Des papiers jaunis, dépliés, aux bords amollis par les décennies. Objet. Référence. Ministère. Secrétariat d’État. Fiche de renseignements. Demande formulée. Des encres noires, bleues, violettes, qui ont pâli. Des tampons rectangulaires, ronds, rouges ou noirs, comme des affirmations. Des dates, des ratures. Des sigles énigmatiques. Une main inscrit un commentaire, une mention dans la marge. Le papier lui-même semble avoir Continuer la lecture#rectoverso #12 | une absence prolongée→
Sorti le 16 septembre 1985. Label EMI. Quarante-sept minutes et trente-trois secondes. Enregistré au Wickham Farm Home Studio entre novembre 1983 et juin 1985. Classé numéro 1 en Angleterre — numéro 30 aux États-Unis. Environ 2 millions d’exemplaires vendus. Nom des braques de Weimar photographiés sur la pochette : Bonnie et Clyde. Trois jours que tu es enfoncée dans ce fauteuil. Continuer la lecture#rectoverso #12 | Conception d’un nuage→
L’homme est assis sur une mauvaise chaise de paille et de bois. Ses deux pieds touchent le sol, ses épaules s’affaissent, ses coudes se maintiennent péniblement sur ses cuisses, son visage est replié sur ses doigts, ses yeux dans le creux des mains. Pleure t-il ? Peut-être mais on ne peut percevoir ni larmes, ni sanglots, ni cris, ni un quelconque son. On ne peut distinguer ses yeux, juste son crâne lisse entouré de quelques cheveux épars. Il pourrait s’effondrer dans le sol de la terre si un trou advenait tant son être semble porte en lui tout le poids du monde mais peut-être est-ce simplement du désespoir ou une colère sourde qui gronde en silence. La posture laisse poindre l’abattement de cette silhouette fine dont le crayon de bois a dessiné les modestes vêtements et contours. Que vit cet homme posté devant une cheminée éteinte où quelques fagots se tiennent à même le carrelage ? De quels tourments est-il infligé ? Peut-être a t-il perdu son travail ou sa femme qui s’en allée sur les chemins ou rejoindre les anges ? Peut-être n’est-il que chagrin en ce jour gris et torturé ? Peut-être…
VERSO
Il règne un certain mystère autour de cette petite carte postale que je viens d’attraper du bout des doigts pour la poser sur ma table à portée de mon regard. Elle représente un dessin, une esquisse faite au crayon en novembre 1882 par Monsieur Vincent Van Gogh. Elle s’intitule Worn out ce qui se traduit par usé, épuisé. Elle aurait pu s’appeler effondrement, désespoir mais je ressens bien que l’artiste ne souhaite parler que de cet homme qu’il a installé sur cette chaise. Il ne représente pas l’épuisement ou l’usure. Il est comme au bout du rouleau, comme incapable ne serait-ce que de relever la tête. Je connais cette posture pour l’avoir vécue sur moi-même, je connais cette sensation, comme ne plus savoir comment se redresser. On pourrait imaginer qu’il est triste ou en colère mais le peintre indique par son titre que l’on est bien au-delà. Usé, un terme proche de hors d’usage, vieux, défraîchi ou encore élimé. Ce serait donc un être en ruine qui est exposé dans ce musée à Amsterdam où je me trouvais il y a peu. J’entre dans la boutique, je la vois, je sais qu’elle est pour moi, je l’achète. Je suis bouleversée par elle, je m’y reconnais entièrement. Et pourtant, chose étrange, je n’ai, à cet instant même, aucun souvenir de l’avoir vu exposé dans le musée, aucun. Pas un seul recoin, un espace, une pièce dans laquelle je revois cette oeuvre installée en format 50 x 32 cm comme détaillé au dos de la carte. Rien dans ma mémoire qui retrouve cette attitude si frappante que j’ai aperçu au premier coup d’oeil. Il est trop tard pour revenir sur mes pas. Je sors avec la petite pochette de papier blanc et quelques jours après, je l’accroche dans les murs de chez moi et la regarde longuement.
Au loin la chaîne de montagne qui dessine la dernière strate est comme recouverte d’un voile de brume ; il est difficile d’évaluer la distance qui la sépare des cinq personnages au premier plan. Quatre sont assis sur la roche, le dernier est resté debout. Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence de végétation caractéristique des hautes altitudes, c’est la sauvagerie, la Continuer la lecture#rectoverso #12 | au sommet de l’Arbizon→
_ sommaire général, et index des auteurs;_ lire l’ensemble des contributions; _ inscription à l’atelier (inclut accès à publication sur cette plateforme, docs d’appui, lettre de coordination etc.) #12 | les 146 peut-être d’Hélène Gaudy Non, ce ne sera pas une proposition pour explorer la grande magie des peut-être. Ici, ce sera juste un indice: sur l’élan de son enquête au présent de l’écriture, Continuer la lecture#rectoverso #12 | les 146 peut-être d’Hélène Gaudy→
# 1 Recto Le monde ne se ressemblait plus, avec presque rien, en partant de rien, il fallait inventer le bout de territoire, c’est en marchant vers le territoire, dans une allée d’un jardin, ou sur la grande avenue d’une capitale, c’était pareil, qu’on aboutisse au Taj Mahal, ou sur l’envers d’une autoroute – les bornes à essence, le comptoir Continuer la lecture#rectoverso #01 #02 #03 #04 #05 #06 #07 #08 #09 #10 #11 #12 #13 #14| (titre à venir)→