# Carnets individuels | Rbv

#38 | Ce n’est pas vraiment voler. Ce sont au début des petits bonds au ras du sol. Une sensation de légèreté. Une légèreté qui s’allège de plus en plus. Ce n’est pas vraiment rebondir. C’est un élan ressort. Cela passe par le corps en partant des plantes de pieds et gagne le cerveau par une agréable sensation de maîtrise après la surprise. Comme un véhicule dont on découvre les commandes et que peu à peu on oriente. Ce sont des bottes de sept lieues intégrées. Elles fonctionnent à l’énergie terrestre. Toucher la terre donne encore plus d’élan. À chaque contact les lieues parcourues depuis le rebond précédent sont multipliées. Et c’est parce que finalement l’énergie nécessaire n’est plus si importante que vient la sensation de voler. Puisque, les pieds touchent de moins en moins la terre, se contentent de l’effleurer, prendre appui ne compte plus et le rebond devient vol. C’est une mécanique énergétique assez simple dont la maîtrise consiste à dépenser moins d’énergie pour en récupérer d’avantage, ne plus s’élancer mais être auto-propulsé. Il semblerait que la distance parcourue chaque fois multipliée provoque le phénomène. Faire un croquis ? Le rêve est une extension, comme le serait un télescope, pour voir les fonds des univers. Je sais voler la nuit. 

#37 | Je ne suis pas de la génération du par cœur. Je me rappelle tout juste de la trouille, pas du texte. Plus tard, la seule phrase qui est restée dans ma tête est celle de René Char  … serre ton bonheur, prends ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. Elle pourrait être une sorte de devise personnelle, un rappel. Cette phrase ne m’accompagne pas. Elle n’est tout simplement pas partie de ma tête. Elle n’est pas non plus ma préférée esthétiquement. Cela doit être celle-ci qui du mental est descendue au cœur. Les autres sont peut-être allées droit au cœur avant de remonter vers le mental. Effervescentes.

#36 | Levé. Regarder par la fenêtre / comment écrire la neige ? /  Les premiers mots visibles de la journée sont les marques imprimées sur le pot de café puis celui qui s’écrit dans la tête au même instant /café / peut-on prendre un café sans l’écrire quelque part ? Sur le frigidaire, sur le sac en papier du boulanger, au dessus de l’horloge, sur la gazinière, sur le poêle, sur les boîtes de nourriture pour chats, sur la cuisse, sur le survêtement. Et l’écrire quelques heures plus tard debout dans le hall de la Gare Montparnasse dans un fichier, dans une application d’écriture, dans l’iPhone. Cent mots pour l’écrire et des milliers d’autres qui se mêlent, se pressent dans un couloir de plus en plus serrés, ces mots pensés devront s’écrire et il n’y a pas de place pour tous, pas en même temps. La sécurité de la gare me tourne-t’elle autour ? Resté trop longtemps statique ? Je reprend mon chemin et pense à ce qui vient d’être écrit, cela continue à écrire. Une partie n’en sera pas perdue. Puis en marchant ceci : des marques encore des marques, de parkings, de magasins de restaurant de banques de signalisation plus de virgule dans la tête une virgule c’est un retard un risque de perdre le fil. Levé le nez en traversant. Ranger le téléphone dans la poche éviter un arbre, surprendre le regard souriant d’un inconnu. Les mains dans les poches, la tête continue à pianoter sur le clavier. Resserrer la pensée à son objectif, son impératif du moment : ne pas être en retard. Et c’est seulement maintenant que réellement le téléphone glisse dans la poche. Comment le cerveau vit-il ce brusque freinage ? Son mode de freinage le plus doux eut été la correction, la relecture, pas l’interruption. Puis plus tard, je lis le Bateau ivre dArthur Rimbaud peint sur un mur de la rue de Férou, avant d’entrer dans une librairie. Par curiosité je feuillette quelques pages de livres au hasard sur les présentoirs et dans les étagères, la première phrase des Mémoires d’outre tombe de Chateaubriand. Je sorts avec la Langue des oiseaux de Claudie Hunzinger. Je relis. Non pas encore, je suis dans le métro. Je lis mes mails, les mots gravés sur la porte, mes mails, je rédige un sms. L’heure du thé, je corrige. Et demain on recommence. Et demain on continu.

#35 | C’est une phrase d’un livre de Marguerite Duras qui m’avait saisi. Je me rappelle peut-être la scène : un des personnages est allongé dans son lit et dans l’encadré de la fenêtre passe le bateau. La phrase déplace le bateau. Ce n’est pas le bateau qui se déplace, c’est la phrase, ses mots, qui déplacent le bateau, jusqu’à le faire disparaître de l’encadré de la fenêtre. J’ai cherché cette phrase, que je disais souvent intérieurement, pour moi aussi partir. Elle n’est pas loin.

#34 | Ce serait l’histoire de mes chaussures. On s’en moque de mes chaussures. Cependant un détail pourrait tout changer. Elles sont en cuir de veau. C’est à dire en peau d’enfant de vache. Et l’apprendre lorsqu’il est trop tard, qu’elles ont été chaussées, qu’elles sont chaudes et confortables. Qu’est-ce-que cela va changer dans le quotidien ? L’impression désagréable qu’elles attirent des emmerdes, par exemple. Qu’autour le monde change. Et puis, l’histoire de cette pauvre bête.

#33 | Le vide est toujours là. Comme le bruit n’interrompt pas le silence, mais passe sur l’espace du silence même. Les choses, les pensées, les actes ne remplissent pas le vide, mais se meuvent dans le champ du vide. Les oiseaux apparaissent, traversent le ciel, disparaissent loin à l’horizon. Le ciel a-t-il disparu ? Et l’espace contenant le ciel ? Les oiseaux emportent-ils l’espace avec eux ? Le son peut-il faire taire le silence ? Le vide est toujours là. Comment faire le plein ?

#32 | Il est le fauteuil du salon : le voltaire. Il est bon d’y lire et d’y penser. De s’y endormir. Il vient parfois dans les rêves. Ses visites s’étalent sur quelques sommeils. Il essaie de dire quelque chose, mais ce n’est pas clair. Alors, il montre un objet, un détail, une direction. D’un instant à l’autre, il pourrait ouvrir un tiroir. Il entrerait dans l’autre pièce et dirait : par ici. Et, c’est seulement plus tard que le lien se fait avec un évènement. Dans le vécu du jour. 

#31 |

#30 | Paraît-il qu’un jeune serait mort dans un accident de voiture à la sortie du village. Et ce, tout récemment. Je l’ai appris d’une voisine. Après le panneau de sortie du village, pas de trace, pas même la terre retournée, pas plus qu’un bouquet de fleur. C’est aussi à cet endroit, qu’est resté plusieurs jours le corps d’un chat. Un chat blanc et marron. Mais, ce n’était pas lui. Ce n’était pas le chat que nous ne voyions plus. C’était un autre chat. À la place du jeune homme.

#29 | Je n’aurais pas dû passer par cette route qui traverse la ville. Je suis resté coincé derrière le camion d’un livreur de viande. Il a ouvert ses portes sur des pièces de bœufs, de je ne sais quelles pauvres bêtes, pendues à des crochets. Et je n’ai rien ressenti devant ces cadavres sans tête, propres, présentables, acceptables, enroulés dans leurs fascias comme vêtus d’un habit de soie blanche. Peut-être la tête manquante ? Toute expression impossible ? Et, je n’aurais pas dû ?

#28 | Jambe droite se détend gros orteil deuxième troisième quatrième cinquième orteil genou cuisse toute la jambe droite détendue jambe gauche se détend gros orteil deuxième troisième quatrième cinquième orteil genou cuisse toute la jambe gauche détendue le bassin se dépose périnée fessiers le dos se relâche en profondeur la colonne vertébrale respire de la pointe du coccyx jusqu’à l’entrée de la tête les épaules fondent les bras s’étalent les mains les doigts la tête et son contenu profond

#27 | 10 h 53, il coupe le moteur. Le silence. Il regarde les grands arbres sans feuille. Bien qu’il y ait le cul blanc d’une Peugeot dont l’immatriculation se termine par ZN. Les oreilles bourdonnantes, il s’accorde quelques instant avant de continuer. ZN. Il n’aime pas les accoudoirs dans les trains. Ni la voix pré-enregistrée. Il avait ouvert sa vitre lorsqu’il était dans sa voiture pour s’assurer que le bruit qu’il entendait était bien réel. L’avait-t’il refermée ? Cela a-t’il une importance ? Aujourd’hui, je n’ai pas mis de baskets, j’ai de beaux souliers et je m’entends marcher dans la rue.

#26 | Le froid entré dans la maison remplacé par la chaleur du poêle. Une flamme change tout en quelques minutes. La conseillère en assurance au téléphone assure. Les mails entretiennent le flou jusqu’à l’accord d’un rendez-vous. Les feuilles dans le jardin se putréfient. Le plâtre rebouche les trous. Un animal, pas de la taille d’une souris, s’installe dans le grenier. La lumière baisse, les jaunes s’allument. 

#25 | Dessine — peint — serre — chauffe — martèle — claque — étreint — caresse — écrit — en visière — rabote — pointe — tient — sculpte — creuse — griffe — ébouriffe — gifle — tamise — étale — masse — coud — montre — mesure — mélange — casse — répare — attache — actionne — conduit — ouvre — appui — stoppe — tartine — allume — éteint — pose — pétrit — pianote — corps de marionnette — gantée — baguée — sillonnée — éminence — égratignée

#24 | Froid au sol, froid au nez. C’est certain l’hiver approche. Pas d’endroit fermé. Courant d’air à deux voies. L’hiver est là. Et à Édimbourg, il fait quel temps aujourd’hui ? Plus chaud qu’ici, c’est curieux. Dans quelle direction va le vent ? Un vent d’est. Tout ralenti et s’amplifie jusqu’à l’inertie.

#23 |

Un,

Un deux trois,

Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze seize dix-sept dix-huit dix-neuf, 

Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze seize dix-sept dix-huit dix-neuf vingt vingt et un vingt-deux vingt-trois vingt-quatre vingt-cinq vingt-six vingt-sept vingt-huit vingt-neuf trente trente et un trente-deux trente-trois trente-quatre trente-cinq trente-six trente-sept trente-huit trente-neuf. 

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( variations pour quatre cent quatre-vingts caractères )

#22 |

Souviens-toi. 

Celui qui acquiert, chaque fois qu’il acquiert, perd.

9 h 03. Le livre ouvert devant moi. Je m’interroge sur comment m’en débarrasser. Je viens de le trouver dans ma bibliothèque. 17 h 16. Je réalise qu’il n’y aura pas eu dans ma journée un banc, une boîte, une main, plus lugubre que ce tour d’abandon qu’est ma bibliothèque.

#21| Le livre laissé au fond du sac, ce vieil arbre là-bas. Marcher plus vite en empruntant le tapis roulant. Lâcher la porte dans le nez de la personne suivante. Dire non au transport d’une poussette dans l’escalier. Être d’accord à voix haute à côté d’une inconnue qui téléphone. Ramasser des feuilles mortes au sol et les jeter tout autour de soi.

#20 | Je pose leurs marchandises sur le tapis à gauche de la caisse. Le caissier prend chacune d’elles et les pose à droite de la caisse. Je sors mon téléphone et acquiesce du menton. Il donne un coup d’index sur un gros bouton et tourne un peu la tête comme si j’allais me déshabiller. Je clique deux fois sur l’écran de mon téléphone, présente mon visage. Il fait claquer un grand sac en papier pour le déplier, y range les marchandises. Il me tend alors le ticket, qu’il froisse lorsque je secoue la tête. Je prends le sac, le salue d’un sourire, il me fait un clin d’œil. Je sors avec mes marchandises.

#19 | 8 h 30 chez le vétérinaire avec la petite chatte. Une dame recouvre la cage pour nous apaiser. Une femme à qui je dis bonjour, va pleurer d’un instant à l’autre, elle entre en elle. On me dit enfin que si il y’a une complication, il faut rappeler. Je sors. Qui emmenait qui ?  16 h 40, dans un magasin d’électroménager une jeune femme me répond rupture de stock.

#18 | Ce poème, à force, est aussi rentré au fond de mes yeux et m’a fait voir une chose toute simple : les lettres de l’alphabet construisent aussi bien le mot « bois » que le mot « feu » ; le mot « migrant » que le mot « cerf » par permutation d’elementaria. Et puis, dans ce texte, pas de Logos au loin, au-dessus de nous, non, les mots et le monde coïncident, tout se trouve dans le même sac, les choses et les vivants. Les humains et les bêtes. 

Hier, à 23 h 46, je cherchais dans la bibliothèque le poème dont il est question ici. Mes amis dansaient et je cherchais dans les étagères avec la lampe de mon téléphone. En vain. Aujourd’hui, mes amis sont partis, je reprends ce livre que j’ai commencé à lire il y a quelques jours. Il n’est plus sur la table de nuit, mais sur la table de la salle à manger. Le marque-page représente la déesse Athéna victorieuse du géant Engelados. À côté, la petite chatte, blessée au cours d’une bagarre, ronronne. 

#17 | Les centres villes ne sont que des centres commerciaux à ciel ouvert, des mètres carrés vitrine suffisamment réfléchissant pour capter l’énergie solaire. Les profonds parking pourraient servir à accumuler et distribuer cette énergie.

#16 | Veste grasse sur pantalon terreux aux plis rigides et souliers assortis. Plumage noir et fourrure blanche. 

#15 | Oh putain merde. Fermé. Non je suis dans le train là, non je n’ai besoin de rien, peut-être qu’on me l’offrira une prochaine fois, merci bon courage. La majorité des systèmes que l’on a actuellement, c’est de la déperdition d’énergie. Surtout qu’il y’a du fric à la clé. C’est un enjeu politique. Ta mère la pute. J’en ai rien à foutre. Ma mère elle est morte. Mais regarde tu fais quoi. Je me suis dit à un moment donné qu’il fallait se poser et réfléchir. Du coup je me dis autant que j’y ailles. Je fais des choix.

#14 | Les nouveaux trains ont intégré une parfaite reproduction hydraulique de l’ancien coup de tampon final. Arrivé en gare, le corps oscille brusquement. Pensée : se tenir ?

#13 | L’aplat morne d’un champ vide d’oiseaux quand les ailes se déploient dans les tourbillons d’air invisibles. 

#12 | Cette table est une table. Et il y’a un tiroir. Cette table est une table. Bien qu’il y ait un tiroir. Cette table est une table. Mais il y’a un tiroir.

#11 | Je me souviens de l’instant où j’ai su déchiffrer tous les mots de ce poème. Tout était en place, comme l’avaient été mes muscles, mon système spatial intérieur, mon rapport à l’apesanteur, lorsque je marchai pour la première fois. Quant à l’écriture, je me rappelle un apprentissage sur la durée. Il fallait poser un point entre deux interlignes, dessiner une courbe qui grimpait et redescendait pour se suspendre dans le vide ou se relier à une autre. Puis, vint l’âge de la grammaire. 

#10 | Pendant que je somnole je ne suis pas encore totalement réveillé. Pendant que je bois j’ai soif. J’ai faim pendant que je mange. Pendant que je lave la vaisselle elle n’est pas propre. Pendant que j’ouvre la boîte aux lettres je ne sais pas si il y’a du courrier. Pendant que je prends une douche mon corps n’est pas sec. Pendant que j’enfile mes chaussures je ne marche pas. Je me réchauffe pendant que la bûche se consume dans l’âtre. Pendant que je tire le rideau la lumière n’entre pas complètement dans la pièce. Pendant que clignote le compteur électrique le compte en banque se vide. Pendant que retenti la cloche du portail je ne sais pas que c’est toi. 

#9 | Devant leur bavardage incessant, leurs doigts index qui pointent sur les pupitres des studios, les poings qui se serrent, les bouches qui se distordent, les mots grimaces. Devant leur logorrhée à tendance cannibale, si il monte en toi un juron, c’est qu’il est temps de ne pas s’attarder. Appui sur le bouton rouge de la télécommande. Une réaction de trop, peut-être, mais un moindre mal.

#8 | William Blake Hélène Gestern Murasaki Shikibu Saint Michel Shri Mahesh Pierre Sadorge Collin d’Harleville Maréchal Foch Louis XIV Lully Bryan Adams Littré Robert Fouré André Malraux Victor Hugo Arthur Vernes Edmond Rostand Medicis Coco Chanel Saint Louis  Ossip Zadkine Racine Joseph Gibert Brassaï Georges Pompidou Robespierre Sam Szafran Alphonse Baudin Richard-Lenoir Gaby Sylvia Beaumarchais Simone Veil Anton Tchekov 

#07 | Deux joues rondes en apesanteur sous des yeux sans paupière | un cœur d’un beau rouge franc au premier tiers d’un oval généreux | un cercle dans lequel deux lignes douces montrent la direction vers une bouche à baiser.

#06 | Personne d’autre que moi n’aurait remarqué que je compte le nombre de stations qu’il reste avant de sortir de ce trou. 

#01 | Radio stimuli. Colère. Non. Je refuse d’être une personne en colère. Je m’interdis la colère. Je sais trop ce qu’elle défigure.

#02 | Quelle date était-ce ? Je me souviens parfaitement de notre rencontre. À moins que j’en aie oublié quelques détails. J’étais assis au bar. Tu es tombé dans mes bras.  C’est ce que nous nous sommes toujours dit. Depuis le début. Pour être dit depuis le début, c’est que c’est vrai. Sinon, nous l’aurions raconté plus tard. La date ? Nous n’en connaissons tous les deux que le mois. C’est en ce moment. À quelques jours près.

#03 | Date du jour. Brume épaisse. Le temps est élastique.

#04 | Un vol de coccinelles. Un pendentif, sorte de camée, en forme de marguerite. Ô c’que j’ai bien dormi. Un lointain tir de chasse.

#05 | Ciel, suie silencieuse.

A propos de Romain Bert Varlez

J'écris pour mieux lire.

43 commentaires à propos de “# Carnets individuels | Rbv”

  1. Bonsoir !
    je sursaute à chaque fois que je vois vos initiales, Romain, RVB, ROUGE VERT BLEU il faut dire qu’on a choisi ces temps-ci des couleurs de murs et que les peintures se définisent ainsi, et que je ne suis pas bonne en couleur, mais que ce soit une personne et le nom de quelqu’un ! j’adore ça ! et les textes qui pétillent qui vont avec, les rencontres sans dates, les stations au fond d’un trou, et les yeux sans paupières, un monde étrange mais rempli de cocinelles, on s’y promène, on y revient,

  2. découverte au hasard (une de plus) et le #9 a m’a énormément parlé tout en me faisant sourire et j’ai pensé : et * pan * !
    Vos Pendant que sont si vrais, aussi !
    J’aimerais tant pouvoir mettre des marque page (jamais su l’écrire) pour ne pas manquer les épisodes suivants (sans télécommande) des carnets découverts au hasard…
    Merci pour ce.s bon.s moment.s

  3. #36 “plus de virgule dans la tête une virgule c’est un retard un risque de perdre le fil”
    même chose ici quand une idée est en tête et doit être notée avant de s’évader — on dirait qu’elles passent leur temps à ça, les bougresses

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