LA PAIRE DE LUNETTES

Jour/1

Lu- net- voir- vue- branche- verre- proche- loin- temps- flou

Paire de lunette en perspective cavalière

Artefact — Objet qui se pose sur le nez et qui embrasse le regard jusqu’aux oreilles, à califourchon sur le nez s’attache aux oreilles — Sans oreilles et sans nez point de lunettes ? Sans odorat et sans ouïe on est pourtant déjà bien embarrassé . Il y a toujours le face à main ou les verres de contact —

Corps de l’objet — composé de verres soutenus par une monture pourvue de branches il faut noter aussi le pont qui relie un verre à l’autre et le nez ce creux ajusté à l’arrête nasale qu’il chevauche 

Verre — substance solide transparente et cassante obtenue par la fusion d’un sable siliceux avec du carbonate de sodium ou de potassium. Verre d’optique: verre caractérisé par sa parfaite transparence, son homogénéité chimique et son absence de tensions interne ( les tensions internes ce ne sont pas les verres qui les portent).  Verres de lunettes, verres optiques enchâssés dans une monture de lunettes destinée à corriger la vue 

Monture — action d’assembler les diverses parties d’un objet. Armature qui peut soit donner à un objet sa forme soit en délimiter le contour et assurer l’assemblage de ses diverses parties. On les choisit les plus légères possible et, comme la paire de lunettes habille aussi le regard, il arrive qu’on sacrifie le poids à la beauté

Branche — partie d’un objet disposée d’un côté et de l’autre d’un élément central branches de lunettes. Au XIII siècle en Italie apparaissent les premières bésicles, lunettes sans branches qui se posent sur le nez — les oreilles n’étaient pas nécessaires. Utiles pour la vison rapprochée on posait sans doute ses bésicles pour scruter la forêts aux embranchements complexes

Jour/2

Verres optiques. Verres correcteurs de vison enchâssés dans la monture d’une paire de lunettes. Une correction invisible à l’œil nu, même avec des lunettes. Dans la transparence du verre il y a de l’invisible qui rend visible — le fruit est dans le verre. Difficile de deviner du dehors le déficit visuel d’un porteur de lunettes. À l’épaisseur du verre on le suppose très grand. L’œil apparait énorme derrière le verre, des yeux comme vus à travers une loupe et parfois dédoublés. Il y a des lunettes de tout âge. Des tout petits à lunettes. Des qui portent lunettes pour la vie. Il y a la paire de lunettes qui augure le glissement dans l‘opaque.  La presbytie court les rues. Les coureurs ôtent souvent leurs lunettes mais à lire en courant nul presbyte n’est tenu. Pour d’autres c’est le flou. L’évasion floue. La nuit dans le noir de la chambre les yeux et les lunettes se reposent. On les cherche parfois à tâtons sur la table de nuit — les paires de lunettes pas les yeux. Un dérapage inopiné de la main et c’est la chute. Il faudra retrouver la paire de lunettes à l’aveugle. La paire de lunettes est parfois de monture si légère, impondérables (loin le temps des montures en bois ), comme un prolongement de soi avec des carreaux d’eau claire, si légère qu’on peut soudain la chercher partout sauf sur le bout de son nez. 

Jour/3

Quelques semaines après sa mort  il fallut se rendre à l’évidence on ne pourrait pas tout garder. Cette robe, ces chapeaux, ces souliers, vêtements de nuits ou manteau d’hiver il faudrait les donner.  Une bague, un collier, pour Jeanne et pour Marie. Un bracelet d’or, tu le portes à présent. La paire de lunette, une monture transparente d’une teinte légèrement rosée, assez vilaine et sans doute peu couteuse, avec une chaine dorée pour la porter autour du cou elle l’a portée jusqu’au bout. Elle lisait beaucoup. Cette paire de lunette elle la portait le matin où elle mourut. Elle lisait guerre et paix. Cette paire tu l’avais chaussée juste après lui avoir fermé les yeux. Tu n’y avais vu que du flou. Pensais tu attraper au vol le secret d’un regard, pensais tu la retrouver dans le carreau de ses verres?  

Jour/4

La paire de lunette posée au bord du lit ou sur la table de nuit. Branches ouvertes elle embrasse une absence. Un corps invisible flotte autour de la paire de lunettes. Une vue fantôme flotte à l’horizon des verres. 

Jour/5

Quand il deviendrait impossible de s’exercer à l’autoportrait sans lunettes.  Quand il faudrait chercher l’étonnement d’une pupille derrière un verre embué.

A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

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