#chroniques #00 | Les compagnons de la peur

Compagnons de la peur, René Magritte, 1942.

1| Pourquoi des chouettes pour dire la peur ?

Parce que l’œil rond qui vous regarde transperce le monde.

2 | Coup de vent dans le grand laurier rose et les feuilles jaunes qui tombent, déjà.

Image sur les réseaux sociaux : le parking souterrain d’un lycée de Rueil-Malmaison, nouveau centre d’examen. Commentaires : « une scène à peine croyable », « déclenchement du mode survie ». Fake news ?

La même image, avec la source : Le Parisien. C’est la réalité.

L’homme qui ne répond jamais et voit le monde tourbillonner autour de lui. Et penser à être seule, moi aussi, sur la colline.

Coup de chaud, coup de peur, brûlure du fils, au troisième degré ? Couper la chaleur, couper la peur.

Nuit qui tombe, enfin. Mais la chouette ne sortira pas. Dans la moiteur du soir, les proies se terrent.

3 | Je n’aurais jamais choisi des chouettes comme compagnons de la peur. Pourtant il suffit d’un surgissement incongru du sol, comme une plante, pour faire d’une chouette un masque de peur. Et si on ajoute à ce détournement du vivant, à cette étrangeté originelle, la même couleur brun sombre, alors c’est la plante elle-même qui devient la chouette. Ou plume d’écriture quand on voit au fond la chaîne de montagnes grises et les traînées roses du ciel qu’on connaît comme l’indice de l’aube.

4 | Que dit Médée de la peur ?

Pourquoi cette peur ? C’est ça l’amour ? J’ai peur de mon père également. Je décide de protéger Jason de cette terre qui ne lui laissera aucune chance. Je choisis l’étranger ; je suis déjà prête à partir avec lui à l’autre bout du monde. Mon père est cruel, ma terre est barbare. Je n’ai plus peur. Je veux Jason. Il me dit : je veux l’or. J’ai tout risqué, j’ai trahi mon père. Il a eu l’or, le trésor de la Colchide, cette fameuse toison qu’il convoitait. Alors il a fallu partir. Il a parlé de montagnes qui se choquent au milieu des eaux, de grands dangers. J’ai dit qu’accrochée à sa poitrine je ne craignais rien et que je connaissais bien les dangers du Pont Euxin. Je ne les craignais pas. J’étais chez moi, j’avais Hécate pour me protéger.

A propos de Olivia Scélo

Enseignante. Bordeaux. À la recherche d'une gymnastique régulière d'écriture.

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