A propos de Solange Vissac

Entre campagne et ville, entre deux livres où se perdre, entre des textes qui s'écrivent et des photos qui se capturent... toujours un peu cachée... me dévoilant un peu sur mon blog jardin d'ombres.

#anthologie #10 | instants d’elle

On dit qu’elle a cinquante-sept ans quand elle décide de reconsidérer ce qui a été son enfance. Est-ce bien utile de remuer ce passé dont elle ne s’est jamais remise. Le regard perdu sur le papier, elle commence d’aligner les phrases qui tenteront de dire parfois même l’indicible. Sait-elle qu’il lui reste bien peu de temps à vivre et qu’il Continuer la lecture#anthologie #10 | instants d’elle

#anthologie #09 | désormais

c’est le premier coup de cloche de l’église, lent et gras, d’autres s’enchaînent et n’en finissent pas de marteler d’un pas de deux, mais pas de ceux rapides des pas de militaires qui marchent lors des défilés d’un pas cadencé, mais de ceux des soldats anglais par exemple au moment de la relève de la garde devant la résidence royale, Continuer la lecture#anthologie #09 | désormais

#anthologie #08 | la forêt obscure

…, et c’est ainsi que, là sous l’escalier qui conduirait aux chambres, mon pied s’est posé sur une étrangeté du sol, suscitant un son creux, caverneux, avec une sensation éprouvée sous la plante des pieds qui laissait imaginer que le sol pouvait, à tout instant se dérober. Mon pied venait de ressentir la trappe. À bien écouter, il semblait que Continuer la lecture#anthologie #08 | la forêt obscure

#anthologie #7| perdre pied

Comme si nous étions à l’heure des métamorphoses. Et insidieusement le jouet d’un songe. Quand le temps se dissout à la lumière du soir, quand toute forme devient instable, quand les images se décomposent et que les ombres se font étoffe, les feuilles coquillages, les arbres des silhouettes en marche, les fauteuils des monceaux de nostalgie, les livres des sortes Continuer la lecture#anthologie #7| perdre pied

#anthologie #06 | ne pas se perdre

Enfin ils sont partis. Ils étaient tous à crier et parler à tort et à travers. À faire des blagues qui ne font rire qu’eux, à se pavaner et à se moquer. Je ne suis pas comme eux. Cette vie en meute ne me convient pas. Ils écrasent tout sur leur passage, les fleurs les herbes et moi. J’aime regarder Continuer la lecture#anthologie #06 | ne pas se perdre

#anthologie #05 | Une femme d’immensité

Aux aguets. Du dehors et du dedans. Toujours. Ici, dans le bus. Là, dans la foule des grandes avenues. Mes bras, que d’autres disent démesurés, ne sont rien d’autres, lorsque je les étends, que ma zone de protection: il est interdit de dépasser cette limite. Ma tête s’insinue à l’intérieur des têtes de ceux que je côtoie, dans leur anonymat. Continuer la lecture#anthologie #05 | Une femme d’immensité

#anthologie #04 | architecte

Prendre une feuille double à petits carreaux et dessiner le plan de l’appartement où ma vie d’enfant s’est déroulée. Placer les meubles dont j’ai le souvenir: ce n’est pas difficile car tout reste gravé en mémoire. Poursuivre la représentation avec tous les logements occupés depuis l’enfance. Curieusement les souvenirs sont moins minutieux, les meubles placés un peu au hasard. Combien Continuer la lecture#anthologie #04 | architecte

#anthologie #03 | disparus

Cela fait des jours que je suis à leur recherche, que j’inspecte chaque tiroir de mon bureau, chaque étagère de la maison, chaque recoin où j’aurais pu, par inadvertance les déposer, les abandonner, sans réaliser la difficulté que j’aurais ensuite pour y remettre la main dessus; je suis même allée regarder dans le tiroir à chaussettes, le tiroir à couverts, Continuer la lecture#anthologie #03 | disparus

#anthologie #02 | la salle

Allongée sur le divan, caché par la porte qui ouvre sur cette salle salon chambre – rien n’est bien défini –, où elle reposerait pour une sieste d’un après-midi d’été. Le dessus de lit jaune soleil serait rabattu sur ses pieds, le visage de l’enfant tourné vers la droite comme s’il regardait l’étagère de livres près du lit. Les livres, Continuer la lecture#anthologie #02 | la salle

#anthologie #01 | sillonner

C’est comme se rafistoler que de pénétrer dans cet antre. Se tenir devant la porte à ouverture automatique, laisser les battants se déployer, pénétrer dans le sas, puis dans la partie d’accueil, saluer le vigile — se souvenir de l’après covid quand il surveillait la désinfection des mains et le port du masque — , stationner dans la file des Continuer la lecture#anthologie #01 | sillonner