1 | Du monde
Jean Giono Le chant du monde.
« Seul. Seul dans le temps, seul sur la terre. Mourir demain sans laisser de vide en personne. »
2 | Le réel, le réel, le réel, encore le réel
– 5h30. Fraîcheur presque vive. J’ai rêvé que je pleurais. Pourquoi pleurais-je dans mon rêve ?
– Yoga, le corps s’étale comme une crèpe sur le tapis.
– Thé vert. La tasse de Grèce est ébréchée.
– Merles et mésanges piaillent et pépient, corbeaux croassent, menaçants, surtout eux qu’on entend
– Ouvert au hasard sur le bureau du jour 4 3 2 1, longue phrase structurée fluidité maîtrise rythme art j’envie.
– Les bruits de la ville montent, pétarades au loin, moto sur le boulevard.
– A même le parquet, mouchoirs épars en papier froissés rabattus par le ventilateur force 3.
– La gorge pique, les yeux brûlent. Travaux chez le voisin du dessous.
– Etiqueter les pots de confitures d’abricot.
– « OXYRETHANE ne présente pas de risque nocif ou toxique pour les utilisateurs ou les occupants des bâtis. Il est ininflammable. » GOOGLE. Juste il empoisonne à petit feu.
– Pépiements des perruches vertes. Non, claquements secs de la gorge et du bec.
– Dilemme : fermer la fenêtre. Ou pas. L’odeur de l’oxyrethane monte. Insup.
– Smartphone. L’insoutenable algorythme du Monde m’explose à la gueule.
– M’éclate à la figure.
– Scène d’enfant n°1 de Schumann toujours sur le piano. Petite déchirure au coeur.
– Dans le hall, échange avec la dame qui fait le ménage dans la cité, jamais ne se plaint, toujours sourit. Hôtel social, ré-insertion, précarité. Qui pense à elle ?
– Whatsap @groupejardinpartagé : Le martinet de la canicule tombé comme une mouche la semaine passé s’est envolé au petit matin. Sauvetage.
– Crier l’injustice, dénoncer, s’engager, nommer, perdre ses plumes.
– Sms : « tu rentres quand ? »
– Riz complet dans le ricecooker et tomates d’antigaspi font l’affaire du déjeuner.
– Rentrer le chat, il fera la sieste avec moi.
3 | Écrire avec Clarice Lispector
MARCHER. NE JAMAIS. S ARRETER DE. MARCHER. NE JAMAIS. S ARRETER DE. femme libre
Je la reconnaîtrai parmi tant d’autre. Yeux fermés. Elle, m’aspire.
A première vue une courbe, un tracé. Plénitude du geste, esquisse volontaire du trait ample et généreux. Le regard est happé au fur (et à mesure) que le fil noir s’amincit au fin fonds de la toile.
Boucle sans fin.
Une nouvelle fois avalé, le regard s’enquille dans le tracé je le suis.
Giorgia est grande de taille, cheveux noirs puis grisonnants ramassés en un chignon sur la nuque, lèvres fines s’étirant en un léger sourire, regard solidement planté dévastant l’horizon. Elle conduit, elle bâtit, elle façonne, dans le désert mexicain qu’elle traverse incessamment de part et d’autre elle ramasse, le sable ocre, les carcasses de tête de chèvre, les couleurs vives, pâles, saturées flottantes, creusant traçant démontrant, pleinement vivante, merveilleusement nue à l’aube des années 20, effrontément libre. Je l envie, je l’aspire toute entière, nue avec elle j’emprunte la route serpentant parmi les collines bleus pastel sous un ciel jaune pâle, j’emprunte son regard fixe sur le point d’horizon, et quand le chemin palissant se courbe à l’assaut du ciel, gommant doucement son tracé dans la blancheur alentours, je m’écarte pour mieux y revenir, boucle sans fin.
Giorgia me tient par le fil de son pinceau-pensée, m’englobe toute entière. Je me sens petite elle, m’étire, je me sens longue elle, me remplit.
Je la reconnaîtrai parmi tant d’autre. Yeux fermés. Elle, m’aspire.
4 | De soi-même, et d’écrire
Bureau nomade.
Mon bureau est nomade. Se posant au grè de la place disponible, tantôt sur une table, tantôt sur le lit, tantôt sur le canapé, ordinateur portable sur les genoux.
Parfois il migre, en bibliothèque, entourée d’étagères bondées, ou encore au café, sur un coin de table, face au monde.
Où qu’il soit, les livres y grouillent, sur les étagères, les chaises, le sol, empilés, entassés, parfois rangés et parfois même, classés. A mes côtés mes cahiers, celui pour l’écriture, l’autre pour les notes diverses et variées, le dernier pour le travail, tous trois empilés. Sans oublier la petite trouse offerte il y a des années, comprenant immuablement deux stylo-plume, un bout de gomme, un taille-crayon, un crayon de papier, trois cartouches d’encre. Et un quartz rose. Cadeau.
Là, de suite, installée sur la table ronde en bois de l’arrière grand-père aiguilleur, l’ordinateur portable allumé, entourée de mes petites affaires du moment : le programme du dernier spectacle de danse de Shechter, éparpillées à ma gauche des cartes postales d’expositions, aujourd’hui Okeefe, Matisse, Richier, à ma droite une tasse de thé à moitié pleine et non loin, à portée de main, deux piles de livre, les miens, sur le dessus un livre emprunté à ma fille, qui a l’air tellement bien, et à côté ceux de mon fils, Damasio en tête.
Est-ce que j’y écris ? Pas sûr. C’est en marchant que
Demain de nouveau je migrerai. Mon ordinateur portable, mes cahiers, ma trousse, un, deux, ou trois livres, et mes petites affaires du moment. Oie sauvage.
5 | À vous la cantonade!
Au départ d’un son : sonnerie du tel, sonnette d’entrée, sonnette de vélo, alarme de réveil, note d’un piano, des pas, grincement de frein, battement du coeur, chant d’un oiseau… Juste : un son.
Ecoutez-le, fermez les yeux, puis poursuivez l’entrée qu’il vous offre en matière d’écriture. Que se passe-t-il ? Que déclenche ce son ? Souvenir, réminiscence, image, scène, répétition, rêve, associations…
Une référence : à venir…