1
Dans quel monde je veux vivre?
Je veux vivre dans un monde sans jalousie, sans amant
Et où les pessimistes sont contents
Je veux vivre dans un monde sans papier et où mon foie
Arrête de pleurer
Je veux vivre dans un monde sans pilule
Et où les riches et les pauvres n’existent plus
Je veux vivre dans un monde
Où les chiens embrassent les chats
Et où ils dansent, ils dansent une rumba
Je veux vivre dans un monde
Où les malheureux sont heureux
Je veux vivre dans un monde
Où Dieu il est amoureux
Je veux vivre dans un monde
Sans chichis et où les cons font pas de bruits
Je veux voler très haut, libre comme un poisson dans l’eau
Et dans ma bouche, pas de mots
Je veux vivre dans un monde sans cholestérol
Avec une overdose de rock’n’roll
Je veux vivre dans un monde
Où on ne doit pas chercher
Chercher la beauté, chercher la vérité
Arno
2
Elle part en ville sur un petit vélo, il est six heures.
La circulation est déjà dense sur la deux voies.
Les oiseaux continuent de chanter, la chaleur les arrêtera.
Ils chantent toujours juste, c’est un mystère.
Saleté de moustique.
L’eau fraîche me lave de la nuit.
Un chien aboie, les oiseaux se sont tu, dommage.
Je réécoute ce morceau pour la trentième fois, à reprendre.
Toute ma vie, j’envierai le gamin qui fonce sur sa petite cylindrée ou son scooter ; c’est tellement bon: la vitesse, le bruit, le regard des autres et disparaître ; quelle chance il a.
Une femme en short en jean, tee-shirt bleu ciel, lunette de soleil, il fait chaud.
Il attend devant la porte de mon bureau, haletant, peu importe la promenade passée, l’heure c’est l’heure. Les chiens devraient être appelés âne, celui qui a distribué les noms s’est trompé lourdement.
L’odeur de la paille séchant au soleil doit être à l’origine de bien des vocations d’agriculteurs.
Un hélicoptère vert passe dans le bleu du ciel.
La climatisation à des avantages, il fait frais dans grands frais.
La boîte à outils du plombier sur le palier, ça pourrait faire le début d’un mauvais film.
Quand une petite fille de dix-huit mois tend un boudoir à un gros berger allemand, ça donne quoi ? Moins un boudoir.
Le noir rend une pièce beaucoup moins accueillante, comme quoi la mode est mystérieuse.
Je veux retrouver l’énergie de mes dix-huit mois.
3
Me remémorer une œuvre à laquelle je reviens toujours, qu’est-ce qu’elle met en mouvement en moi.
La nuit étoilée sur le Rhône de Vincent Van-Gogh, j’entends quelquefois : on l’a trop vu ou il est devenu un peintre de carte postale, d’autres pour paraître intelligents nous expliquent que c’est un mauvais peintre ; je plains les aveugles. Face à ce tableau, je revis l’émerveillement des nuits d’été de mon enfance, un mélange détonnant d’inquiétude et de sidérations devant le monde, cet émerveillement je ne pouvais le vivre que parce que mes proches étaient là, près de moi, petit garçon perdu dans une foule d’inconnu, ils étaient mes repères, mes gardiens. Alors les yeux grand ouverts je pouvais voir les étoiles jaune des lampadaires qui se reflétaient dans le canal, les lumières de la ville située de l’autre côté de la baie briller sur la mer, le jaune et le blanc irisant la crête des vagues, la nuit qui plongeait dans l’eau salée, tous ces bleus et ces noirs qui se mêlaient et m’offraient une infinie variété de nuance ; c’est une merveilleuse sensation d’être face à l’inconnu, à la nuit noire, à la beauté inconnue et de ne rien craindre. Je crois que l’on espère tous au dernier jour de notre existence trouver cette paix intérieure. Ce tableau m’apaise.
4
Mon atelier d’artiste cette semaine ?
J’ai volontairement élargi le champ des possibles, je pratique plusieurs activités et elles cohabitent sur mon bureau et écrire sur une pratique ou une autre c’est écrire. Alors cette semaine, j’ai devant moi un carnet format A5 noire assez épais, j’avais écrit pendant plusieurs mois tous les jours, je noircissais trois pages, j’ai arrêté, alors je l’ai repris la semaine dernière, autant l’utiliser, j’y ai écrit quelques paroles, quelques grilles d’accords, quelques idées qui passent pour un texte, ici je note du tout venant, du volatile, du provisoire. Bien sûr sur mon bureau il y a une photo personnelle (c’est-à-dire une photo qui me touche), une horloge électronique, deux petites enceintes noires et rondes, un plumier vert et jaune en carton que ma file avait réalisé à l’école primaire, il est couvert de deux soleils jaunes, d’un arc-en-ciel, bleu foncé, rouge et jaune, et d’une multitude de points blancs, le tout est posé sur un vert gazon; une version ensoleillée de la nuit étoilée, il y aussi quelques livres technique, un mètre ruban, deux étuis à lunettes contenant mes anciennes paires, un agenda noir où je note mes rendez-vous et mes objectifs de la semaine, et un autre carnet noir, celui-ci est au format A4, assez souple, il me suit partout, sur ces pages se mélangent sans aucune logique mes pratiques, dans celui-ci je note ce que je veux conserver, du permanent, des références, des outils, du solide, du à faire, alors une grille d’accords suit une composition de tableau que j’ai notée, elle-même est précédée du titre d’un livre à lire, ou d’une citation relevée, une idée de nouvelle, je m’y retrouve et il me sert. J’imagine qu’un bon élève aurait fait trois carnets, j’ai essayé, ce n’est pas pour moi, je n’ai qu’un cerveau et il ressemble étrangement à une plâtrée de pâtes bolognaises emmêlées et mêlées à quelques morceaux de viande cuite enveloppés de sauce tomate, alors autant que mon carnet lui ressemble, c’est d’une logique imparable. Pour cette rubrique, je me concentrerai dans les prochaines semaines sur une seule activité, donc je déplacerai mon point de vue sur la production en cours et aux joies et aux difficultés rencontrées pour la réaliser.
merci d’ouvrir le bal, ça va m’aider grandement !
Bonsoir Laurent,
On y est dans ce prologue, je les lis à rebrousse temps de publication et j’arrive ici en fin, et c’est toujours un début ! Avec ces deux enfants, la petite au boudoir, et l’âme sensible de huit ans qui sait qu’à planter ses racines on ira partout, me voilà prête à te suivre de semaine en semaine sur tes chemins sans chichi, sans chercher,
Cat
Merci Laurent de nous inviter dans ton univers avec ce Prologue.
Arno, quelle âme sensible c’était, celui-là !
« c’est une merveilleuse sensation d’être face à l’inconnu, à la nuit noire, à la beauté inconnue et de ne rien craindre. » Ce tableau t’apaise et c’est cela l’essentiel, carte postale ou pas. Quant au carnet souple A4, j’aime beaucoup ! C’est le reflet d’un esprit foisonnant, au moins, comme ça on n’oublie rien. Je devrais m’en prendre un…
Merci Laurent, de m’avoir fait sourire avec le texte de Arno, de m’avoir entraînée dans tes images, tes odeurs, tes couleurs, tes mouvements. Ce tout plein de ça qui donne de la vie à tes textes. Ce gamin qui fonce sur sa cylindrée. L’odeur de la paille. La boîte à outils du plombier sur le pallier, le lien familial gamin, ta manière de décrire ton atelier d’artiste. Superbe !
« Quand une petite fille de dix-huit mois tend un boudoir à un gros berger allemand, ça donne quoi ? Moins un boudoir. »
L’art du suspens…
Et ce carnet aux pâtes bologneses, hâte de découvrir ces bouts de viande !
*ses
Un seul carnet : de l’avantage de créer un fil rouge entre les diverses pratiques, de les faire s’entrecroiser, c’est de leur cohabitation que naît parfois un idée, une « inspiration »