Bad page(s)

Avertissement :La question de savoir comment un paratexte se distingue du texte hante de nombreux chercheurs pour lesquels, souvent, le caractère indécidable de la question est incontestable. Hors cette impasse, l’expérience d’une scripture totalement dédiée au paratexte offre cependant une possibilité de répondre à la question. Si, en effet, un paratexte était écrit en l’absence totale de texte, c’est bien le métatexte (ou paratexte) qui devrait être considéré comme texte lui même. Pour prendre le cas d’un paratexte basique tel que les notes de bas de page, il suffit que celles-ci occupent à elles seules la totalité de la page pour rendre impossible la distinction texte vs paratexte. Pour le dire autrement : des notes de bas de page écrites pour elles-mêmes sans référence aucune à un texte, sont le texte. L’avantage de cette option, dépassant la distinction texte/paratexte, réside dans le fait que le non-texte n’a pas à être écrit. Autant de temps économisé pour le scripteur qui peut ainsi mieux s’appliquer à l’écriture du paratexte. La question de savoir si un ouvrage ne contenant aucun texte autre que des notes de bas de page, serait susceptible de trouver son public, est à poser aux éditeurs. L’audace d’une « collection paratexte » dans le catalogue d’une maison d’édition sérieuse aurait-elle une chance ? Cette audace aurait-elle seulement un sens dans la mesure où, le paratexte étant le texte même, les livres d’une telle collection n’auraient absolument rien à envier aux ouvrages des collections traditionnelles ? Seul le prix de revient des livres dont le paratexte est le seul texte pourrait motiver les éditeurs dans la mesure où le coût serait moindre puisqu’il n’y a pas de texte proprement dit à imprimer. Il n’est pas certain pour autant que l’impression du seul paratexte (devenu texte) induise la mise en circulation de livres à prix modiques.

Adelaïde Biancucci, née, de parents inconnus, en 1892 à Magione, province de Perugia. Inscrite à sa naissance sous le surprenant patronyme de Tirainnanzi, Adelaïde fut officiellement reconnue par sa mère, Consiglia Biancucci, en 1922, l’année de son mariage, à Cannes (Alpes Maritimes) avec Ugo Pandolfi, typographe, né en 1890 à Palaia, province de Pisa.

Cet opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet, sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle Carmen, de Prosper Mérimée, fut créé le 3 mars 1875. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Carmen

Philosophe cynique grecque de la fin du IVᵉ siècle av. J.-C., sœur de Métroclès et épouse de Cratès de Thèbes. Sources : Wikipédia

NDA : Les deux notes qui précèdent n’ont pas lieu d’être puisqu’elles supposent un texte contenant les mots « Carmen » et « Hipparchia ». Or, si un tel texte existe bien, nous supposons ici qu’il n’est pas à prendre en compte et qu’il s’agit d’écrire un métatexte, i.e un texte sur un texte, sur un texte inexistant.

Au musée d’Orsay à Paris, je suis resté longtemps, plusieurs fois, devant les Raboteurs de parquet, tableau du peintre français Gustave Caillebotte.

Je me suis rendu à deux reprises dans la plus grande des îles de l’archipel des Loyautés, en 1988, quelques semaines avant la tragédie d’Ouvéa.

Rencontre en 1989 à Awala-Yalimapo avec Thomas Appolinaire et Félix Tiouka, pionniers Kali’na de l’émergence politique des peuples autochtones de Guyane. Ils acceptent de se livrer devant une caméra à deux séries de longs entretiens. Durant les quatre années qui suivirent, j’ai tenté en vain de faire écouter-voir ces paroles kali’na au sein de chaines du service public audiovisuel (La Sept-Arte, RFO, France 3). A la veille du cinquième centenaire de la « découverte » de l’Amérique, en 1992, l’un des principaux décideurs des programmes de La Sept-Arte m’assura que ce sujet (des revendications amérindiennes en France) n’était pas compatible avec la ligne éditoriale de la chaîne franco-allemande. En 2018, j’ai confié l’intégralité de ces entretiens à l’Institut National de l’Audiovisuel qui en est désormais le conservateur numérique. La transcription et présentation de ces entretiens, sous le titre « Paroles kali’na » , est également disponible en impression à la demande.

Louise Forestier chante « il m’appelle, je t’aime ».

Court Antoinette, Marie (1875-1966). Elle était la fille de Court Jean-Joseph et Guechard Marguerite.

Miquelis Maurice (1874-1961). Il était le fils de Miquelis Victor et de Inghebert Philoumène. Il épousa Antoinette-Marie Court en 1897.

Miquelis Rose, Joséphine, Maria – épouse Crozier – née en 1898, décédée en 1999. Rose, figure omniprésente dans mes scriptures. L’atelier en 2018 sur la nouvelle en témoigne : Fin des années 20, Rose Miquelis, ma future grand-mère maternelle, est une belle jeune fille provençale. Son père, Maurice, est boulanger la nuit et oléiculteur dans la journée. Sa mère, Marie, s’occupe de la ferme, des poules et des lapins. Tôt le matin, Rose travaille à la collecte des fleurs de jasmins à Grasses. Les après-midis, elle est employée à la boutique d’un grand parfumeur de la ville. Rose fréquente Lucien, un garçon gentil. Ils sont fiancés. Jusqu’au jour où le riche, élégant et beau Claude Crozier, en villégiature sur la Côte d’Azur, visite l’usine à parfum, s’arrête à la boutique et rencontre Rose. Il demande sa main. Les fiançailles sont rompues. Rose devient Madame Crozier et part vivre une autre vie en Savoie où son époux, propriétaire d’un grand hôtel-restaurant à Annecy, est un notable, passionné de chasse, de belles voitures et d’Action Française. Lucien qui n’a plus de fiancée s’engage dans la gendarmerie. Une guerre et une Libération plus tard, Rose se retrouve veuve sans l’être à coup sûr : son milicien de mari, condamné à mort par la Résistance, a fui en Espagne où il serait mort. En maîtresse femme, Rose sauve les meubles et sa fille. Elle retrouve la Côte d’Azur et les oliveraies que soignent son père. Elle devient agent immobilier et vivra autonome, autoritaire, célibataire et toujours séduisante de très longues années. Mais si Rose, dans les années 50, n’avait plus besoin de personne pour mener sa vie, elle n’accepta pas moins le retour de Lucien dans la sienne. Retraité de la gendarmerie nationale, Lucien avait fini sa carrière en Guyane française. De retour en métropole, il avait ouvert un magasin de graines dans les environs de Grasses. Ils étaient donc presque voisins et pas rancunier l’un envers l’autre. Lucien venait régulièrement chez ma grand-mère faire les gros travaux du jardin. Il ne dormait jamais à la maison. Il travaillait beaucoup pendant que Rose, grand lectrice de Elle et fumeuse de Craven A, assurait en échange du jardinage la comptabilité du gentil Lucien. Dire que ce brave homme s’est tué à la tâche pour les beaux yeux de Rose n’est pas tés loin de la réalité : Lucien est mort vers la fin des années 60 des suites d’une mauvaise chute d’un figuier qu’il taillait chez ma grand-mère. Le seul vrai souvenir que je garde de Lucien sont deux toiles, ramenées de Guyane, qu’il avait acheté et offert à Rose et que celle-ci du reste n’appréciait guère. L’une de ces toiles figure une crique dite du Lamantin. L’autre montre deux pirogues monoxyles bushinenge sur le fleuve Maroni.

Le Concert, une toile géante de 3,5 m sur 6 m, est l’œuvre ultime du peintre Nicolas de Staël, né le 23 décembre 1913 à Saint-Pétersbourg, mort le 16 mars 1955 à Antibes.

Sur le Maroni, la frontière naturelle entre le Suriname et la Guyane, longue et difficile discussion avec une femme Bushinengué. Elle ne veut pas me vendre la planche à laver avec laquelle elle est en train de faire sa lessive dans le fleuve. Parce qu’elle est usée, m’explique-t-elle en me conseillant d’en acheter une toute neuve au menuisier-sculpteur du village qui les fabrique. Nous parvenons à un accord : je vais acheter une planche neuve et elle l’accepte en échange de sa planche usagée. C’était, entre Maripasoula et Grand-Santi, à Papaichton.

Souvent tenté de convaincre mon médecin qu’il y a une explication anthropologique à l’addiction au tabac : le besoin sécurisant de conserver entre ses mains le feu et également, sans doute, le fait que la durée de ce qui se consume permet au fumeur de prendre la mesure du temps qui s’écoule et donc, d’une certaine manière, de penser la mort. Ces arguments n’ont jamais convaincu mon toubib généraliste, ni son collègue pneumologue.

XYZ Pour en finir, revenir a du déjà écrit lors d’un atelier précédent: Faut-il s’interroger sur un corpus de petits textes, aussi peu satisfaisants soient ces derniers ? Au risque d’ajouter au corpus et, sans fin, de devoir s’interroger à nouveau ? La réponse est : oui, peut être, sans doute. Pour autant, s’interdire de le faire, n’est pas interdit. Aussi, faire le choix de ne rien ajouter, de ne pas en rajouter, autorise la définition du corpus comme un texte clos rendant, par là même, possibles ses lectures infinies. Ce choix, arbitraire privilège du scripteur, ferme, certes, des portes, mais, transformant le corpus des textes en objet, il ouvre des libertés, en lectures seules, à tout autre que le scripteur. Détachement, objectivation, délaissement, cet abandon n’en est pas moins porteur de richesses possibles. Qui sait si dans le tas de gravats des mots devenu un simple objet, un passant curieux ne rencontrera pas un déchet recyclable, un rebut réparable, voire une pépite utile ? Il y a un temps où le scripteur doit couper le cordon. Et comme dirait l’autre (stalinien) : il faut savoir terminer une écriture ! Et voir la mer avant tout. Voir la mer, toujours. Jusqu’à la fin.

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) 42.40 N 09.30 E.

7 commentaires à propos de “Bad page(s)”

  1. Magnifique merci pour tous ces renseignements, précieux, luttes sous-jacentes et ah oui le Caillebotte ! Dites-moi svp, avez-vous laissé tomber pour la mise en forme des textes comme dit par FBon? Je cherche des exemples sans les trouver … En tous cas magnifiques vos textes …

    • Merci de votre lecture. Mis en forme sous word simplement pour utiliser la fonction insertion de notes en bas de page afin de me faciliter la lecture et l’écriture. C’est tout. Pas d’autres intentions.

  2. le Caillebotte bien entendu, mais aussi OUI pour le tabac, et plaisir des précisions sur Ouvéa etc…

  3. J’aime bien cette explication pour le tabac, j’en ai une autre, fumer permet de respirer profondément, on fume pour respirer, on respire nocif peut-être mais on respire…