boost #00 | un bout du monde

15°59’05″N 61°43’10″W 6 m Un vieux fauteuil défoncé sous un carbet au milieu d’un carré de béton approximatif, délimité par quatre poteaux en bois gravés, par endroits, de mots et de chiffres, et son toit de tôle verte. Des baraques en tôle, – et que ça frémit, et que ça tambourine et claque dans les pluies et les grands vents, et Continuer la lectureboost #00 | un bout du monde

les mardis #16 | le problème avec le volet roulant

Le volet roulant électrique de la grande porte-fenêtre du salon ne fonctionne plus. Le mécanisme tourne dans le vide avec un bruit de roulement inutile. Immobile à mi-parcours. Ne reste plus qu’une moitié de paysage extérieur. Ce n’est pas qu’il en vaille la peine, ce paysage : une terrasse au carrelage jaunie et une rambarde écaillée et rouillée. Un immeuble gris Continuer la lectureles mardis #16 | le problème avec le volet roulant

les mardis #12 | j’ai décidé d’arrêter d’écrire

J’ai décidé d’arrêter d’écrire. Il m’est déjà arrivé dans ma vie de cesser d’écrire, mais jamais de décider d’arrêter d’écrire. On peut décider d’arrêter de fumer, ou de boire, mais décider d’arrêter d’écrire, c’est autre chose. Décider d’arrêter d’écrire, c’est couper court au désir. C’est ravaler délibérément les mots, les enfermer en soi, dans la tête, dans le ventre, dans Continuer la lectureles mardis #12 | j’ai décidé d’arrêter d’écrire

les mardis #10 | chercheuse de fragments

Si j’étais photographe, je serais chercheuse de fragments. Il faudrait à force à force exercer l’œil, affûter le regard, quitter le plan large, oublier le panorama, renoncer au grandiose, épouser le petit, accrocher le détail, faire lumière sur ce qui s’oublie. Et faire paysage. Il faudrait pour cela des heures et des heures de marche, yeux fermés, yeux ouverts, tenter Continuer la lectureles mardis #10 | chercheuse de fragments

les mardis #07 | variations autour d’un rectangle vert

C’est un rectangle vert. Il pleut et on dirait qu’il neige : les gouttes font de petits points blancs ronds épais qui se déposent légères et invisibles sur les feuilles de bananier. Et la pluie tout soudain, plus intense, et la neige fond en grosses gouttes d’eau qui se posent, globes transparents sur les feuilles épaisses, certaines s’accrochent, d’autres dégringolent en Continuer la lectureles mardis #07 | variations autour d’un rectangle vert

les mardis #06 | recopier Chamoiseau, écrire dans les marges

(Il est posé à gauche de mon ordinateur au sommet d’une petite pile, je l’ouvre au hasard, et le passage m’appelle et c’est déjà incroyable que ce soit ce passage tu t’es dit sans connaître la suite) | Me voilà, rêveur-mangrove | (les doigts et les touches du clavier rétroéclairé et le rectangle blanc de l’écran et les mots qui Continuer la lectureles mardis #06 | recopier Chamoiseau, écrire dans les marges

#boost #03 | silence

Elle parle. Elle parle. Elle dit. Elle récite. Elle clame. Elle déclame, elle scande. Elle bavarde. Elle potine. Elle ne médit pas. Ni ne dénigre. Elle critique. Elle tempête. Elle crie. Si elle jure c’est plutôt contre elle-même – je dirais contre sa peur : j’extrapole ? Elle parle. Elle dit. Elle se couvre de mots. Les siens. Ceux des autres. Continuer la lecture#boost #03 | silence

#boost #03 Jeanney, | De rien

Il la voulait, il la cherchait partout dans le monde. Il voyageait, il pilotait, il naviguait, il sautait en parachute, il grimpait en haut des plus grands sommets, il escaladait, il traversait le Grand Nord en solitaire, et il ne l’avait jamais trouvée. Sa peur était de ne jamais la connaître, il aurait tant voulu en avoir au moins une, Continuer la lecture#boost #03 Jeanney, | De rien

#LVME #13 | La concordance des temps

Elle serait elle-même dans son livre, elle qui n’avait jamais été, pas même sous la forme d’ombre, sur aucune de ses photos. Elle ne se verrait pas en personnage centrale, en celle qui dit je, elle y serait un peu comme le catalyseur des réactions chimiques ou bien comme le prétexte à raconter tout ça. Non, évidemment, c’est bien plus Continuer la lecture#LVME #13 | La concordance des temps

#LVME #12 | P comme Enseignes

Josef n’aime pas les E. Et encore moins les EN, trop difficiles à prononcer pour sa langue maternellement habituée au lituanien. Alors il a décidé qu’il ne peignait pas des enseignes, mais des panneaux, des panonceaux, des pancartes, des panneaux-réclame, des placards, des publicités, mais pas des enseignes. Une bonne fois pour toutes. Sur ces panneaux il peint de très Continuer la lecture#LVME #12 | P comme Enseignes