#40jours #01 | L’œil malade

Une tâche dans un œil, vascularisé, un œil vert dans un visage crispé, un voile entre, la tâche n’appartient pas au corps, elle s’est invitée, de force, avec elle le corps tendu à peur, parce que la mort rôde, un corps sur un lit pénombre allongé, l’œil à mal de lumière, le corps recroqueville et s’enfonce dans la couette, la housse rouge sent bon, le lit accueille la maladie, le sol n’est pas droit, bricolage de pied pour le tenir entier, le sol de l’étage penche, chambre, cuisine, salon tout à la fois, anciennement pour les bonnes, relayées au dernier étage, l’ascenseur n’y va pas, le luxe d’une salle de bain, sous les toits, il ne fait pas encore trop chaud dans l’appartement prêté par les amis qui aiment alors partagent pour les amis qui chagrin besoin. Un étage vide en chantier réhabilite des pièces abandons pour les louer, chères, un immeuble quartier chic, avec gardienne au rez-de-chaussée. Un immeuble dans un arrondissement boursier, un arrondissement de la capitale accueille l’œil malade pour sauter dans un autre contre bon soin. La ville est libre, la ville est pleine, la ville est bruyante et belle, la ville profite des passants pour quémander à manger, alors le corps mange et le corps a mal de voir que toujours des gens dehors ne mange pas ni ne dorme à l’abri, la ville est belle mais triste de ne pas pousser ses bras suffisamment pour tout le monde. De la ville le train poursuit sa quête et emmène loin, loin à la maison, dans le même pays mais traversant, le train dit la vue est belle mais elle est flou, elle veut rentrer. Le corps cherche les petits soleils, le corps cherche le beau, il traverse les villes et les départements puis les régions. Le train part de là où est né le corps pour retourner là où il choisit de vivre, pas encore mourir même si les étoiles tapissent de lumière, pas prêt, il dit non.

2 commentaires à propos de “#40jours #01 | L’œil malade”

  1. Bonjour Jen,
    quand la douleur distend le réel, et que vous en faite une langue nouvelle, qui elle aussi se tord, les focales se mêlent et l’éloignement exacerbe,
    encore une nouvelle façon d’envisager les visions arrières,
    bonne suite,
    Cat