Je fais des ronds dans l’eau

Je suis née rouge
incandescente
je suis née dans unx brasier


je me suis allongée sur une petite plage
souvent je m’y suis baignée dans la méditerranée
à l’écart des familles
le soleil m’a dorée
le soleil m’a séchée
le soleil m’a hébétée


dès que j’ai pu,
dès que j’en ai eu la force
je me suis échappée
l’air m’a fait du bien j’ai flotté
flotté, flotté sans savoir où j’allais
sans avoir même l’idée que j’allais quelque part,
que je flottais


j’ai bu du vin des alcools forts
quand je pouvais
j’ai vomi le reste


je flottais comme une étincelle incandescente
qui saute ailleurs
qui allume le feu ailleurs, ravivée par le vent
je n’ai pas de corps
je vis comme un fantôme


je nage dans la mer, le sel brûle la peau de mes bras
je nage la brasse, le crawl
j’aime cette image de moi fendant la mer salée
un, deux, trois, mes bras s’appuient sur l’eau salée pour avancer.
Je fume tel un fer incandescent plongé dans l’eau froide


Un : expérimenter – deux : éprouver – trois : acquérir.
J’ai progressé avec des palliers
j’ai avancé par poussées douloureuses 
On m’a appris les langues étrangères
à commencer par le latin
on m’a convaincu du charme de l’ancien
j’ai parlé sans penser
Pendant des années, je ne me suis pas exprimée. Je suis restée muette.
Je n’ai pas interféré tel un objet dont ils ont parlé
sans que je me reconnaisse
je suis allée à l’école paroissiale tout en haut de ma rue
je me suis laissée remplir des mythes exotiques de la religion.
Je les ai intégrés, je les ai rejetés. Ils font encore partie de moi.


J’ai été transfusée. J’ai du sang universel.
On m’a transfusé du sang non infecté par le V.I.H.
Ce qui ne te tue pas te rend plus forte
On m’a tapée violemment contre un mur
tapée, tapée violemment
j’ai été heurtée, j’ai été secouée,
on m’a bousculée sans répit
j’ai fait des retours en moi-même
je me suis recroquevillée comme une tortue qui rentre la tête
car la violence était partout
on m’a agressée, on m’a arraché la peau, écorchée,
je ne suis pas arrivée à me guérir.
Les écorcheurs ont brûlé mon bras qui ne guérit pas.
J’ai acheté un coffre ancien sculpté qui contient mes peines, je ne l’ouvre pas.
Non, on me l’a donné sculpté à la main, à l’opinel, dans le monde sombre des montagnes.


Dans les profondeurs de la mer méditerranée, il y a des coquillages roses parfumés.
Je nage dans la mer méditerranée jusqu’à Istanbul, ma ville préférée.
Istanbul est venue à moi. Je suis rentrée dans Istanbul en voiture au sons des klaxons
et des appels à la prière des muezzins stambouliotes.
J’ai été envoûtée. J’ai été séduite.
J’ai échappé à un tremblement de terre à Istanbul
avec l’homme que j’aimais, qui me charmais.
Je l’ai aimé comme une enfant
dont on a brûlé le bras
un bras qui ne guérit pas.


Je n’ai peur de rien et tout m’effraie
Avec mon bras stigmatisé, je nage dans la mer méditerranée
je nage la brasse le crawl
l’eau salée crame ma peau incandescente
Parfois, le frottement de ma peau crie comme une lame de couteau
renvoie le reflet du soleil
Parfois, je flotte sans corps comme une étincelle dans la mer méditerranée, incandescente
à l’écart des familles.

Naître, etc.

Naître en ville chic, château-clinique, croire être ce qu’on n’est pas, déchanter vite, grandir maison poupée, pierres de meulière, village ruelles, marcher courir, pleurer sourire, faire comme ci, faire comme ça, ce qu’on attend de moi, être sage, rire aux blagues, rentrer ses colères, fêter les anniversaires, porter des sweats colorés, des jeans neige mais pas troués, des pattes d’éph, Continuer la lectureNaître, etc.

QUATRE FOIS OU PLUS.

je suis venue au monde dans la peur et l’angoisse de la guerre. J’ai débuté comme tout le monde. J’ai suivi docilement toutes les étapes. Je suis allée à l’école à cinq ans. Chez les soeurs. J’ai bu la parole de Dieu. J’ai tenu consciencieusement le carnet de mes péchés. J’ai introspecté tout, tout le temps. Je ne me suis Continuer la lectureQUATRE FOIS OU PLUS.

introspection trouée et verbale

J’ai préféré naître d’une rose au milieu des choux à la crème et des tartelettes de la Boulangerie moderne, j’ai aimé penser avoir été apportée par une cigogne. J’ai appris à ramper, puis à grimper dans l’escalier de la maison natale, j’ai pris appuis sur le rebord en bois haut de la marche, levant les yeux vers les murs décorés Continuer la lectureintrospection trouée et verbale

L ‘ a n c ê t r e # 2

Assoupie vient la boutique de Kalliroï          présentoirs de fortune         pièces uniques         parfois orphelines        dépouillées de leur alter comme cette boucle de cuivre tressé        ressort tendu à l’opale enchâssée        la boutique est étroite        encombrée          pas de mot pour dire cette luxuriance de rouille et d’éclats                curieusement on respire                chaque objet est une porte antique                 tenons-nous le pour dit        Kalliroï est sans pareille        trois ans que je n’ai Continuer la lectureL ‘ a n c ê t r e # 2

Deux pains de sucre Interstice 2

Intersitice 2 Deux pains de sucre Ce village des bords du lac de Come est colonisé par des chats. Maisons aux herbes sèches aux fleurs rares mais opulentes. Petits chemins de traverses, ruelles aux pierres descellées, dédales infinies intimités linge murs bruissants et par-dessus, toitures rouges la mer or le bateau noir, des jardins suspendus verts potagers vignes argentées des Continuer la lectureDeux pains de sucre Interstice 2

le nez collé à la vitre 2

COLLER dessus le nez coller dessus les lèvres la lécher que les paysages sachent combien elle est vilaine vraiment vilaine pas belle le nez retroussé les lèvres écrasés dessus cette eau dure à souffler une fine buée pour révéler la menteuse frontière troubler cette eau dure dévoiler à quel point le rempart dedans-dehors n’est pas fortifié pas bien impressionnant et Continuer la lecturele nez collé à la vitre 2

à la recherche d’une maison lacunaire

cherchant une maison lacunaire c’est une maison complète qui s’impose à mon esprit, avec un souvenir étonnamment précis de la disposition des chambres, des craquements de l’escalier en bois, du soleil dans la cuisine, du gravier dans les allées du jardin, de toute la maison où j’allais de temps à autre dans mon enfance, et souvenirs aussi de quelques moments Continuer la lectureà la recherche d’une maison lacunaire

Des goûts et des odeurs

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