Ma foule flottante

Les grand.e.s, les petit.e.s, les blond.e.s, les brun.es, les balayées et colorées. Il y a ceux au dentier pub dentifrice et ceux un peu édentés pub tabac roulé. Les robes courtes, les tee-shirts dégoulinés, les pantalons transparents avec strings colorés, les chaussures savates ou haut-perchées. Tous s’activent à tenter d’éliminer les calories ingurgitées aux buffets à volonté. Ils marchent, marchent, allure de randonneurs, marche nordique bâtons tapant le rythme. Il y a ceux de 11 h, les lèves-tard, les petits-déjeunent-tard, les actives-tard. Il y a les bien bedonnants ventre en avant qui voudraient retrouver leur 20 ans. Il y a l’air dégingandé bras ballants, je fais comme tout le monde mais je serais mieux allongé. Le je regarde ma montre j’en ai assez. Il y a l’allure baskets neuves et nike-air d’hier, avec le tee-shirt escale j’y suis allé. Il y a les phrases assassines, les mon chéri par ci et les ma chérie par là qui mangent sans parole ajoutée les fruits frais, les yaourts 0% et le pain grillé. Autour de moi j’entends vivre ce monde, la musique, Eros Ramazzoti, Elton John et d’autres encore, des femmes à la voix grave, et le bruit cristallin des verres posés sur les tables d’un grand bar. Un homme en bleu, les yeux bleus et l’âge bleue marche, marche. Il y a tant de gens que je n’ai pas encore vus dans cette foule flottante. Ce matin juste quelques nuages blancs pour souligner la clarté du ciel. Voilà le commandant, lunettes de soleil, cellulaire collé à l’oreille il suit la ronde des marcheurs en parlant. Il doit avoir peut-être 50 ans. Il a vraiment l’air rassurant avec ses cheveux grisonnants assortis à une petite barbe dynamique. Il a une bonne démarche de marin les pieds chaloupés légèrement écartés, secret anti-nausée. Les photographes préparent leurs objectifs, leurs colombines et leurs pizzas en plastique coloré pour des photos souvenirs. Le bibliothécaire fume. Sur les ponts les peintres entament leur ballet quadrille peinture grise pour les frises. Un homme frotte les sols avec un balai espagnol. Les marcheurs passent et repassent dans un sens, dans l’autre. Assis dans un petit salon un bel italien au pantalon vert est seul, sans la femme aux semelles de chaussures vertes. Il remue les lèvres, il se parle en français dictionnaire tenu à deux mains. La propriétaire des chaussures aux semelles vertes est française. L’homme bleu, tee-shirt bleu, âge bleue marche encore, le tee-shirt tout transpiré. Il a laissé sa femme dans sa cabine, elle a le mal de mer, et lui il marche, il marche. Hollande marche aussi ventre enveloppé dans un tee-shirt orange il a le sourire dentier figé et bras balanciers. Sur ce bateau tous l’appellent Hollande. Il est partout au Casino, à la danse de salon, aux fêtes de minuit, aux soirées. Il y a aussi l’homme momie, enveloppé de draps de bain sortie de hammam, il court, il court ! Jacques a 80 ans, il est grand, charmant-nonchalant, il écoute Simon and Garfunkel « The sound of silence », il me met ses écouteurs sur les oreilles. Geneviève 70 ans fait des mots croisés sur sa tablette. Les peintres ont repris leurs seaux, leurs escabeaux, leurs pinceaux. En combinaison bleu marine, harnais pour ne pas tomber, ils passent du blanc immaculé sur les coques des chaloupes pendues au plafond du pont 3, circuit préféré des randonneurs. L’activité de la bibliothèque est dense, il y a l’espace multi-médias pour les connexions internet et les permanences pour les livres. Le bibliothécaire fumeur un peu cool est remplacé par une italienne qui mène l’affaire de façon autoritaire et n’autorise qu’un livre par personne. C’est la règle que le bibliothécaire fumeur un peu cool ne savait pas imposer. Elle est obligée d’élever la voix pour se faire entendre.

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