PETIT ANIMAL HUMAIN

On aurait écrit un texte halluciné, celui du manque, de l’expression du manque, du manque jusqu’au corps manquant, il susciterait des pistes et des hypothèses variées selon que le lecteur, la lectrice entende une musique ou une autre, aperçoive une ombre ou un éclat. L’auteure elle-même explorerait le doute et pourrait choisir d’ouvrir différentes portes.

Hypothèse 1 / Obstacle
le mur obstacle devenu transparent, va plus loin, encore plus loin vers un horizon large, ouvert devant, droit devant et le voyage pourrait commencer, celui des directions, il y aurait quatre chapitres : le NORD serait celui du voyage solitaire, le soleil de l’été presque permanent donnerait une note soutenue aux sensations et aux rencontres, le SUD en hiver aurait une forme de pèlerinage, l’ambition de retrouver deux des onze maisons perdues, toutes deux aux bords de la mer, toute deux à la fois aimées et haïes, et douloureusement perdues, en Espagne et à Marseille, l’OUEST irait jusqu’aux confins des Bretagnes, puis traverserait l’océan pour débarquer sur l’autre continent, à l’instant d’arriver le chapitre se termine, l’EST s’écrit chaque jour, ce serait un carnet d’écriture, avec des croquis, de la transe en image, des rêveries mais aussi du concret, la naissance des écritures,

Hypothèse 2 / Barricades mystérieuses
les fantômes attachés à tous les lieux et à tous les objets seraient convoqués, leur présence pourrait former une litanie d’impression, une danse macabre endiablée et rapide, tournoyante d’un pied sur l’autre, les objets et les lieux formeraient un arrière plan tour à tour flou et précis, il y aurait un dernier maître, une canne à pêche et les mots adieu monsieur le professeur , une sœur-principale, des lunettes carrées et des joues duveteuses et les mots il faudra choisir, une enfant de 9 ans nue dans une baignoire, une éponge naturelle et les mots tu veux sentir sa peau douce, une enfant de 9 ans accrochée au-dessus du vide dans un creux de montagne, un stalactite de glace et les mots ne bouge plus, une enfant de 6 ans, une échelle dans un hangar agricole et les mots tu as glissé, une enfant de 5 ans, une orange dans la main et le mot voleuse, un étrange diable au visage noirci, son nom de Rababou et les mots imprononçables des carnavals millénaires, une piste noire et un lac gelé, une adolescente amoureuse de Markus et le mot Schuss, une drôle d’amie, aux humeurs vives et changeantes, qui veut voyager loin et les mots ce sera ton voyage, la Chine, une amie étincelle, un pull en fibre d’alpaga aux couleurs de terre des montagnes, de rivières limoneuse, une géographie de laine et les mots j’ai fait une tâche d’encre mais ça partira, une fille et un garçon à travers une ville sous la pluie, au bord d’une rivière à toutes les saisons, sur un large plateau en hiver, le long des rues, au bord des jardins et les mots tu crois, attends, j’arrive, une fille et une radio rouge, une valise sac rouge, un foulard rouge, un livre rouge et quoi d’autre ? un dernier objet rouge, une voiture et les mots

Hypothèse 3 / La petite animale humaine
il s’agirait de souder à l’arc les mots, sans effondrement de matière sur les bords, on choisirait de souder en utilisant une pièce martyre pour une soudure de meilleure finition, une finition fine et propre qui cacherait les hésitations, les errements et les moments ralentis, on irait dans le monde avec plein de choses en tête et avec plein de choses, événements, couleurs, odeurs, etc., autour de nous ET, subitement, quelque chose nous attirerait, et cette chose attirante s’imposerait peu à peu à l’esprit – je dis bien : peu à peu : elle viendrait tout d’abord perturber ce qu’on a en tête et ce qui nous arrive PUIS elle prendrait de plus en plus de place PUIS c’est elle qui occuperait notre esprit… elle se lèverait, émergerait de toutes parts en quilles solidaires mues par un mécanisme redoutable… Un strike, en hypothèse !

Hypothèse 4 / Le son du gong ponctue en pénétrant les fibres du corps
une exploration de tous les effacements, de toutes les ombres, des lumières intérieures par le sonore, un livre aveugle en somme, une pérégrination à pas de louve, avec des craquements, avec des cloches à la volée, avec des échos dans les escaliers, avec des coups de vents du nord et des volets battants, avec des rires parfois et des larmes étouffées dans les oreillers, avec des fenêtres et des rumeurs au lointain, la symphonie des villes. Et une autre exploration seulement d’image, de couleurs, de formes, de volumes, de rapport de l’espace à l’espace, vues au même instant de différents points, des vues rapprochées, des vues larges, des détails, des changements de perspectives, et des basculements d’horizons.

A propos de Catherine Serre

CATHERINE SERRE – écrit depuis longtemps et le fait savoir depuis 2012, navigue à vue de l'écriture au montage son et à la création vidéo, elle cherche une langue rythmée et imprégnée du sonore, elle se demande comment revisiter le temps et l'espace dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue (Teste, Dissonnances, Terre à ciel, Cabaret, Traction Brabant ...) les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions simultanés avec Mazin Mamoory, membre de la Milice de la Culture en Irak, présente des expoèmes à Bruxelles à l'occasion des Fiestival Maëlstrom #11, #12 et #13 chaîne YT Catherine SERRE https://www.youtube.com/channel/UCZe5OM9jhVEKLYJd4cQqbxQ

16 commentaires à propos de “PETIT ANIMAL HUMAIN”

  1. ah ben là, Catherine, suis époustouflée de même, me demande si les 4 hypothèses ne sont pas plutôt 4 aspects d’une même, mais peut-être je rêve. cela dit la 1 me rappelle l’atelier été 2018 qui offre en effet une belle piste en 4 parties. En tout cas envie de suivre l’affaire, peut-être une lecture privée et à moi réservée fin novembre… 😉

    • oui ! c’est vrai ça, fin novembre ! on vous attend,
      quant aux hypothèses elle se croisent car mes textes se tournent autour mais un peu comme LaPeyrouse et la disparition du navire ?
      en tout cas merci !
      Catherine Serre

    • Pour vous répondre mieux Catherine, je dirai que la un irait sur les lieux, les géographies, la deux convoquerait les personnages, la trois explorerait la langue poussée, le labeur de s’approcher lentement (un peu ce que j’ai tenté là) et la quatre, les variations, et ce qu’elles produisent d’effets (comme quand en impro de danse par exemple si vous dansez « os » vous ne dansez pas comme « peau » – quelque chose de ça) – je ne sais pas si ce qu’il en résulte est une variation (une seule hypothèse déclinée) ou une série ( quatre entrées complémentaires)… cette difficile consigne mériterait d’être « triturée » encore, pour produire d’autres variation/séries et en en prenant une dans chaque on aurait des expressions très différentes, plus contrastées, qu’en prensez-vous ?

  2. j’en pense que c’est très ambitieux et joueur et que ça vaut le coup de s’y mettre, carrément! car je crois qu’au final cet exercice est une petite mise au point avec soi (une séance d’étirement) et oùkon’enest de nos écritures pour projeter un bon filet dans la flotte, et maintenant va falloir tirer bien fort pour le ramener ce filet et se coltiner le tri de la pêche et tout le fourbis qui suit dans la criée… Donc en somme écrire, encore et encore et seule, et là faut du courage. Mais je trouve que vous tenez un horizon, donc une direction, une vision (qui ne m’est qu’en partie compréhensible )

  3. Catherine, ton texte ouvre aux quatre vents. C’est beau et très bien fait.
    Je n’arrive pas bien à savoir de quelle situation tu pars avant de lancer tes hypothèses. La situation d’écriture ?

    • inspiration à partir de pas grave pas de corps (en lien mais pas en surbrillance – un peu caché donc ) quand on passe sur les mots texte halluciné bizbiz au 4 vents,

  4. Comme Fil Berger j’ai un peu de mal à discerner la situation de départ (j’ai pourtant lu deux fois le préambule…) Bon ! quelque chose m’échappe sans doute… mais ça ne m’empêche pas de goûter et la réponse que vous avez faite à « l’autre Catherine » m’éclaire… de toute façon pourquoi chercher à comprendre ? juste se laisser aller à la langue !

  5. époustouflée aussi mais ancrée dans envie d’essayer (seulement même pour mon peu besoin de prendre deux ou trois heures, dont une pour couper, je pense… alors même sans égaler vais essayer samedi peut-être quoique… bon on verra et en attendant bravo

  6. œil attiré par ce PETIT ANIMAL HUMAIN… époustouflée par ma lecture. La 1 me rappelle évidemment quelque chose de la VILLE travaillée l’an dernier, et c’est très judicieux ici ; le reste est une écriture hallucinée comme promis en préambule, et c’est tout simplement MAGNIFIQUE et plein de promesses.

  7. Ai aimé aussi. La deux surtout, si peuplée, si vive, étourdissante de personnages (avec bien sûr une affection particulière pour le méchant Rababou de notre cher carnaval des Bolzes).