#L5 pour la litanie des noms pour un monde qui vacille par grossissement ou ellipse avec la sidération des blancs

De là il ne voit pas qu’ils se tiennent assis sur des pierres, des caisses, des pneus ou simplement accroupis culs calés aux talons. Il ne voit pas comme la terre brille du verre pilé de l’ancienne décharge. Les bêtes un temps c’est là qu’on les parquaient. L’herbe s’arrangeait du métal et du verre, des mares de cambouis, des charniers de rats — peut-être même qu’elle aimait ça comme relever un défi, l’herbe. Elle éprouvait sa force. Et puis un jour les bêtes et les hommes qui les menaient haut dans les montagnes ont disparu. Et la décharge avec eux.  « Tu regardes les ailes de la mouche. Tu n’entends pas leur chant.» Ni la mer. « Guttural. » Et la mer est un lac. Indifférente. La mouche dans le trou creusé au cutter elle se débat — un trou creusé par ennui — elle s’épuise. Creuser un trou pas plus grand que le poing dans le plâtre d’un abribus : un repli d’araignée, une fosse à mouche. Aller de plus en plus profond avec la lame. Gratter. Et ce grincement de craie. Il voit les ailes diaprées de la mouche ;  il sait quelle va mourir. Il ne voit pas Omiliana, pas la mer. Ni  DJidjo, ni Sima, ni Yana  les filles d’Omiliana, elles il ne les voient pas : ni Luana celle qui n’a jamais parlé. Une langue atrophiée qui parle en dedans, qui a vu, qui sait. Ni Lisa qu’on a mariée deux fois. Ni Latika, ni Lunla, ni Juno les toutes rousses filles d’une «  qu’on dit morte ». Ni la vieille Balo qui lit dans les étoiles, ni Kaissy avec ses cheveux comme de la laine bouillie, venue un jour par le nord, qui avait faim et froid « qu’on ne sait pas vraiment d’où elle vient » et sur sa paupière ce trait de suie. Ni la grande Nira, ni Nania sa jumelle dépareillée et leurs petits par paires à la mamelle. Il voit la mouche. Les ailes  diaprées — être dans un autre corps ça lui traverse l’esprit. Ni le chien jaune mangé de tiques ; s’il vient trop près c’est avec le talon qu’elles frappent et parfois elles  caressent. Ni  Ordan immobile comme un sac de linge la tête butée dans les épaules. Il ne voit pas Yanko, ni Sean, ni Ruben, ni Timo tous frères, ni Joni, Jal, Viktor, Zanko,  Zoltan, Vedel, Cristi, Chavo, leurs fils, ni Babik avec ses jambes repliées sous lui  dans la brouette. Il ne voit que la mouche  ….

voix
est là moi r’garde – moi là – est là  là là  là moi là – moi – froid moi pas mouche – faim moi – faim – moi veux nono là pas beau veux nono veux – pas beau là – pas moi là – mouche pas – veux nono veux  mania veux pas froid veux pas mouche veux  bras veux  veux bras veux bras veux moi pas mouche veux mania nono mania veux pas mouche faim moi veux nono peur moi peur moi peur moi froid moi pas là veux pas mouche là moi cours…

A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

8 commentaires à propos de “#L5 pour la litanie des noms pour un monde qui vacille par grossissement ou ellipse avec la sidération des blancs”

  1. Alors que par ici ça se noie, ça patauge, relire L5, farfouiller L4, naviguer dans tes archipels c’est beau, une grande poésie s’en dégage, une source d’inspiration et le style qui se fait rythme et tambour, vraiment réussi et pour toi, une veine pour la suite, plus besoin d’explications, ou descriptions, – écrire ce serait ça – merci merci,

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