autobiographies #01 | paysages

Salle à l’intérieur des remparts, adossée à la cathédrale. Rien n’indique par où s’y rendre. Il faut savoir le passage sombre et froid, à l’odeur humide, au fond de la cours où morceaux de métal et rouille. À droite, l’escalier montant dans le noir, puis tout au bout à gauche pousser la porte au bruit de fer. Odeur de chaussons, de justaucorps, de collants couleur chair. Effluves. Voix de flûtes. Une fois changées, cheveux attachés, nous entrions dans la salle rectangulaire au parquet luisant. L’immense miroir doublant l’espace d’un coup, la barre courant sur la quasi-totalité des murs à hauteur de taille d’adulte. La vitre de toute la longueur de la salle, donnant sur la place de l’hôtel de ville ouvrant le vis-à-vis des gestes du dehors et des mouvements des filles.  

Le thym sous nos pas. Les buissons de genêt et les cailloux. L’étroit chemin. Ascension dans le roulis du soleil. Chèvres et lièvres sont passés par là. Ça grimpe en lacets irréguliers jusqu’à ce qu’arrivé à dos de colline le sentier ne se dessine plus qu’à peine et finisse par se perdre. Nous ne marchons plus l’une derrière l’autre, côte à côte maintenant, l’irrégularité des pierres nous éloigne de temps en temps. Impression renouvelée d’atteindre presque enfin. Souffle court en arrivant au sommet. La mer alors découverte à nouveau pour la première fois de toute la hauteur de nos corps au bord de la falaise. Tu poses ton pied à peine plus loin sur un dernier rocher plat. La côte entière immense en contrebas des pins, des routes, des piscines en parures des villas. Nos respirations encore appuyées en contre-chant des cigales. Tu dis regarde en ouvrant les bras.

Allée qui mène à la fondation. Murs clairs. Double porte en verre aux poignées dorées. De part et d’autre un bassin en mosaïque poissons. Les pins dansent au milieu des sculptures, le bruit de la fontaine dont les cylindres s’emplissent, basculent et se vident avant de revenir dans leur position initiale. Plus tard, quand on a vu, attentifs, dans la fraîcheur de l’air conditionné, de salle en salle, nous ressortons. Autres bassins carrelés bleus, une bouche sexe cocon, la perfection d’un œuf dont telle bête fantastique naquit, et haut dans le ciel l’œil rond de lumière surmonté d’une fourche noire. Au moment de rentrer de nouveau le signe veillez à maintenir la porte fermée ou quelque chose comme ça. Nous prenons l’escalier qui monte au toit.

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