1| Du monde
Un monde qui pèse parfois pour rappeler quelques instants la légèreté terrible des moments volés au reste.
2| Le réel
Le carrefour fait se croiser deux rues résidentielles ; la rue principale est parallèle à l’une d’elles ; les voitures sortent des garages souterrains ou en surface pour bifurquer à ce carrefour et atteindre la rue principale ; l’une des rues barre une autre bien plus longue ; la longueur de la rue donne à chaque voiture qui passe un momentum qui met le piéton en alerte ; d’autant plus que la rue longue est à sens unique ; la rue qui barre elle est à double sens mais elle reste étroite ; pas de feu rouge à ce carrefour ; seulement un stop ; toutes les voitures s’arrêtent mais mangent le blanc du marquage au sol car sans cela elles ne verraient pas les voitures qui viennent de la gauche cachées par l’angle de l’immeuble et la haute haie ; quatre passages piétons qui forment et informent le carrefour ; c’est un carrefour à piétons ; la rue continue longuement ; l’autre est barrée temporairement ; déviation ; ils rénovent la chaussée ; avec la canicule ils ne travaillent que le matin alors ce matin ils sont tous là à rénover la chaussée ; ils commencent manifestement par l’embouchure droite du carrefour ; l’embouchure qui débouche sur la rue principale ; pour rénover ils ont sorti une pelleteuse qui racle le sol ; bruit de raclement ; ils n’empêchent pas les piétons de passer mais les piétons se retrouvent au pied des griffes de la machine ; les voitures s’arrêtent et s’avancent mais contrairement à d’habitude elles continuent leur chemin tout droit ; elles ne bifurquent plus à droite.
3| Écrire avec Clarice Lispector
La première insomnie de 1h30 du matin. J’ai les yeux ouverts et je sens dans ma tête un mélange de brume et d’agitation. Je tourne la tête et je la vois qui dort sur le côté tournée vers moi mais ses yeux sont fermés. Il y a moins de lumière à cette heure là dans l’appartement car tous les voisins ont éteint leur lumière, il n’y a plus que la lumière du réverbère dehors qui vient jusqu’ici car on laisse la fenêtre du salon grande ouverte et toutes les portes aussi en plein été caniculaire. Je ferme les yeux et je me concentre sur ma respiration. Je suis fatigué. Je veux m’endormir. Je peux me détendre. La répétition dans ma tête tourne en berceuse. J’oublie ce que je suis en train de faire, essayer de trouver le sommeil, mon cerveau fourmille d’idées. Demain il faudra que je. Retour sur ma respiration. Deuxième insomnie de ma nuit à 4h du matin comme l’indique l’écran de mon portable. Je fais écran de mon corps entre la lumière de l’écran et elle qui dort sur le côté. Mes écouteurs sur les oreilles, je suis à demi assis sur le lit, à demi couché. Il ne faut pas rire ça pourrait la réveiller. Il fait trop chaud alors je me lève pour ouvrir une fenêtre, une porte, mais elles sont toutes ouvertes, nous les avions bien toutes ouvertes avant la nuit. Nous avons oublié de mettre la prise insecticide, je me disais bien que je n’en sentais pas l’odeur. Il est bientôt 6h.
4| De soi-même et d’écrire
Parfois j’oublie la date de mon anniversaire. Je pense souvent à la mort prochaine de mes proches. J’aime le ton tragique et grandiloquent de Chateaubriand qui me rappelle l’adolescence. J’oublie que je suis anxieuse. Je me lève péniblement le matin sauf les jours où je n’ai pas le temps. Je ne fête plus Noël. Je me demande si fêter son anniversaire est une pratique infantile et égocentrique. Je revendique l’expression de l’appréciation. J’ai l’impression de toujours faire les mêmes découvertes sur moi-même encore et encore. J’aime les gens qui sourient aux inconnus par gratuité de gentillesse. J’ai trois chemins de course à pied que j’alterne peu. Je ne lis pas pendant les vacances. Je n’ai pas d’enfants et je les adore. Je suis souvent fatiguée alors que je suis joyeuse. Les fleurs m’émerveillent par leur ingéniosité. J’ai souvent envie d’aller au cinéma mais je n’y vais jamais. Je vais toujours dans le même supermarché par familiarité et pour qu’un jour on me reconnaisse. Je ne m’occupe pas des plantes du balcon. J’habite Paris et ses environs depuis plus de dix ans maintenant, presque quinze en vérité. Je suis toujours tournée vers la fenêtre quand je travaille à ma table. Je me suis mise à la couture. Je suis plus familière avec la honte qu’avec la culpabilité mais peut-être que cette dernière me hante plus que l’autre. Je rêve beaucoup. Je chante sous la douche même quand je suis malheureuse. J’ai souvent le désir d’être parfaite et puis je me rappelle que ça ne m’intéresse pas.