1 # Malgré tous ses tyrans, le monde avance.
2 # P. se retrouve dans une maison d’aide. Ils sont 4 patients. Plusieurs psychologues, une psychiatre, des infirmières. P. est là pour 1 ou 2 mois. En banlieue. Comme d’habitude on lui montre sa chambre, il pose ses affaires et on lui explique comment fonctionne cette maison thérapeutique. Les courses, la cuisine, la vaisselle doivent être fait par les pensionnaires. On parle avec les psychologues. Les chambres sont d’une personne. Un lit moyen, 2 placards, un lavabo. Le week-end ils rentrent chez eux. « Tu crois en la télépathie ? » lui dit l’un. « Non ». « Vivre c’est créer ! On a mangé à la zob ! » Il avait quelques bonnes sorties. L’autre est jeune la vingtaine il est déjà un petit caïd. Lui il se tait. Il aime déjeuner seul avec D. Un gars de Savoie. Il a une voiture, il a travaillé sur les autoroutes. Il aime se retrouver vers 6h dans le silence à partager des céréales. Ils seront collègues ce temps-là. D. est petit, brun, plutôt beau. Je l’ai revu je travaillais à la bibliothèque, je lui ai dit de prendre sa carte, il boit un café, lit Nathalie Nothomb. Il est à l’hôpital de jour. Ils sont tous les deux en santé moyenne. Mais stabilisés. Maintenant il ne peut fréquenter aucun hôpitaux, cinémas ou bien bibliothèques. Avec une jeune arabe il mange halal. Il n’aime pas halal. Non ça n’a pas le même goût. Le vendredi on a le droit à une pizza. Le soir on joue on chante. Tous les soirs il descend voir le psychologue de garde. Il aurait voulu travailler dans le sport.
Après dans la même institution de santé mentale, je vais à l’hôpital à domicile. Il y a les infirmières comme d’habitude. Elle me dit « vous êtes entre la vie et la mort ». Elle me sauve la vie quasiment, je leurs apporte des fleurs, j’envoie une carte du Sud, je rapporte de l’eau de lavande. Pour elles. Car elles donnent de leur mieux, mais ne peuvent rien faire. La Docteure, le psychologue intéressant. Mme R. me dit d’arrêter le travail. Le rêve je suis dans un lit qui n’a pas de pied il y a des grosses mûres, et M. est sur moi, le cardiologue me dit de me faire opérer. Il y a les impatiences, les tensions musculaires ou bien l’inverse les muscles tout mous. Les voix, le bruit extérieur, la culpabilité. La solitude. La peur de la chute. Je fais des dessins de fleurs ; c’est la coupe du monde de football et la France a gagné ! Après la frappe de Benjamin Pavard. Nous sommes indestructibles. Le foot comme jeu, on se met à supporter le club de sa ville. Nostra storia sempre rosso e blù, le club de Bologne, mes copains, collègues. Oublier que j’ai 47 ans cette année. Donc je fais des dessins Francis Cabrel et PJ Harvey. J’ai comme une amertume. Un soleil, le maillot de Griezmann n°7, des étoiles.
3 # Les amours toujours déçus. Mon amour tant de temps sans te parler. Comme mort j’étais, tant d’années sans que je puisse te dire et recevoir un « Je te comprends ». Tu n’as pas de nom, ou plusieurs ou un seul qui te fait si belle à mes yeux. Je dors peu car j’attends ton doux baiser, tes yeux sur mon épaule, tes seins contre ma poitrine, tes jambes enlaçant les miennes. L’amour, une embrassade. Tu n’as pas de nom, plusieurs visages, le courage et l’espoir. Tu es ma vie, ma faim, ma sœur. Où es-tu Benjamine, tu me manques, tu me mentais rarement. Es-tu tombé dans cette ville, à force de courir. Je cours parfois après un ballon, je jongle, je drible, je pense à Manchester United où brillait Cantona. Peu importe la couleur sur le terrain mais ce foutu ballon. Cantona, la Guinness, Dieu et le Pape. Lui qui tombait des pintes alors que je buvais des demis de bière. Leur amour, ma jalousie de leur belle maison, de leur tranquillité puis les voir se séparer, s’engueuler, s’attrister, être même triste, heureux qu’ils se réconcilient. Le Raï qui sort de la voiture et son sourire. J’essaye d’arrêter la cigarette, je mange des chewing-gums à la Nicotine, j’arrête la télévision. Et toi, brune, rousse, blonde, châtain comme Benjamine, nez fin, et toi, haut noir, lunette noire, pourquoi tu pleures ? Tu cherches quelqu’un, l’humidité des plantes sous la serre, tu te rappelles Clermont-Ferrand où tu as fait un peu d’horticulture. Quant à moi je pense à ses jambes. Je cours parfois, maintenant je marche dans le Grand Parc de Lyon, pour oublier sa certitude, son amant, ses amours, ses histoires, son père, sa mère, son cœur simplement. J’ai un baiser sur une lettre, j’avais les encouragements sur mes bulletins scolaires. Je n’ai jamais vraiment appris mes leçons. J’ai des médicaments pour me calmer, le café, la promenade. Je cours, parfois en pensant à toi. Tu es près des fleurs, mais tu dois les voir sombres. Et cette allure qui ne doute de rien. Tes yeux noirs m’embrassent. Ce noir tracé autour de tes yeux, ce bleu de ce même regard ne demandant rien, cette insulte au ciel. Ne jure pas, ne jure pas. Je te jure, Benja, prends ce livre, la poésie de Boris Vian, ton chéri, prends tes jambes et le reste et cesse de t’assommer à la came, fais ce que tu peux, sauve-toi de ce mauvais rôle, cette pièce sombre, ces murs étriqués. Cesse ce qui ne t’appartient pas. Veste noire, lunettes noires, les fleurs doivent être sombres, vitre, fer. Je suis allé jusqu’en bas de chez elle, comme j’en ai l’habitude, j’ai cherché son nom en vain.
Merci Pierre pour ce texte ancré qui donne à voir à ressentir. Un récit de vie dont l’espace intérieur se fait facilement sentir. Au plaisir de lire la suite.