autobiographie #02 | histoires vraies

Deux paquets de gitanes brunes par jour, toujours une clope au bec ou entre les doigts. Une longue tige blanche qui se consumme et dont on ne tape pas la cendre. Elle reste en suspens, menacant de tomber au moindre souffle. Les paquets bleus à la femme veloutée qui depassaient de ses poches, le zippo posé sur la table et le verre de café entre ses mains. Il revenait en France pour se faire opérer, il fallait qu’il règle aussi quelques problemes avec le fisc. La toux déchirait son âme, elle creusait en lui un espace, elle ratissait un sol de graviers. On lui avait enlevé un poumon, il était passé aux Marlboro Light.

Depuis qu’il était passé à la télévision, c’était la grande vie. Il avait gratté un ticket du Millionnaire et trois télés étaient apparues. Le voyage à Paris, le public qui scandait : ” Le Million! Le Million!”. Et puis la flèche arrêtée sur la tranche dorée à six zéros. Il s’était effondré devant tout le monde, il riait et pleurait à la fois, étendu sur le sol. Quand je le croisais quelques mois plus tard au supermarché, il était encore euphorique. Il me raconta comment il avait fait tourner la roue à la télé. Il était bien entouré, bien bronzé. Ils revenaient de l’île Maurice je crois. Ils poussaient un chariot boursouflé, d’où emergeaient des bouteilles de Champagne et le liseré d’or des conserves de foie gras. Il voulait faire un cadeau à ma soeur, il était son parrain après tout. Il n’en eut pas le temps, dix mois apres l’émission de télévision, le million s’était envolé et il repartait pointer.

A propos de Irene Garmandia

Lectrice par amour des mots et des histoires. Voyageuse immobile, perdue entre plusieurs langues, a récemment découvert le jeu d'écrire.

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