts. Les fenêtres étaient ouvertes. Si les volets sont fermés, avec leur double loquet à l’intérieur, je ne peux pas passer par la fenêtre. Il faut que je frappe à la porte. Je ne veux pas frapper à la porte, la Continuer la lecture#histoire #08 | Retour de fugue

#histoire #07 | Esquisse d’atlas

Il vit sur la falaise, au bord du précipice, là où les ronces bataillent pour maintenir leurs racines dans l’argile glissante, où le paysage se découpe pour se jeter dans l’horizon, le corps de la femme, désarticulée, avec son manteau trempé trop lourd.  Elle vit haut dans le ciel, ronde et pleine, comme posée là par une main invisible, se Continuer la lecture#histoire #07 | Esquisse d’atlas

#histoire #03 | 12 statues

  1. La femme est allongée au sol, désarticulée. Elle a un manteau de velours détrempé, lourd. Un rouge aux lèvres qui déborde. C’est vulgaire. Expression : morte.
  2. Le gamin se cache derrière son frère pour regarder. Il a les cheveux en bataille et les joues rouges par le vent frais. Il n’a pas mis son manteau mais a une écharpe en grosse laine noué autour du cou, qui l’engonce. Expression : fasciné.
  3. Le grand frère est beau. Il a le visage dessiné, un bonnet noir enfoncé sur ses cheveux bouclés. A son poignet, dans sa poche, il a une gourmette en vieil argent qui appartenait à son père. Elle dénote avec son style plus moderne. Expression : curieux.
  4. Le grand-père se tient entre les enfants et le corps de la femme. Il voudrait s’agenouiller au sol mais ses genoux ne lui permettent pas. Alors il est juste penché, les sourcils froncés pour mieux voir, savoir si il reconnaît cette femme. Il tient sur son épaule une canne à pêche et ses bottes sont pleine de vase. Expression : soucieux.
  5. La fille a le nez dans son pull. Elle perd les joues de l’enfance, doucement. Elle a une grosse tresse lâche dans laquelle elle a mis quelques fleurs, éparses. Elle a un gros pull en laine qui sent bon la lavande et qu’elle malaxe sous son nez pour cacher l’odeur de pourri du manteau de velours. Elle a de petites boucles d’oreille en nacre dans lesquelles s’emmêlent quelques cheveux. Expression : triste.
  6. La fille, sur la pointe des pieds, essaye de mieux voir. Elle voudrait pousser les autres mais n’ose pas. Elle a une bouteille dans son manteau, qu’elle tient fermé des deux mains pour ne pas être remarquée. Elle a du rouge à lèvre, comme la femme au sol et son regard hésite entre ce corps au sol et le dos du grand frère. Expression: audacieuse. 
  7. La fleuriste se détourne de la scène, les lèvres pincées. Elle regarde au loin, là où l’écume fouette les falaises. Les bras croisés sur sa poitrine, son alliance lance quelques éclats. Elle a les cheveux courts et les oreilles rougies par le froid. Expression : dégoût. 
  8. La mère cherche sa fille dans cette foule. Elle ne regarde pas la femme au sol. Elle pousse un peu les gens. Elle a un gros plaid sur les épaules, encore en pyjama, les yeux cernés. Expression : agacé. 
  9. Le voisin est penché sur le corps mais n’ose pas le toucher. Il jette parfois des regards à la petite foule, qui semble attendre une réponse de sa part. Il ne sait pas trop quoi faire de ses dix doigts potelés. Expression : apeuré. 
  10. Dans un brouhaha de bras et de jambes, les gamins poussent des cris et posent des questions sans réponse aux adultes. Ils regardent à travers leurs doigts ou derrière l’épaule d’un copain, d’une copine, les sac à dos ballants sur une seule épaule. Expression : excités.
  11. En retrait, comme sur le départ, mais hésitant à partir, le gardien du phare a les mains derrière le dos et triture une petite montre. Il a un chapeau un peu trop grand et de longues jambes noueuses. Il tente de croiser le regard du grand-père, parfois pour lui faire un signe de tête entendu. Expression : prophétique. 
  12. Le fou du village est agenouillé lui aussi devant le corps. Il est le seul à vraiment la regarder. Il a un manteau trop grand pour lui et des bagues à chaque doigt, dépareillées. De grosses pierres et de fins anneaux. Ses ongles sont plein de terre. Du bout des doigts, il veut effacer le rouge à lèvre qui déborde. Expression : désolé.