#anthologie #20 | Mémoire vague

Toi, les photos que j’ai gardées, collées dans de vieux albums que je n’aurais pas feuilletés sans cette invitation à creuser les lignes des images, ta peau de lait tachée de rouille et tes cheveux frisés, denses et frisés, presque crépus, descendant en triangle jusqu’à tes épaules, toi de face et toi de dos et tant de visages, toujours, autour Continuer la lecture#anthologie #20 | Mémoire vague

#anthologie #21 | notes de retour

Notre bateau1 va enfin toucher au but son balancement son roulis sa vitesse ralentissant considérablement à l’approche de Sanlucar2 J’entends le claquement des voiles dans le soir tombant les secousses dues aux manœuvres de l’équipage3 lentement la nuit s’installe sur la côte que je devine Je suis monté sur le pont pour m’assurer que je ne me suis pas trompé Continuer la lecture#anthologie #21 | notes de retour

#anthologie #20 | Pêche à la truite

C’est une photo noir et blanc, assez grande et de format carré. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, la dernière fois que je l’ai vu, ma grand-mère a lancé ce pauvre Jean-Paul avant de la remettre dans une boîte en carton.Un portrait en buste. Un homme jeune, les cheveux sombres lissés vers l’arrière. Il porte une chemise à carreau, le dernier Continuer la lecture#anthologie #20 | Pêche à la truite

#anthologie #19 | Images

le losange rouge du logo du journal Libération, la page des petites annonces minute après minute, le flip flap des lamelles du radio réveil l’odeur grasse des pulls fait à la main, la laine vierge tricotée serrée avec de grosses aiguilles l’échec de la mère à construire des barrages pour empêcher l’océan Pacifique de venir inonder ses terres la naïveté Continuer la lecture#anthologie #19 | Images

#anthologie #22 | Nanterre-Préfecture

Juillet 2014 À se souvenir d’un lieu que l’on a qualifié définitivement de sans âme, mais qui est un passage obligé vers une branche de famille, on se rend compte que pourtant, dans cet univers de béton, il y eut du mieux. Sur cette place nommée esplanade Charles de Gaulle, place de marché comportant quelques magasins, débouchent par l’escalator chaque Continuer la lecture#anthologie #22 | Nanterre-Préfecture

#anthologie #22 I Rue d’Uxelles

A droite du parking Soubrane un escalier suivi d’un pont enjambe la Saône. Voilà l’île entourée de terre au cœur de la ville. Face au pont la rue d’Uxelles bordée sur la droite d’un mur haut et gris. C’est la caserne des CRS et son panneau jaune écrit en lettres noires : «Défense d’entrer sans autorisation». Pour le déchiffrer il Continuer la lecture#anthologie #22 I Rue d’Uxelles

#anthologie #22 | Saxe Gambetta

Lyon 1er juillet 2024 Du cinquième étage on domine le carrefour à l’intersection du troisième et du septième arrondissement. Le sens de circulation du cours Gambetta d’est en ouest va en direction de la fosse aux ours. Deux voies sont dédiées aux voitures, avec une voie dessinée au sol pour les cyclistes. A contre-sens une voie pour les bus. A Continuer la lecture#anthologie #22 | Saxe Gambetta

#anthologie #16 | tétanie

Elle est assise à côté en face de lui et lui sourit. Elle sourit des lèvres, elle sourit des yeux. Ses yeux doivent parler. Dire qu’elle comprend. Qu’elle suit ce qu’il dit. Le cou, la tête acquiescent. Les lèvres fermées s’étirent, dessinent un sourire. Un sourire qui dit oui, je te suis, j’ai compris, je suis d’accord, je comprends de quoi tu parles. Ses yeux la trahissent-ils? Devine-t-il qu’elle ne sait pas qui est cette personne dont il parle? Un intellectuel, un homme politique, un écrivain? Sourire. Se taire. Acquiescer. Mais ses yeux? Comment leur donner cette lueur d’intelligence de celui, de celle- difficile pour celle, difficile pour elle- qui a compris, qui sait de quoi, de qui, on parle? La devine-t-il? Sait-il sa bêtise, son inculture? Sourire. Sourire du niais, du sot. Sourire de la niaise, de la sotte. Subir le discours. Toujours mieux que d’avoir à parler. Le laisser parler. Il aime parler. Il sait parler. Il sait tant de choses. 

Il saisit parfois de l’effroi dans son regard, comme un appel. Parfois un vide. Il a l’habitude. Les élèves d’abord. Et tant d’autres. Il parle pour lui. Il parle comme il pense. Il parle parce qu’il pense. Il pense tout le temps. Penser, verbaliser. Là il est a son affaire. Qu’elle se taise. Qu’elle se taise ou qu’elle parle, peu importe. Il habite sa pensée, la déploie, la creuse. La donne à entendre, la partage avec ses auditeurs. Son auditrice en ce moment. Il la subjugue. Elle lui sourit. Elle se réjouit de ce qu’il dit, de ses finesses intellectuelles, de son acuité, de sa force de raisonnement. Rares en sont capables, il le sait. Continuer la lecture#anthologie #16 | tétanie

#anthologie #22 | Le petit chemin

Le petit chemin ne s’appelle plus le petit chemin, il n’est plus de terre, mais de goudron, l’ombre des cerisiers a disparu, celle des maisons d’un lotissement l’a remplacée. Les chiens aboient, diversifient mes pensées. Le chien de mon grand-père s’appelait Kleb. Avec lui nous courrions sur ce petit chemin qui traversait une forêt aux arbres gigantesques. Les primevères étaient Continuer la lecture#anthologie #22 | Le petit chemin