#rectoverso #04 | Marianne Alphant | recto | Pensées

Lorsque son aînée, encore toute petite, prononça un semblant de mot ressemblant à maman pour la première fois, elle se demanda si l’autre avait pu lui aussi dire ce mot ? Qui appelait-il en tendant ses petites mains dans le vide ? Quand l’avait-il dit ? Où l’avait-il dit ? À qui ? Quand sa fille fit ses premiers pas ? Elle pensa à Continuer la lecture#rectoverso #04 | Marianne Alphant | recto | Pensées

#rectoverso #06 | règne animal

RECTOSi on me laissait le choix, je serais psychiatre à Blida-Joinville, je serais un inconnu rescapé du Vel d’Hiv heureux d’avoir vaincu l’ignominie, je serais un garçon aux cheveux rouges et aux ongles longs, je marcherais dans la rue un kebab en ligne de mire, je n’aurais aucun mérite, je ne dirais rien que vous ne sachiez déjà, I would Continuer la lecture#rectoverso #06 | règne animal

#rectoverso #03 | dans ces plis

RECTO Il y a des portes qui baillent, confondent couloirs et chambres. Ouvertes à tout courant.Il y a une table. La solidité d’une table, la distance qu’elle met. Pouvoir s’y appuyer. Écrire ou se cacher dessous, comme avant.Et cette obsession du frigo : l’ouvrir souvent, pour rien. Une question posée au froid. Entre dégoût et désir.Il y a l’ombre — faudrait-il Continuer la lecture#rectoverso #03 | dans ces plis

#rectoverso #06 | Racines

Je suis en train de faire du jardinage, et dans mon élan vindicatif envers une adventice, je me laisse entraîner par des racines aussi épaisses que mes chevilles. Finalement il doit s’agir de racines de chêne, propose ma coéquipière, et voilà, nous sommes en train de déraciner un bébé chêne. Cette minuscule pousse verte plantée au milieu du terrain de Continuer la lecture#rectoverso #06 | Racines

#rectoverso #05 | Etat du lieu

Il y a quelque chose comme vingt ans, j’étais ami avec Fanny et je lui rendais visite régulièrement. Je prenais la ligne 3 et descendais soit à République soit à Temple soit à Arts et Métiers. Quelque soit la station, son immeuble se trouvait sur le côté droit de la rue, coincé entre un salon de coiffure et un commerce Continuer la lecture#rectoverso #05 | Etat du lieu

#rectoverso #05 | Une porte rouge

On disait la porte rouge ; cette porte qui était rose à l’acquisition de la maison; un rose poudré qui passerait à l’éclat d’un rouge de Chine: changer la couleur c’est une façon comme une autre de dire bonjour ; une porte avec des moulures à l’ancienne et une petite fenêtre de verre granité mobile encagée derrière des enluminures de Continuer la lecture#rectoverso #05 | Une porte rouge

#recto verso #05 | une amitié

Des heures : on se dit tout hein, en gardant des secrets : un peu, Oui, forcé. Ne faire qu’un seul corps en restant deux. Échanger. Partager. Je combats ma paresse pour être à ta hauteur : livres de géologie, atlas – au début je me force – , j’apprends la morphologie des baleines; nous partageons mon goût pour la Continuer la lecture#recto verso #05 | une amitié

#rectoverso #05 | les sacs d’urine

Est-ce que c’est la bonne adresse ? la question entière vu l’autour, la dégradation, l’inhabitable supposée. Les yeux septiques observent. Les quatre premiers étages sont murés. Autour l’immeuble, à ses pieds, des matelas, des meubles, des poubelles, jetées par les fenêtres. Un tas d’ordure, monceau, montagne, déchetterie improvisée comme jeté des étages, comme débarrassage, comme déménagement express non pris en charge Continuer la lecture#rectoverso #05 | les sacs d’urine

#rectoverso #04 Indicible

Quelque chose du translucide de l’être traverse les pétales de rose sur la table et tendrement s’évade. Bobin. Le bruissement du dedans transparait dans la beauté d’une oreille qui m’est spécifiquement adressé. Murakami. La vibration du vivant tremblote dans une fleur de chardon entre deux tranches de béton. Étancher la soif inextinguible d’être. C’est la substance de la trame et Continuer la lecture#rectoverso #04 Indicible

#rectoverso #02 | des nuits

VERSO RECTOà ce stade de la nuit, personne ne me réveillera. Pas avant de croquer les bonbons. Tous. Ma grand-mère dit que ce qu’on fait dans les rêves, ça n’existe pas. La nuit serait un livre qu’on lit avec les dents. J’ai du caramel entre les molaires, du sucre dans la gorge. Tant que je dors, tout peut exister. Même Continuer la lecture#rectoverso #02 | des nuits