#chroniques #00| Droit à l’abri

1 Nouvelles du monde
Avons nous chacune et chacun un endroit hors du monde pour souffler pour respirer pour s’abriter? Sous un arbre dans un chemin creux au bord d’un ruisseau. Il faut s’allonger dans l’herbe.

2 bientôt le réel

3 S’y réfugier
Maladroit et joyeux, il est chez moi depuis toujours, je ne connais pas celle qui l’a peint. Son nom est au bas du tableau en écriture cursive comme au bas d’une rédaction (décrivez un paysage de campagne). Il se dit qu’elle est de la famille. Un ciel bleu pour le fond, des prairies, des champs cultivés et le petit bois au fond, la rivière coule certainement derrière. Un chemin de terre guide l’œil jusqu’à la ferme (certainement une ferme, une chaumière…), c’est tout. Pourtant il se dégage de ce tableau presque naïf une lumière, une ambiance dorée qui m’enveloppe lorsque je le regarde.

4 Recyclage atelier 2023…juste pour le prologue
Depuis 1998, une table de cuisine (elle était dans la cuisine) rectangulaire (140 par 80) en pin doré aux pieds tournés. Ses bords arrondis avec un petit décroché. La surface est totalement couverte d’objets, certains sont là de façon permanente et d’autres ne font que passer plus ou moins longtemps. Sur l’angle gauche la lampe sur tige fine de quarante centimètres en métal couleur gris brossé (c’est une couleur), avec un abat-jour conique en toile gris clair, un cordon qui pend pour l’allumer, un éclairage doux et insuffisant. Elle prend pas mal de place sur son socle, un épais disque métallique de vingt centimètres de diamètre, évidé aux trois quarts, on peut poser des choses dedans et dessus. Dans la partie évidée, un petit sac en toile beige contenant des graines, peut-être d’eucalyptus ramassées sur la Rota Vicentina, aussi une graine plate, marron et brillante en forme de cœur, et d’autres fruits desséchés, semis reportés puis oubliés et abandonnés. Sur la partie pleine du socle des blocs post-it de différentes tailles, quelques-uns sont détachés et collés sur le cercle de métal, mots de passe, listes à faire , un petit morceau de papier déchiré avec un autre mot de passe et un marque page du Guide du Routard distributeur de post-it. A côté de la lampe un porte-couverts en bois approprié pour une table de cuisine, double rangement et fond plastique percé pour que l’eau s’égoutte, qui accueille crayons de papier, porte-mines, crayons de couleur, surligneurs, stylos à bille, porte-plume, pinceaux, ciseaux et deux-stylos à plume l’un avec une plume large et souple et un plus fin. Une pince à linge est accrochée sur le montant en bois. Devant la lampe une petite boîte de faïence en forme de cœur remplie de trombones et de punaises sur le couvercle de laquelle est peint un soleil humanoïde jaune avec des yeux une bouche et un nez, noirs, à l’intérieur du couvercle l’inscription Mexico. Côté fauteuil et ajusté au bord de la table un calendrier format A3 de l’année passée posé sur sa face imprimée, la feuille supérieure couverte de dessins, notes, tâches de café. Au centre, occupant presque un quart de la place, un ordinateur portable et son alimentation qui file vers l’arrière et passe sous la table, un casque audio branché à droite, derrière le tapis en mousse rond, noir et un peu usé sur le pourtour, sur lequel est posée une souris reliée par son câble USB, enchevêtrement de fils qu’il faut toujours démêler. Alignée au bord gauche de la table, une pile de différents cahiers, carnets, blocs, feuilles volantes, buvards, factures, ordonnances, listes et sur le dessus des documents à ranger ou classer, truc à payer, truc à remplir, truc à renvoyer, bien en vue, tellement qu’ils deviennent invisibles. Équilibre précaire de cette pile de formats différents et d’épaisseurs variables, régulièrement chaque élément est déplacé sur une nouvelle pile dans un ordre modifié mais qui conserve une hauteur identique. Sur la droite, dans le peu d’espace restant, des livres, un agenda papier avec une couverture bleue, un téléphone avec des écouteurs toujours prêts à rejoindre le méli-mélo des fils, trois flacons d’huiles essentielles et une tasse à café blanche avec des poules dessinées tout autour.

5 La question du nom
Le nom pour écrire, le pseudonyme ou pas, on se cache, on se dévoile, quand, pour qui…

A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

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