Je ne sais pas par quel bout le prendre, il faudrait raconter une histoire qu’on ne m’a jamais racontée, une belle histoire qui s’est déroulée sans mots dire, je suis certainement le premier à avoir idée de lui donner ces, ses mots parce que je vais bientôt mourir et que je n’ai pas d’enfant, ce serait mon tribut à cette lignée d’hommes que j’ai l’illusion d’arrêter comme si le monde venu jusqu’à moi allait s’arrêter avec moi, comme si le récit de ma culpabilité était rédempteur. Les personnages sont là, celui par qui tout a commencé, le mythe puis le navigateur chargé (au sens propre) du mythe, puis le gamin sur la photo puis puis puis, de quoi seulement faire une histoire jamais racontée, c’est insuffisant pour me lancer sur le premier mot. La rendre puissante, c’est moi c’est dire je dans chaque personnage, dans chaque lieu dans chaque mot, dans toute mort. Eux ce serait moi ? Dans quel coin d’un théâtre à mémoire attendez vous le marionnettiste ventriloque qui tirera vos fils ? Ça ne marchera que si je suis vous, si je est vous, si je est nous, plus que ça, vous que je viens de découvrir, morte en tentant de donner vie à l’enfant d’un homme qui ne vous tenait même pas la main, dont on ne m’a jamais rien dit et qui, pourtant, a tant, de loin, orienté ma vie. G. vous l’homme en question usurpateur du mythe, navigateur au long cours de vos rêves effondrés, vous vous êtes suicidé.
Et V. dit qu’on décidait pour elle, études, mariage, je n’ai rien décidé, dans la trace des parents, dans la trace d’un mari, dans la trace des mutations de son père. — Tu sais à cet âge c’est pour tout le monde pareil, on sait pas trop alors on suit. — Oui mais mon avortement ça a été pareil c’est même pas moi qui l’ai décidé et ça, cette tragédie aussi pour faire plaisir, je ne sais même plus à qui, l’ai je jamais su, mais pas à moi. Et ça je viens de m’en rendre compte, plus de cinquante ans après, en écrivant ma vie. Dire je.